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Stylo contre clavier : de l’importance d’écrire à la main

(cc) Pixabay

12 octobre 2020

Stylo contre clavier : de l’importance d’écrire à la main

Temps de lecture: 4 minutes

Nous tous, autant que nous sommes, avons un jour appris — à la sueur de notre front — à tracer des lettres sur du papier à l’aide d’un stylo. Or depuis, les smartphones et ordinateurs portables ont envahi notre quotidien. À l’occasion de la Semaine du Néerlandais, le Standaard s’intéresse au rapport des Flamands à l’écriture.

L’écriture a quelque chose de magique : elle est intimement liée à son auteur

Un cliquetis fracassant, à deux doigts. Puis un silence assourdissant. Pour ensuite laisser la mitraillette s’enflammer à nouveau. Le collègue en question ne travaille plus au journal, mais c’est comme si c’était hier : nous le revoyons retaper dans le système éditorial une critique de livre qu’il avait rédigée à la main dans un cahier.

Difficile d’imaginer une telle scène de nos jours… Il nous arrive à tous de laisser un post-it détaillant une liste de tâches à notre moitié ou de faire des gribouillis sur un sous-bock au café. Mais qui remplit encore des pages entières à la main ? Le Standaard a décidé de vous livrer un sondage à l’occasion de la Semaine du Néerlandais, qui a débuté lundi dernier et au cours de laquelle le Standaard, l’ASBL Creatief Schrijven et Radio 1 vous soumettront deux dictées : l’une à écrire au clavier, l’autre à la main.

Les femmes et les enfants d’abord

Les grandes lignes de notre petite enquête ont émergé rapidement : oui, nous écrivons toujours à la main — beaucoup, souvent. Deux tiers des personnes interrogées ont en effet indiqué se livrer à cette activité au moins un quart d’heure par jour. Pour prendre des notes — pendant une réunion, en classe, dans un amphithéâtre —, 77 % des répondants affirment se saisir d’un papier et d’un stylo.

C’est la population active (20 à 59 ans) qui tape le plus au clavier, la catégorie des jeunes (0 à 19 ans) étant celle qui écrit encore des pages à la main chaque jour. Fait le plus remarquable : les femmes écrivent davantage à la main que les hommes. Et dans l’ensemble, elles sont aussi plus satisfaites de leur écriture, propre et soignée.

Écrire, c’est retenir et donc comprendre

L’écriture manuscrite est donc loin d’être une pratique révolue. C’est une bonne chose, car elle est bénéfique pour notre motricité fine : alors que chaque lettre écrite à la main exige des mouvements spécifiques, la dactylographie est nettement plus monotone. Sans compter qu’elle a des effets positifs sur le cerveau, comme l’a récemment démontré une étude norvégienne qui a examiné le cerveau d’enfants de douze ans et de jeunes adultes au moyen d’un EEG. L’écriture manuscrite, mais aussi le dessin, se sont révélés bien plus efficaces pour la mémorisation. « Lorsqu’on écrit ou qu’on dessine, ce sont surtout les régions du cerveau liées à la mémorisation qui sont sollicitées ; quand on tape à l’ordinateur, ce n’est pas le cas », expliquait récemment le pédagogue Pedro De Bruyckere au micro de Radio 1. « Le geste de la main favorise la mémorisation. »


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Peu importe les moyens utilisés, précise d’ailleurs l’enquête — stylo à bille et papier ou stylet et tablette : aucune différence.

Cette distinction joue également un rôle dans l’apprentissage de l’écriture : une étude plus ancienne de l’Université de Marseille indique que les enfants de trois à cinq ans auxquels on a enseigné l’écriture des lettres à la main les reconnaissent mieux que ceux qui apprennent à les taper à l’ordinateur. « On retient aussi mieux les mots d’une langue étrangère lorsqu’on les écrit », ajoute le psychologue Marc Brysbaert de l’Université de Gand. « Il ne suffit donc pas de connaître la signification d’un mot. Sa forme, qui polarise l’attention lors de l’écriture, est tout aussi importante. »

Par ailleurs, une étude datant de 2014 a montré que les étudiants qui prennent des notes à la main comprennent mieux la matière : en reformulant les informations, ils les font déjà passer par un processus de synthèse et d’assimilation. « Mais j’ai quelques remarques au sujet de cette étude », ajoute le spécialiste. « Ce qui est peut-être encore plus important que l’acte d’écrire, pour un traitement approfondi de l’information, c’est le degré d’attention avec lequel on écoute et on cherche à comprendre. Et ça, on peut parfaitement le faire en tapant à l’ordinateur. »

Un miroir de l’âme et un outil pour démasquer les délinquants sexuels

Mais il y a une autre raison pour laquelle l’écriture n’est pas près de disparaître, peut-être la plus importante. « Il y a quelque chose de l’ordre de la danse dans un texte manuscrit, l’écriture apporte une mélodie au message, ce qui ajoute de l’émotion. D’ailleurs, pour les messages tapuscrits, on s’est mis à utiliser des émoticônes », analyse le psychiatre parisien Roland Jouvent dans un article du Guardian. L’écriture a quelque chose de magique, car elle est intimement liée à son auteur : il n’y en a pas deux pareilles, c’est comme si elle permettait de voir directement le tempérament et la personnalité de la personne qui tient le stylo. C’est ainsi qu’un jour, à la bibliothèque royale de Bruxelles, nous nous sommes sentis très proches d’un écrivain du XVe siècle, notre regard fixé sur ses lettres trempées dans de l’encre brune. Comme s’il était assis à côté de nous.

Certains graphologues sont allés encore plus loin : fin XIXe, début XXee siècle, des médecins et détectives ont cru pouvoir confondre les délinquants sexuels à leur écriture, dont les boucles inférieures s’écarteraient de la norme. « Plus tard, d’autres études ont montré qu’il n’en était rien », précise Marc Brysbaert. « Ce n’est pas parce que l’on écrit en pattes de mouche que l’on est débraillé dans la vie — et vice versa. »

Nous voilà soulagés.

 

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