Datacamp : laissez tomber vos études et empochez 15.000 euros

22 décembre 2016 | Auteur : | Traducteur : Caroline Coppens | Temps de lecture : 3 minutes

« Nous voudrions embaucher directement certains étudiants jobistes. Mais ils refusent, car la perception sociale qui règne ici veut qu’on fasse d’abord cinq ans d’études. »

Autrefois, dans les auditoires universitaires, on entendait certains étudiants se vanter d’avoir signé un contrat avant même d’avoir passé leurs derniers examens. Aujourd’hui, il n’est même plus nécessaire de les passer.

DataCamp, une ambitieuse start-up louvaniste, entend aller chercher directement les étudiants dans les auditoires des universités belges. Un diplôme ? Pas besoin…

Les étudiants qui postulent aujourd’hui pour l’une des fonctions vacantes chez DataCamp empocheront 15 000 euros s’ils troquent leur syllabus contre un contrat avec l’entreprise. « Lorsque des jeunes apprennent le métier sur le tas et sont bien encadrés, ils apprennent plus que sur les bancs de l’école », affirme Jonathan Cornelissen, le CEO de DataCamp. « Pour atténuer quelque peu le risque, nous offrons 15 000 euros aux jeunes qui franchissent le pas et viennent travailler chez nous à temps plein. Sans diplôme. »

DataCamp encourage donc les étudiants universitaires à décrocher. Comme l’ont fait avant eux tant de grandes pointures de la Silicon Valley. Il suffit de penser à Mark Zuckerberg (Facebook) ou Steve Jobs (Apple), même s’ils ont abandonné leurs études pour lancer leur propre société, et non pour entrer dans une entreprise comme de simples salariés. « Nous avons le budget pour embaucher ainsi cinq personnes », nous dit-on.

La course aux talents

DataCamp est une spin-off de la KU Leuven. L’entreprise développe une plate-forme qui propose des cours en ligne d’analyse de données. Elle a déjà dépassé le stade de la start-up puisqu’elle occupe 22 personnes, réparties entre la Belgique et les États-Unis. Elle a déjà levé un capital de 2,7 millions d’euros auprès de ses investisseurs.

Son initiative d’embauche remarquable s’inscrit dans le cadre de la course aux talents qui fait rage dans le monde belge des start-up. « Notre croissance est surtout freinée par la difficulté à trouver les talents appropriés », explique Cornelissen.

Pendant l’été, l’entreprise a souvent accueilli des étudiants jobistes. Des jeunes qui étaient à la moitié de leur formation d’ingénieur civil en informatique, par exemple. « Ils accomplissaient un travail parfois formidable. Nous voudrions les engager sur-le-champ. Mais ils refusent, car la perception sociale qui règne ici veut qu’on fasse d’abord cinq ans d’études. Notre enseignement constitue un formatage uniforme qui impose la même durée d’études à tout le monde. Alors que certains sont plus vite prêts pour le monde du travail que d’autres. »

Cornelissen croit d’ailleurs que l’avenir du marché du travail tout entier est là : notre valeur sur le marché ne dépendra plus de nos diplômes, mais de nos aptitudes et de notre expérience.

Cette vision ne fait pas l’unanimité. « Plus vous faites des études poussées, mieux vous pourrez élaborer votre carrière future », affirme Fons Leroy, le patron du VDAB, l’office pour l’emploi flamand. « Toutes les études le prouvent. En Flandre, on tient surtout compte du niveau de formation. J’ai les plus grandes réserves à l’égard de telles pratiques. »

Pour autant, Leroy comprend très bien la frustration sous-jacente. Lui aussi estime qu’il faut améliorer l’interaction entre l’enseignement et le marché du travail, car les étudiants qui ont une expérience professionnelle sont mieux armés que ceux qui n’en ont pas. Mais cette expérience doit s’ajouter au diplôme et non le remplacer.

Leroy est aussi d’avis qu’une telle initiative ne profite qu’à l’entreprise et non à ses salariés.

Omar Mohout, professeur à l’Antwerp Management School, qualifie même le projet de DataCamp de “scandaleux”. Les jeunes qui réussissent après un décrochage, comme Steve Jobs, sont des exceptions et non la règle, souligne-t-il. « Il est faux d’affirmer que le diplôme a perdu toute son importance. C’est un très mauvais signal à donner. »

Rien contre les diplômes

Chez DataCamp, on n’est pas étonné de la réaction que suscite leur idée. Mieux : c’est le but visé. « Le message que nous voulons émettre est que nous cherchons non pas des diplômes, mais des gens compétents », précise Cornelissen. Et de souligner qu’il n’a rien contre l’enseignement. « Bien au contraire, j’y ai passé de nombreuses années. »

Pour lui, son idée prouve même combien l’enseignement est qualitatif en Flandre. « Si notre enseignement réussit à préparer des jeunes au marché du travail en trois ans et s’il y a des entreprises qui souhaitent déjà les engager, où est le mal ? », se demande-t-il. « L’État doit-il absolument investir deux ans de plus dans leur formation ?  Alors qu’ils peuvent travailler chez nous, apprendre en travaillant et en payant des impôts ? Non, vraiment, en réalité, c’est un beau compliment pour notre enseignement. »

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De Standaard

Tiré à environ 100.000 exemplaires, De Standaard était à l’origine un quotidien conservateur. Quotidien généraliste de référence, il est édité par Mediahuis.

Traducteur : Caroline Coppens
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Date de publication : 21/12/2016