Le gouvernement bruxellois a bel et bien conclu un accord budgétaire. Sur un tableau d’école, et sans éléments chiffrés. Le ministre du Budget Dirk De Smedt clame cependant que grâce à son expérience, tout ira bien. Il reste cependant d’énormes progrès à accomplir pour parvenir à l’équilibre budgétaire en 2029.
Toute négociation budgétaire a sa propre dynamique (souvenez-vous du spectacle que nous a offert la Flandre, la semaine dernière). À Bruxelles, toutefois, cette dynamique est tout à fait unique. L’élaboration par un gouvernement régional d’un nouveau budget se déroule généralement en automne. Cette fois, à Bruxelles, l’exercice s’est limité à des ajustements. Un simple ajustement de printemps, en quelque sorte, comme en connaît la Flandre. De la part du plus mauvais élève budgétaire de la Belgique, cela surprend. Souvenons-nous cependant que le gouvernement Dilliès a été constitué il y a huit mois à peine.
Il était prévu alors de ramener le déficit à 719 millions d’euros en 2027. L’anticipation d’un dérapage de 140 millions d’euros a imposé d’ajuster certaines lignes du budget. En réduisant les investissements dans la STIB, par exemple. Tout cela n’a guère entraîné de grands changements, et les déclarations publiées lundi par le parti Anders (« nous allons réduire de moitié le déficit »), par le PS (« des fonds supplémentaires pour les logements sociaux ») ou encore par Groen (« un nouveau tram pour relier la Gare du Nord et Molenbeek ») ont donc un petit arrière-goût de réchauffé.
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Aucun nouveau tableau chiffré
Ce qui est tout à fait inédit, c’est comment ce budget a été élaboré. Contrairement à la Flandre, la Région Bruxelloise n’a préparé à cette occasion aucun tableau chiffré nouveau, susceptible d’être modifié par le ministre du Budget à la lumière des commentaires de ses partenaires de coalition. Les débats ont donc commencé par l’examen des tableaux pluriannuels utilisés lors des négociations gouvernementales, et les six partis au pouvoir en ont étudié les postes un par un. Le premier parti, le CD&V, n’a pas été invité.
On comprend que – sauf pour le ministre du Budget Dirk De Smedt (Anders) – la situation soit devenue confuse pour ses collègues. Le ministre de l’Emploi, Laurent Hublet (Les Engagés) a donc pris l’initiative. Issu du monde des affaires et nouveau venu dans le microcosme, il porte encore sur les mœurs politiques un regard neuf. Il a donc dressé lui-même un tableau récapitulatif des chiffres sur un tableau d’école qui se trouvait là. « Tant pour ceci, tant pour cela. C’était bien pratique, ne fût-ce que pour faire suivre l’information à nos cabinets », expliquera un des présents.
« En 2019, déjà, le gouvernement bruxellois s’est formé sans tableaux de données budgétaires. Cette année, ils existaient bel et bien, mais ils avaient été expédiés en à peine deux jours. »
Ni pendant les négociations ni hier, aucun ministre n’a donc eu un aperçu général des nouvelles mesures. Vous avez dit « amateurisme » ? Voilà qui ne va pas améliorer l’image de manque de rigueur budgétaire de la Région Bruxelloise. En 2019, déjà, le gouvernement bruxellois s’est formé sans tableaux de données budgétaires. Cette année, ils existaient bel et bien, mais ils avaient été expédiés en à peine deux jours.
À l’égard des autres partis, Dirk De Smedt – un expert, ancien directeur général de l’Administration générale de la Fiscalité et ex-chef de cabinet de Guy Vanhengel – n’a qu’un leitmotiv : « Faites-moi confiance. » Ce que confirme d’ailleurs son cabinet, au quotidien De Tijd : « pour quiconque ose nous reprocher l’absence de données chiffrées : de deux choses l’une. Soit il ne sait pas de quoi il parle, soit il ignore tout du processus d’élaboration d’un budget ». Et de préciser que les tableaux, en cours d’élaboration, doivent encore être soumis pour examen au Parlement.
Aucun des collègues de Dirk De Smedt ne doute de ses compétences. « Il est extrêmement intelligent, mais il est aussi seul à avoir une vue d’ensemble des chiffres. Cela lui confère d’énormes responsabilités et beaucoup de pouvoir ». L’auteur de cette affirmation éclaire d’emblée les risques d’une telle situation : Dirk De Smedt ignorait que la manne des fonds européens de relance allait s’épuiser en 2027. Encore un contretemps à surmonter.
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Le ministre-président en second rôle
Notons cette troisième particularité du budget bruxellois : l’homme aux commandes n’est pas le ministre-président, mais le ministre du Budget. Le ministre-président Boris Dilliès (MR), frais émoulu et inexpérimenté, joue les seconds rôles. Dirk De Smedt a d’ailleurs conclu une alliance avec le ministre du PS, Ahmed Laaouej, et ses collègues les soupçonnent de s’être déjà entendus sur certains points. Cela s’était déjà produit lors des négociations de gouvernement. À l’époque, au terme d’une nuit de travail, les deux compères avaient présenté à leurs collègues un plan de dépenses hors budget d’un milliard d’euros. Aujourd’hui, ces montants pèsent bel et bien sur la dette.
Admettons-le : Bruxelles semble vouloir faire un premier pas vers l’équilibre budgétaire en 2029. C’était la grande promesse du parti Anders. Mais le chemin à parcourir reste long. Plusieurs mesures d’économie (comme la fusion de certains services) suscitent des doutes quant à la réalité des économies espérées. Par ailleurs, Bruxelles réduit ses impôts. Pour l’instant, le scepticisme continue donc de régner, tant au gouvernement bruxellois qu’au Bureau fédéral du Plan – qui continue d’anticiper pour 2029 un déficit de 850 millions.
Depuis quelques jours, les libéraux flamands diffusent sur les réseaux sociaux un graphique qui souligne la sensible augmentation de la dette du gouvernement flamand sous la bannière de la N-VA.
Au point que le président Frédéric De Gucht affirme qu’en 2029, Bruxelles pourrait avoir un meilleur budget que la Flandre. C’est oublier à quel point il est lui-même vulnérable. Récemment encore, le Bureau du Plan jugeait élevé le risque que la dette bruxelloise devienne insoutenable, et modéré ce même risque pour la Flandre. D’où cette phrase, entendue au sein du gouvernement bruxellois : « Je serais incapable de tenir des propos comme ceux de M. De Gucht sans éclater de rire ».
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