Daar Daar logo

Depuis son trône jaune et noir, le Vlaams Belang appuie là où ça fait mal

(c) Maryam Benayad

29 septembre 2020

Depuis son trône jaune et noir, le Vlaams Belang appuie là où ça fait mal

Temps de lecture: 2 minutes
Auteur
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Le Vlaams Belang sait s’y prendre pour appuyer là où ça fait mal. Les klaxons de leur manifestation automobile réussie n’auront certes pas fait sortir les négociateurs de la Vivaldi de leur sommeil paradoxal, mais Tom Van Grieken a réussi à se faire couronner leader de l’opposition. L’idée d’organiser une manifestation automobile en ces temps de pandémie démontre toute la sagacité du président du VB. En effet, le mode de manifestation est non seulement très visible, mais en plus, il est très confortable en ces premiers jours mornes d’automne.

Gagnant, quelle que soit l’issue

Il est évident que le Vlaams Belang se concentre déjà sur les prochaines élections, qui auront lieu au plus tard en 2024. Il est d’ailleurs en campagne depuis la fermeture des bureaux de vote : depuis mai 2019, le VB est l’un des partis les plus présents sur les réseaux sociaux, Van Grieken s’impose dans le débat politique par des actions bien ciblées et le parti investit pleinement dans ses structures et dans sa capacité d’étude. Van Grieken entend bien sortir gagnant, quelle que soit l’issue des négociations actuelles. Si la Vivaldi ne trouve pas la bonne tonalité et continue de coincer sur la partition de Bouchez, une nouvelle fournée d’électeurs dégoûtés par la politique viendra grossir les rangs du VB. Si la Vivaldi réussit, par contre, il y a l’autre flanc, celui de la N-VA, qui aura bien du mal à faire le plus de bruit sur les bancs de l’opposition, vu que Jan Jambon doit en même temps se profiler en homme d’État et prouver sa capacité de gouverner. De plus, le Vlaams Belang dispose encore de la carte « migration » – ou, dans son cas, de la carte « étrangers » – qu’il a moins souvent l’occasion de jouer en ces temps de crise sanitaire, mais qu’il ressortira à n’en point douter à un moment ou à un autre.

Compter ses bénéfices

C’est avec un plaisir sardonique que Van Grieken a récupéré, à l’occasion de sa manifestation, les revendications de la N-VA. Par exemple, que signifie le slogan « Niet mijn regering ! » (Pas mon gouvernement !), quand on sait que depuis la Deuxième Guerre mondiale, jamais un gouvernement n’a été le sien ? Pour se rendre indispensable, la N-VA a inventé le concept de « minorité flamande ». Aujourd’hui, le Vlaams Belang reprend ce concept pour dénoncer sa propre exclusion du gouvernement. Il faut dire que la N-VA n’a jamais été dérangée par la minorité francophone de la Suédoise, ni par le fait que ces 50 dernières années, nous avons connu 22 ans avec une minorité dans un groupe linguistique : 16 années de minorité francophone et 8 de minorité flamande. Et ces deux dernières années, nous avions même une minorité dans chacun des deux groupes linguistiques. Le président du Vlaams Belang, installé confortablement dans son trône jaune orné de lions noirs, compte ses bénéfices. Et face à lui, il contemple une coalition Vivaldi qui s’échine à faire d’un mariage de raison un projet politique, ainsi qu’une opposition N-VA dont le chef De Wever, fatigué, recherche obstinément un ton et une stratégie.

© DaarDaar ASBL 2017 - Mentions légales - Vie Privée