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30 novembre 2016

« Mégatempête » en Flandre: vers une prochaine apocalypse ?

Temps de lecture: 3 minutes

Chacun sait que les digues de nos côtes peuvent céder. Mais il est encore trop tôt pour savoir si les éventuels dégâts pourraient être aussi importants que ceux dépeints dans la série Als de dijken breken (« Si les digues venaient à céder »). La surélévation des plages et la construction de murs sont censées protéger notre côte contre les grosses tempêtes jusqu’en 2050. « Mais la mer est incontrôlable. Si une marée de tempête s’abat sur nous demain, nous ne sommes pas prêts. »

Plus de 6 millions de mètres cubes de sable ont déjà été déversés pour rehausser et élargir nos plages afin d’atténuer la violence des vagues déferlantes.

Une tempête de la violence de celle dépeinte lundi soir sur la chaîne Eén se produit une fois tous les 10 000 ans. Elle donne alors lieu à des pluies torrentielles, à des vagues de cinq à huit mètres de haut et à des vents de la force d’un ouragan capables de précipiter un kitesurfeur dans les airs. Coproduite par les Pays-Bas et la Flandre, cette série est certes une fiction, mais elle se fonde néanmoins sur des données factuelles : la montée du niveau de la mer et les tempêtes de plus en plus violentes dues au changement climatique. Théoriquement, le risque d’assister à des inondations catastrophiques est bien réel. « Si cela arrivait, les écluses, les barrages et certaines parties des dunes pourraient céder », explique Patrik Peeters du Laboratoire de Recherches hydrauliques. « Dans l’éventualité — improbable — où tous les points vulnérables de la côte lâcheraient en même temps, la moitié de la Flandre-Occidentale pourrait se retrouver sous les eaux. »

« Mais le risque d’essuyer une tempête aussi dévastatrice est très faible », tempère-t-on au sein de l’Agence des Services maritimes et de la Côte (MDK). « Voyons les choses ainsi : même si l’on vivait 1000 ans, on n’aurait qu’une chance sur dix d’assister à une telle marée de tempête. »

Que l’on se remémore la tempête du 1er février 1953, qui a fait 1800 mots en Zélande et 28 dans nos contrées

Des efforts considérables sont actuellement déployés pour protéger ces points faibles, car les Pays-Bas et la Belgique ont déjà connu des épisodes douloureux. Que l’on se remémore la tempête du 1er février 1953, qui a fait 1800 mots en Zélande et 28 dans nos contrées. Elle a conduit les Pays-Bas à accélérer considérablement les travaux de protection de certaines régions côtières telles que la Hollande méridionale et septentrionale contre une tempête susceptible de s’abattre une fois tous les 10 000 ans. Ou la tempête de Saint-Nicolas, il y a trois ans, qui menaçait d’engloutir Bredene et lors de laquelle, à Ostende, la mer avait atteint son niveau le plus élevé depuis 1953. « En 2007, une étude avait déjà clairement montré qu’environ un tiers de la côte et les quatre ports côtiers étaient vulnérables », rappelle Peter DeWolf, ingénieur à la MDK. « Ils ne respectaient pas les normes de protection édictées par les hydrauliciens pour la côte flamande, à savoir être capables de résister à la violence d’une tempête se produisant une fois tous les millénaires. »

Une augmentation du niveau de la mer de 30 centimètres d’ici 2050

Pour qu’à l’avenir, chaque ville côtière de Flandre ainsi que l’arrière-pays soient protégés jusqu’en 2050 au moins, le gouvernement flamand a approuvé en juin 2011 un Plan directeur pour la Sécurité côtière regroupant un vaste ensemble de mesures. Celui-ci table une sur augmentation du niveau de la mer de 30 centimètres d’ici 2050.

C’est ainsi que ces dernières années, en vous promenant sur la digue, vous avez pu remarquer l’apparition de murs supplémentaires ou constater que les plages avaient été considérablement rehaussées. Au total, ce sont en effet 6 millions de mètres cubes de sable qui y ont été déversés pour les élargir et en surélever le niveau. Le but : atténuer la violence des vagues déferlantes. « De cette façon, la plage suit la montée du niveau de la mer. Il n’est donc plus nécessaire de procéder à des évacuations, puisque l’eau ne déborde plus des quais », précise Peter DeWolf. « Par ailleurs, nous surveillons constamment les endroits vulnérables et le niveau de la mer afin de pouvoir rectifier le plan directeur sans délai si nécessaire. Et au travers du projet “Baies de Flandre”, nous travaillons à un programme qui devrait nous protéger jusqu’en 2100, lorsque la montée des eaux devrait s’élever à 80 cm. »

Mais selon Peter DeWolf, ce n’est qu’à l’horizon 2020 à 2025 que nos côtes seront entièrement protégées contre une telle tempête. « À l’heure actuelle, notre littoral présente encore de multiples points faibles. Le port de Nieuport, par exemple (où le barrage anti-tempête sera achevé en 2019, NDLR), et le mur anti-tempête qui entoure le port de plaisance de Blankenberge, actuellement en plein chantier. »

En tout état de cause, en cas de marée de tempête réellement dangereuse, le gouverneur Decaluwé a déjà prévu des plans d’évacuation. « Heureusement, nos systèmes d’alerte effectuent des prévisions à 48 heures et nous pouvons donc prendre des mesures à temps, ce qui n’était pas le cas en 1953. Mais la protection absolue n’existe pas. Les digues ne sont pas indestructibles : si une tempête de 10 000 ans s’abat soudainement sur le pays, elles peuvent très bien rompre. La mer est incontrôlable. »

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