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Nu(e)s sur les réseaux : la femme est une pute, l’homme un apollon

(cc) Pixabay

8 octobre 2020

Nu(e)s sur les réseaux : la femme est une pute, l’homme un apollon

Il y a quelques semaines, des centaines de milliers d’internautes flamands ont reçu, via les réseaux sociaux, des photos et des vidéos à caractère sexuel de célébrités, principalement des hommes. Parmi eux se trouvaient le présentateur Peter Van De Veire, le musicien Sean Dhondt, ainsi que le chanteur et comédien Steven Van Samang. Ce mercredi, la police est parvenue à mettre la main sur deux suspects.

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Des vidéos et des photos de « Flamands célèbres », s’exhibant dans le plus simple appareil, ont fuité en septembre dernier sur les réseaux. « On voit ces hommes comme des victimes. Dans la même situation, des femmes auraient été traitées de tous les noms », fulmine Véronique De Kock. A-t-elle raison ? Les experts le pensent : « les normes sont effectivement différentes. Une femme s’affichant en bikini sur Instagram sera perçue comme une allumeuse, un homme exposant ses tablettes de chocolat sera vu comme un apollon ».  

 

« Elle l’a bien cherché »

Dans une interview accordée à ‘Story’, l’ancienne Miss Belgique a réagi aux images montrant les corps dénudés de Stan Van Samang (chanteur), Peter Van De Veire (présentateur radio) et Sean Dhondt (présentateur TV et radio). « Les hommes ont tendance à être ‘surprotégés’. Lorsque des images fuitent, on les présente comme des victimes, alors que des femmes dans la même situation seraient perçues comme des trainées en mal de visibilité. » La question mérite d’être posée : les réactions auraient-elles été différentes – ou plus critiques – si ces photos intimes, partagées dans des milliers de groupes WhatsApp, avaient été celles de femmes ? « Véronique De Kock a raison : les images auraient été beaucoup plus partagées. Sans parler des commentaires du genre : ‘elle l’a bien cherché’ », confirme Bieke Purnelle, directrice de RoSa, le centre d’expertise sur le féminisme et les études de genre.


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À noter que les trois hommes n’ont tout de même pas été épargnés : ils ont été la cible de moqueries et d’attaques, leur comportement a été vivement critiqué. « Mais j’ai aussi vu des marques de soutien, les gens se sont montrés compréhensifs, voire carrément protecteurs. À juste titre », poursuit la directrice. Mais reconnaissons que dans ce genre de situation, la frontière entre moquerie et jugement d’une part, et entre soutien et compassion d’autre part, varie que l’on soit un homme ou une femme. Pour preuve, cette vidéo où l’ont voyait l’ancienne maire d’Alost, Ilse Uyttersprot, surprise en pleins ébats en 2011. À l’époque, elle n’avait pas reçu beaucoup de soutien. Et certains n’ont rien trouvé de mieux que de ressortir cette sombre affaire en août dernier, lorsqu’elle a été assassinée (victime d’un féminicide, ndlr). »

« Slut shaming »

Le « slut shaming », tel est le phénomène auquel Véronique De Kock fait référence. Une étude menée par l’Université d’Anvers a démontré que près d’une adolescente flamande sur cinq (18,7%) de 12 à 18 ans avait déjà été traitée au moins une fois sur les réseaux sociaux de « pute », de « salope » ou fait l’objet d’une insulte assimilée. 

Aujourd’hui encore, la sexualité des hommes et des femmes ne se conçoit pas de la même façon. Un homme affiche ses tablettes sur Instagram ? On l’accepte sans broncher. Mais quand une femme a le malheur de publier une photo d’elle en bikini ou avec un décolleté, les commentaires à caractère sexuel, voire les reproches, pleuvent. De façon analogue, un homme qui se vante de multiplier les aventures d’un soir sera vu comme un demi-dieu. Dans le cas d’une femme, ce sera indécent, voire dégradant. Et lorsqu’un rendez-vous dérape, ce sera nécessairement de sa faute à elle, elle l’avait cherché. » 

« Les adultes pratiquent davantage le ‘slut shaming’ que les jeunes », fait par ailleurs remarquer le sexologue Wim Slabbinck. « À partir de 40 ans, les gens ont tendance à penser que c’est la personne qui a pris la photo qui est fautive, alors que les jeunes auront tendance à pointer du doigt la personne qui a partagé les images. Cette différence s’explique par une approche différente des réseaux sociaux. Les générations qui naissent avec un smartphone entre les mains ont un rapport autre avec les réseaux sociaux. »

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