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Billal Fallah : « Je dis merde au politiquement correct »

(cc) commons.wikimedia.org

10 novembre 2015

Billal Fallah : « Je dis merde au politiquement correct »

Temps de lecture: 3 minutes

Par crainte d’incidents, quelques salles obscures de la capitale ont décidé de ne pas projeter le dernier long-métrage d’Adil El Arbi et de Billal Fallah. Dans une séquence vidéo, les réalisateurs de « Black » veulent apaiser les esprits.

Très attendu, le dernier film d’Adil El Arbi et de Billal Fallah sortira en salles mercredi. Mais pas dans toutes : craignant des émeutes raciales analogues à celles portées à l’écran, les cinémas bruxellois Vendôme* et Le Stockel ne mettront pas le film à l’affiche. En Wallonie, l’enseigne cinépointcom en fera de même à Verviers et à Charleroi. Pour adoucir les mœurs, Adil El Arbi et Billal Fallah ont décidé d’enregistrer une séquence vidéo. Elle sera diffusée dans les salles du Kinepolis de Bruxelles avant le film.

Réalisme

Basé sur deux ouvrages de Dirk Bracke (NDLR : un écrivain flamand spécialisé dans la littérature jeunesse), « Black » est une West Side Story bruxelloise qui raconte l’histoire d’amour d’une jeune membre du gang des Black Bronx et d’un adolescent des 1080, un gang rival. La relation entre Marvela et Marwan sera à l’origine de confrontations très violentes entre les deux bandes, respectivement issues des communautés noire et marocaine de Bruxelles.

« Certains essaieront d’exploiter le film pour alimenter la haine raciale ou renforcer le sentiment d’insécurité dans la capitale », anticipe le producteur Frank Van Passel. « D’autres reprocheront à notre fiction de manquer d’une visée documentaire. Les deux points de vue font insulte à l’intelligence du public. Les réalisateurs nous comptent un récit déchirant, passionné et bouleversant. À aucun moment, ils ne laissent entendre une quelconque volonté de dépeindre une réalité objective. Mais les réactions suscitées par le film démontrent tout le réalisme de leur travail. »

Pas un dessin animé

De leur côté, El Arbi et Fallah restent sereins. Ne redoutant aucun débordement, ils ne cautionnent pas la décision des cinémas qui ont choisi de ne pas projeter leur film. « Si ces craintes étaient fondées, nous n’aurions pas fait le film », se défend Fallah. « Ce thème n’a encore jamais été abordé ici. Et puis, c’est aussi et surtout une histoire d’amour entre deux personnes qui se retrouvent emprisonnées dans leur environnement et qui cherchent à s’en extirper. Voilà ce que nous voulons raconter. Pourquoi devrions-nous avoir peur ? Je dis merde au politiquement correct. »

Et El Arbi d’ajouter : « Nous n’avons jamais eu pour ambition de faire un Walt Disney. Tous ces jeunes qui échouent dans des gangs, toutes ces filles victimes de viols collectifs, tous ces parents qui perdent leurs enfants, tous méritent que leur histoire soit racontée. »

Frank Van Passel estime que la réticence de certaines salles de la capitale est « injuste et stigmatisante », mais aussi qu’elle est le gage de la qualité de l’œuvre. « Le prix du public que nous avons obtenu au Festival de Gand démontre bien que le film convient à un large public, qui apprécie les histoires captivantes et pleines d’émotions. »

Mesures de précaution

Quelques mesures de précaution ont néanmoins été prises en prévision de la projection du film. Au Kinepolis de Bruxelles, les spectateurs visionneront d’abord une séquence vidéo introductive des réalisateurs, où ils s’adressent directement à eux. « Nous l’avons fait parce qu’on nous l’a demandé », se disculpe El Arbi. « Mais si cela ne tenait qu’à nous, nous ne l’aurions pas fait, car nous faisons suffisamment confiance au public. »

Jusqu’ici, seule la projection du film bruxellois Les Barons, qui aborde la question des migrants à Molenbeek, avait fait l’objet d’explications, données directement en salle par le réalisateur avant ou après le film. « Mais en raison de la vaste diffusion de Black, ce n’était pas possible », explique Frank Van Passel. Mais que disent exactement les deux réalisateurs dans leur séquence vidéo ? Fallah a opté pour la concision : « Chers spectateurs, vous allez voir un film. Ce film est rempli d’émotions. Installez-vous confortablement et profitez du moment. »

Au Vendôme, un cinéma proche de Matonge, principal quartier noir de la capitale, le film ne sera donc pas à l’affiche, du moins jusqu’à nouvel ordre. Mais El Arbi garde espoir : « si le succès est au rendez-vous, j’espère qu’ils reviendront sur leur décision. »

*Rectificatif: Le Cinéma « Vendôme » a depuis démenti l’information « C’est absolument faux » dit la directrice du cinéma Peggy Fol « Si nous ne programmons pas ce film, c’est parce que nous sommes une salle d’art et d’essai. Black est un film d’action à l’américaine avec beaucoup de violence. Cela ne correspond pas du tout à notre ligne éditoriale. Ce n’est pas du tout parce que nous avons peur. Je pense qu’on a pris beaucoup plus de risques en passant le film Timbuktu, et pourtant on l’a fait » peut-on lire dans la Capitale.

Article de Kurt Vandemaele pour De Morgen

Traduit du néerlandais par Guillaume Deneufbourg

Vidéo sur le tournage du film « Black » :

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