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Non, les artistes ne dilapident pas l’argent public

(c) Pxabay

14 décembre 2016

Non, les artistes ne dilapident pas l’argent public

Temps de lecture: 3 minutes

« À Bruxelles, trop d’artistes perçoivent une allocation de chômage », dénonçait la N-VA vendredi dernier. Le secteur artistique s’est dit très étonné de cette déclaration. « Il est pourtant évident que c’est dans les grandes villes que se concentre la dynamique artistique. Surtout dans le domaine de la danse, du spectacle et des arts plastiques, où Bruxelles fait figure de référence à l’échelle mondiale. Sans compter que cette attractivité génère également de l’emploi. »

« 3 391 personnes ont le statut d’artiste à Bruxelles, soit plus que dans toute la Flandre », faisait remarquer dernièrement Wouter Raskin. Et le parlementaire N-VA de se demander : « sont-ils tous de vrais artistes ? » Il plaide donc pour une modification du statut, qu’il estime « trop souple ».

Leen Despiegelaere est coordinatrice du Brussels Kunstenoverleg (BKO) (pendant néerlandophone du Réseau des arts à Bruxelles (RAB), ndlr). « Il se trouve simplement que la plupart des artistes sont établis à Bruxelles, qui est par ailleurs la seule ville du pays où l’on compte deux scènes artistiques différentes, qui tendent d’ailleurs à multiplier les projets communs. Nous avons beaucoup d’écoles artistiques (dans les deux langues), des compagnies de danse, des galeries, des ateliers, des théâtres, et j’en passe. De par la diversité de ses disciplines et son infrastructure, Bruxelles rivalise avec des villes comme Paris ou Londres. »

« De nombreux artistes étrangers viennent étudier chez nous et décident ensuite d’y rester », explique Leen Despiegelaere. « Mais à l’évidence, une bonne partie d’entre eux travaillent également en Flandre et en Wallonie, et même à l’étranger. Ils contribuent donc largement à l’enrichissement culturel en dehors des frontières de Bruxelles. »

« De nombreuses villes envient notre scène culturelle »

« Des économistes tels que Richard Florida et Gary Gates se sont intéressés à la contribution de la communauté artistique au développement urbain », poursuit Joris Janssens, directeur de la recherche au Kunstenpunt, une organisation active dans le développement des arts en Flandre et à Bruxelles. « Sur le plan économique, ils conseillent même aux villes d’accroître leurs investissements dans la production artistique. Voilà ce que nos politiques devraient mettre en avant, au lieu de réduire les artistes à une bande de profiteurs qui dilapident l’argent public. »

« Les artistes recherchent les synergies et la dynamique artistique dans les grands centres urbains », explique Joris Janssens. « Assurément dans le domaine de la danse, du spectacle et des arts plastiques, où Bruxelles est l’un des pôles d’attractivité à l’échelle mondiale. Les jeunes artistes viennent du monde entier pour passer une audition dans une école de danse comme PARTS ». Cette attractivité fait d’ailleurs beaucoup d’envieux. Cela fait 20 ans que les danseurs affluents de New York pour s’illustrer sur la scène bruxelloise ! Le prix des loyers est même plus élevé chez nous que dans la métropole américaine, même pour les salles de répétition, où la pression de travail est énorme. Malgré cette situation, le soutien des pouvoirs publics reste infime. »

Un statut sous conditions

Une étude menée récemment par l’Université de Gand sur le statut socio-économique des artistes flamands indique que seuls 10 % des personnes interrogées peuvent vraiment vivre de leur art. Les autres multiplient souvent les petits boulots ou ont un statut d’indépendant. Elles ne font valoir leur statut d’artiste que de temps à autre pour percevoir des allocations de chômage . « Mais ce n’est pas le Pérou ! » ajoute  d’emblée Leen Despiegelaere. Selon l’étude, à peine 5 % des revenus annuels des auteurs et des illustrateurs proviennent des allocations de chômage. Avec 19%, les arts de la scène sont les plus grands bénéficiaires de l’aide de l’État.

« Tout travailleur en Belgique doit avoir presté un certain nombre de jours pour avoir droit à une allocation, et il n’en va autrement pour les artistes. Nous devons donc d’abord contribuer pour profiter ensuite de l’aide sociale », explique Servaas Le Compte, coordinateur de l’association ArtistsUnited, qui a pour mission de défendre les intérêts du secteur artistique et créatif. « Pour avoir accès à une ‘simple’ allocation de chômage, les artistes doivent faire état des projets auxquels ils ont participé et prouver qu’ils ont gagné suffisamment. »

Le statut d’artiste est en réalité une extension de la tranche la plus élevée de l’allocation de chômage. « Mais pour pouvoir en bénéficier, l’artiste doit avoir travaillé au moins 156 jours au cours des 18 derniers mois, dont au moins 104 dans le domaine artistique. »

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