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Plurilinguisme : contre-vérités et récupération politique

(c) Pixabay

21 novembre 2017

Plurilinguisme : contre-vérités et récupération politique

Ce texte a été traduit par les étudiants de deuxième Master de la Faculté de traduction et d’interprétation (FTI-EII) de l’Université de Mons, sous la supervision de Guillaume Deneufbourg

Temps de lecture: 2 minutes

En 2017, ne parler qu’une seule langue est un handicap. Plusieurs études démontrent par ailleurs que le plurilinguisme améliore les capacités cognitives.

Alors que je m’employais à formuler ma question de recherche sur le plurilinguisme, j’ai à nouveau été consternée par l’ampleur des inepties proférées par certains responsables politiques sur la question. Tout comme l’année précédente, le débat sur les jeunes élevés dans un environnement plurilingue s’embrase lorsque l’extrême droite l’utilise à dessein pour dénoncer un problème identitaire. Pour des raisons obscures, un lien est ainsi très rapidement établi entre le plurilinguisme, la montée en puissance de l’islamisation et la nécessité de freiner l’immigration. 

Cette logique reste pour moi un mystère. Il n’existe en effet aucun lien de causalité entre religion, immigration et plurilinguisme. L’éducation plurilingue constitue non seulement une évolution inéluctable qui s’est installée dans notre monde au fil des décennies, mais elle est aussi la manière la plus rapide d’enseigner une langue aux enfants. Tout linguiste sait que cette « période critique » est le meilleur moment pour qu’un enfant apprenne une langue. D’ailleurs, où les enfants passent-ils le plus clair de leur temps pendant la phase d’acquisition du langage ? Exactement : à la maison et à l’école.

Je rappelle également à nos élus que plus de la moitié de la population mondiale est bilingue. Il  est tout à fait courant que des enfants parlent à la maison une langue qui n’est pas celle enseignée à l’école. Plusieurs pays sont connus pour leur plurilinguisme : l’Afrique du Sud, le Maroc, l’Australie ou encore la Chine. Les parents qui optent pour une éducation bilingue ne sont dès lors plus une exception. En Belgique, pays trilingue, nombre de parents font le choix d’une éducation bilingue français-néerlandais. D’autres encore transmettent à leurs enfants une troisième langue, que ce soit l’arabe, l’espagnol, l’hébreu, l’albanais ou le turc.

Pourtant, beaucoup semblent encore tomber des nues en apprenant que dans certaines villes flamandes, jusqu’à 40 % des jeunes reçoivent une éducation plurilingue. Pour eux, il nous faudrait tourner le dos au plurilinguisme pour exceller dans une langue unique. Mais cette idée nous ferait en réalité plus de tort que de bien. En 2017, ne parler qu’une seule langue est en effet un handicap. Plusieurs études démontrent par ailleurs que le plurilinguisme améliore les capacités cognitives. Des capacités que nous devons exploiter, et non refouler pour des motifs idéologiques. 

Aucun argument scientifique ne va ainsi à l’encontre d’une éducation plurilingue. De par un accès grandissant à l’enseignement et à la mondialisation, le plurilinguisme deviendra la norme. Le succès de l’enseignement en immersion n’est que la suite logique d’une évolution irréversible. La question que nous devons nous poser n’est donc pas de savoir comment contrecarrer l’éducation plurilingue, mais pourquoi nous devrions y faire obstacle ? En dépit des réactions épidermiques, il est grand temps de recentrer la discussion autour du « comment » et non du « pourquoi ». Nous pourrons ainsi tenir à distance les donneurs de leçons identitaires. Ces derniers n’ont tout simplement pas leur place dans ce débat. 

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