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Relance : « Si nous organisons ceci à la belge, nous manquerons une occasion unique »

Photo by sheri silver on Unsplash

3 février 2021

Relance : « Si nous organisons ceci à la belge, nous manquerons une occasion unique »

Temps de lecture: 3 minutes

Les milliards d’euros européens destinés à la relance belge s’éparpillent entre nos six gouvernements et des dizaines de projets. Nos gouvernements parviendront-ils à provoquer le basculement économique escompté ?

Question : qu’ont en commun la rénovation du Palais de Justice de Bruxelles, les bus verts flamands et la construction de crèches durables en Wallonie ? Réponse : ils seront peut-être tous financés par les 5,9 milliards d’euros accordés à notre pays par l’Europe dans le cadre de son plan de relance.

Quatre-vingts projets différents

Maintenant que les six gouvernements de notre pays se sont répartis le gâteau, ils ont dressé cette semaine la liste de leurs projets, qu’ils présenteront une première fois à la Commission européenne. Chaque gouvernement y demande 130 pour cent du budget auquel il a droit, partant du principe que certaines demandes n’atteindront pas la ligne d’arrivée en avril. La Commission, elle, n’a que faire des équilibres intra-belges et exige que les projets s’intègrent dans une transition vers une Europe « plus verte, plus numérique et plus résiliente ».

Les listes auxquelles De Standaard a eu accès énumèrent environ quatre-vingts projets différents. Certains gros postes de coûts doivent encore être détaillés, comme les 300 millions d’euros pour la rénovation des bâtiments scolaires en Communauté française, les 365 millions d’euros du fédéral pour la modernisation du réseau ferroviaire, les 240 millions d’euros nécessaires à la construction de 1 000 logements sociaux en Wallonie ou les 375 millions d’euros dont la Flandre a besoin pour développer la numérisation de son enseignement.

Les fonds européens financeront des projets qu’il aurait fallu réaliser il y a longtemps.

À l’inverse, certains projets sont très spécifiques, comme la construction de foyers pour les personnes socialement fragilisées (Bruxelles, 8 millions d’euros), la numérisation des administrations locales flamandes (50 millions) ou la rénovation du Palais de Justice de Bruxelles (60 millions), entamée il y a plus de trente ans. Ce serait assez symbolique de voir les travaux s’achever grâce à des fonds européens. Quoi qu’il en soit, les fonds européens financeront des projets qu’il aurait fallu réaliser il y a longtemps. Voilà qui contraste avec d’autres projets qui ont l’air davantage tournés vers l’avenir, mais qui s’avéreront, au pire, des éléphants blancs, comme la construction d’un îlot énergétique en mer du Nord avec un deuxième parc d’éoliennes offshore, ou le développement d’un réseau à hydrogène.

Au niveau fédéral, on aimerait que le plan de relance soit un exemple de fédéralisme de coopération. Du côté flamand, on ne l’entend pas de cette oreille.

C’est au secrétaire d’État fédéral Thomas Dermine (PS) qu’il convient de bien huiler tous ces projets afin d’en faire un tout cohérent. Au niveau fédéral, on aimerait que le plan de relance soit un exemple de fédéralisme de coopération. Du côté flamand, on ne l’entend pas de cette oreille. Les milliards européens y sont simplement vus comme une source de financement externe d’un plan de relance flamand déjà proposé en septembre. Du côté de la N-VA surtout, on s’inquiète de devoir adapter ce plan en fonction des demandes du fédéral ou des gouvernements francophones. En revanche, la Flandre s’attend bien à ce que les 365 millions d’euros que le fédéral injectera dans la modernisation des chemins de fer soient répartis selon la règle du 60/40. Cette règle stipule que pour cent euros dépensés pour le chemin de fer en dehors de Bruxelles, soixante aillent en Flandre.

Chacun se bat pour défendre sa chapelle

Bruxelles aussi compte sur une grosse partie des investissements fédéraux pour le rail et sur ceux de la Communauté française pour la rénovation des écoles sur le territoire bruxellois. Thomas Dermine devra tenir compte de ces considérations politiques qui n’ont pourtant rien à voir avec la relance.

Malgré l’ampleur de la tâche qui nous attend, chacun se bat pour défendre sa chapelle. En 2019, le total des investissements publics belges s’élevait à 2,6 % du PIB. À titre de comparaison, les Pays-Bas et les pays scandinaves y ont consacré 4,4 % de leur PIB. Pour arriver au niveau de ces pays, nous devons investir chaque année, et non à une seule reprise, un peu plus de 8 milliards d’euros supplémentaires, a calculé la VOKA. « Si nous organisons ceci à la belge, nous manquerons une occasion unique », a prévenu Wouter De Geest, le président de l’organisation patronale (De Standaard, 4 janvier). Aujourd’hui, il est encore trop tôt pour juger.

La Belgique devra donc prendre des décisions historiques et compliquées concernant les pensions, la réforme du marché du travail et la fiscalité.

De surcroît, la Commission indique que le plan de relance ne sera valable que s’il s’accompagne des réformes structurelles nécessaires. Celles-ci doivent empêcher une augmentation des dépenses ailleurs dans le budget. La Belgique devra donc prendre des décisions historiques et compliquées concernant les pensions, la réforme du marché du travail et la fiscalité. Tous ces chantiers sont en cours depuis beaucoup trop longtemps, comme celui du Palais de Justice. Le gouvernement De Croo entend bien les clôturer, mais l’accord de gouvernement ne fait qu’énumérer les défis, sans mentionner comment les relever. Et nous ignorons comment l’Europe fera respecter les règles à la Belgique au moment où les oppositions idéologiques au sein de la Vivaldi commenceront à se faire sentir.

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