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Harcèlement: peut-on revenir à la TV après avoir été cloué au pilori ?
24·05·22

Harcèlement: peut-on revenir à la TV après avoir été cloué au pilori ?

Temps de lecture : 4 minutes
Tine Peeters
Auteur⸱e
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Le présentateur Adriaan Van den Hoof, accusé de harcèlement et de violences physiques, est persuadé de pouvoir reprendre sa carrière télévisuelle dès l’automne. Est-ce bien réaliste ?

Cinq femmes, qui ont toutes entretenu une relation avec Van den Hoof, accusent le présentateur – indépendamment l’une de l’autre – de harcèlement, de harcèlement en ligne et de violences physiques pendant ou après leur relation. Au moins deux de ces femmes ont porté plainte auprès de la VRT, l’employeur du présentateur, pour des faits de comportement inapproprié. Le tribunal a également été saisi de quatre plaintes pour coups et blessures, mais les dossiers furent classés sans suite, faute de preuves. Par contre, une enquête pour harcèlement a été menée à l’encontre de l’une des plaignantes, qui a fait l’objet d’un avertissement.

Le paragraphe que vous venez de lire ne fait que relater les faits rendus publics le week-end dernier. Comme nous n’en savons pas encore plus sur les accusations, il est difficile et délicat de juger du sérieux de celles-ci.

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Van den Hoof lui-même se refuse à tout commentaire sur ces accusations. Il considère le choix de la VRT de le remplacer à la présentation du quiz Switch, qu’il a animé pendant sept saisons d’affilée, comme une volonté de « renouvellement » de la part de la chaîne. « Aucune plainte formelle n’a été introduite à mon encontre, ni à la VRT, ni ailleurs », a-t-il déclaré sur la chaîne publique. « Aucune enquête judiciaire n’est en cours pour le moment. De plus, il a été convenu avec la VRT que nous nous concerterions après l’été pour analyser de nouveaux projets. Pour moi, ce n’est pas un mauvais signe. »

Pas de relation de pouvoir

Une question se pose d’emblée : est-il possible, et surtout réaliste, de reprendre du service de sitôt ? Comment s’en sont sorties les autres personnalités publiques après être tombées de leur piédestal ? L’avocate gantoise Christine Mussche souligne la différence fondamentale entre les affaires Bart De Pauw et Jan Fabre, lors desquelles elle défendait les victimes, et celle d’Adriaan Van den Hoof : d’après ce dernier, tous les incidents dont il est question ont eu lieu dans la sphère privée, et non sur le lieu de travail. « Les affaires De Pauw et Fabre étaient essentiellement basées sur des relations de pouvoir », explique Me Mussche.

En même temps, nous ignorons encore si une nouvelle enquête judiciaire sera ouverte. D’après Van den Hoof, aucune plainte formelle n’a été introduite, mais d’après la VRT, la police en aurait reçu quatre.

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De nouveaux éléments peuvent encore surgir, ou de nouvelles victimes se signaler, ce qui pourrait malgré tout déboucher sur un procès. L’image du présentateur en pâtirait encore bien plus, et une réhabilitation rapide et intégrale – ce que beaucoup de célébrités espèrent – s’avérerait encore plus improbable.

Quoi qu’il en soit, il est important, surtout pour les personnalités publiques, de jouer cartes sur table dès le début. Christine Mussche témoigne : « Aux coupables, je dis toujours : admettez vos fautes, dites que vous regrettez et que vous mettrez tout en œuvre pour vous améliorer et pour améliorer votre comportement. Ceux qui refusent ne font qu’aggraver les choses. Vis-à-vis de la victime, d’eux-mêmes et de tous les proches. Les clients potentiels qui ne ressentent aucune culpabilité, je les refuse : je ne saute pas dans le trou qu’ils ont creusé. »

« Les gens acceptent volontiers que les héros aient un côté humain, mais encore faut-il qu’ils le montrent. »

En somme, la règle est la suivante : mieux on reconnaît ses fautes, moins la chute est rude. Explications de Guillaume Van der Stighelen, ancien publicitaire et désormais chroniqueur et auteur : « Les gens se sentent immédiatement le dos au mur, puis se tiennent sur la défensive. Et leur défense, qui va de la minimisation des faits à leur négation totale, est mauvaise. Lorsque quelqu’un nuit à quelqu’un d’autre, cette personne doit avant tout l’admettre et se soucier de la victime. Lorsqu’on reconnaît ses torts et qu’on les regrette, tout le monde peut finir par se sentir mieux, la victime comme vous-même. »

Désolé pour tout

Les excuses sincères constituent un acte indispensable. « Les gens acceptent volontiers que les héros aient un côté humain, estime Van der Stighelen, mais encore faut-il qu’ils le montrent. » Aussi, beaucoup, voire tout, dépend de l’attitude et du sens du timing des stars déchues. Plus leurs excuses se font attendre, moins elles ont tendance à sonner juste, et plus il sera difficile de remonter sur son piédestal. La vidéo maladroite de Bart De Pauw, après que plusieurs femmes l’eurent accusé de comportements inappropriés, n’a fait qu’empirer les choses.

Aux yeux de Van der Stighelen, le commentateur sportif Eddy Demarez, qui s’était fendu de remarques déplacées sur les basketteuses des Belgian Cats, s’y est plutôt bien pris. Après avoir présenté ses excuses, il a rencontré les footballeuses des Red Flames et les hockeyeuses des Red Panthers. « On a beau présenter mille fois ses excuses, cela ne suffit pas à rendre les faits acceptables, a-t-il déclaré dans une interview de Linde Merckpoel sur la VRT. Peu importe que l’on parle d’estompement des normes en matière d’humour ou de propos de comptoir écervelés : dans tous les cas, ce n’est pas excusable. »

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Problème supplémentaire : les célébrités éprouvent souvent davantage de difficultés à présenter leurs excuses que les simples mortels. « Il ne faut pas sous-estimer le poids des encouragements de leurs fans, ajoute Van der Stighelen. Pour s’en convaincre, il suffit de se pencher sur le procès d’Amber Heard contre Johnny Depp : c’est devenu une bataille pitoyable entre deux fan-clubs de deux stars mondiales. Ou sur l’affaire du Néerlandais Johan Derksen, ancienne gloire du football et actuel journaliste sportif, qui s’obstine à refuser, après avoir avoué un viol, de présenter la moindre excuse, afin de ne pas décevoir ses fans, en l’occurrence une bande de bons machos hollandais.

Pourtant, cela n’a jamais nui à personne d’en faire plus que ce qu’il semble nécessaire, comme l’illustre bien l’exemple de Tiger Woods. Après la divulgation, dans la presse, de ses liaisons extraconjugales, il a présenté des excuses publiques, puis a entamé une thérapie de couple et est devenu l’un des golfeurs les plus populaires du monde. Lance Armstrong, par contre, est le contre-exemple parfait pour Van der Stighelen : « Parce qu’il a continué de nier tout dopage, il n’a plus jamais reçu la reconnaissance qu’il mérite pourtant bien. »

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