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Les femmes paient le prix des doubles journées

(cc) ArtsyBee via Pixabay

30 octobre 2020

Les femmes paient le prix des doubles journées

Temps de lecture: 2 minutes
Lotte Beckers
Auteur
Laurence Hamels
Traducteur Laurence Hamels

« Si les garçons gagnent, tous les hommes dans la salle repartiront avec un établi. Si les filles l’emportent, chacune recevra une cocotte-minute ! ». Explosion de cris de joie dans le public. En ce moment, VRT NU rediffuse une émission de Het Swingpaleis. À la vue de ce témoignage d’une époque révolue, on est en droit de se féliciter des énormes progrès réalisés au cours des vingt-cinq dernières années.

En effet, aujourd’hui plus que jamais, les femmes font des études et travaillent, des publicités nous présentent des bricoleuses et des cuisiniers. Pourtant, le foyer est le lieu où cette émancipation atteint ses limites.

Selon un article paru dans ce journal le week-end dernier, les recherches indiquent invariablement que, à la maison, ce sont toujours les femmes qui accomplissent la plupart des tâches ménagères et éducatives. Si les hommes se retroussent les manches, c’est plutôt pour jardiner ou mitonner des petits plats le dimanche, des travaux délassants, faciles à insérer dans leur planning et qui leur valent un compliment. Alors que les femmes se décarcassent pour récupérer leur progéniture à temps, la nourrir, la baigner et la coucher à une heure décente. Et quand, en plus, elles ont lessivé une tonne de linge, personne ne les applaudit.

Cependant, au cours de la rédaction de ces lignes, plus d’un homme m’a demandé si ce fossé domestique était encore d’actualité. Et je leur ai répondu judicieusement : « Interrogez la femme qui se trouve à côté de vous ». Le prix que les femmes payent pour ce qu’on appelle une double journée, c’est-à-dire le travail qui les attend lorsqu’elles rentrent à la maison après leurs heures de taf rémunéré, n’est pas insignifiant : épuisement, stress, perspectives de carrière ratées, relations malheureuses dues à un manque de valorisation de la part de leur partenaire.

Comment peut-on améliorer la situation ? Tordre le cou aux schémas qui ont la vie dure au sein des ménages n’est pas chose aisée. Les mesures visant à alléger l’équilibre entre travail et vie privée servent surtout à permettre aux femmes de travailler davantage, d’où la supposition erronée selon laquelle les hommes accompliront automatiquement plus de tâches domestiques.

On a cru que le confinement apporterait une réponse prudente à cette question : que les hommes passent plus de temps à la maison, et ils participeront (presque) spontanément aux tâches ménagères. Le gouvernement De Croo a déjà doublé la durée du congé parental pour les hommes. Il passe ainsi à vingt jours, le temps nécessaire à l’esquisse d’un schéma familial. C’est une première étape importante vers une répartition plus égalitaire des tâches, à condition que les pères prennent ces jours de congé et que les chefs d’entreprise soient plus réceptifs au choix de leur personnel masculin de passer du temps en famille. Pour l’heure, un peu plus d’un quart des hommes ne profitent même pas (complètement) de ce congé. J’ose espérer que d’ici vingt-cinq ans, cet anachronisme sera comparable à l’effet de Het Swingpaleis aujourd’hui.

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