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La Belgique, le pays où on fraude à tous les étages de l’échelle sociale
21·11·25

La Belgique, le pays où on fraude à tous les étages de l’échelle sociale

Lieven Sioen est journaliste pour le quotidien De Standaard.

Temps de lecture : 2 minutes Crédit photo :

© stuartmiles99 via Canva

Auteur
Traductrice Amélie Lefèbvre

Une infirmière libérale qui déclare jusqu’à nonante visites à domicile par jour, aux quatre coins de la Flandre-Occidentale : c’est matériellement impossible bien sûr. Comment un abus aussi flagrant est-il resté aussi longtemps sans suite ? Une première plainte formelle avait pourtant été introduite auprès de l’INAMI en 2017. Nul besoin d’une enquête compliquée pour soupçonner de fraude une infirmière à domicile indépendante possédant dix-sept voitures de luxe et affichant sur les réseaux sociaux un train de vie bien éloigné du revenu moyen du secteur. Que de telles pratiques aient pu perdurer révèle un mécanisme de contrôle et de sanction défaillant.

Au moment où des agents remorquaient les luxueux véhicules à Houthulst, le député Vincent Van Quickenborne (Open VLD) faisait obstruction en Commission des Finances à un projet de loi destiné à renforcer la détection de la fraude par l’administration fiscale. Un puissant dispositif de contrôle existe : le Point de contact central, où sont enregistrés tous les soldes des comptes en banque et montants des produits d’assurance des Belges. Auxquels s’ajouteront prochainement les comptes détenus à l’étranger et les portefeuilles de cryptomonnaies. Personne ne souhaite évidemment que les autorités puissent y fureter sans limites. En revanche, l’extraction anonyme de ces données permet de repérer des anomalies, offrant aux inspecteurs des impôts un moyen de cibler bien plus efficacement les dossiers suspects.

Face à la fraude, l’indignation politique est à géométrie variable. Georges-Louis Bouchez (MR) s’est appuyé sur le reportage de Christophe Deborsu pour dénoncer le « profitariat », sans vraiment distinguer les fraudeurs manifestes des demandeurs d’emploi sans espoir. Quant à la ministre Melissa Depraetere (Vooruit), elle s’est mise à dos de nombreuses professions – des avocats aux médecins – en dénonçant les abus d’avantages sociaux par le truchement des sociétés de gestion.

Le documentaire de Deborsu n’est pas anti-wallon, il est contre l’oisiveté

À tous les étages de l’échelle sociale, des personnes profitent de l’État, légalement ou non. Le travailleur au noir de la rue de Dison, qui perçoit une indemnité pour burn-out, parce qu’il est couvert par un certificat médical. L’indépendant aux revenus confortables qui grâce à sa société de gestion obtient tout de même une bourse d’études, parce que notre fiscalité l’autorise.

Pour rétablir une justice fiscale et désamorcer les jalousies dans la société, nous devons accepter des mécanismes de contrôle plus efficaces et des sanctions plus fermes, sans brèche où se faufiler. Car si l’État est plumé, c’est parce que le système le permet.

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