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Enseignement flamand: priorité à l’anglais plutôt qu’au français?
07·11·21

Enseignement flamand: priorité à l’anglais plutôt qu’au français?

Temps de lecture : 2 minutes

Vous l’aurez sans doute aussi remarqué pendant le confinement : mine de rien, la qualité des traductions automatiques sur les réseaux sociaux s’est considérablement améliorée. L’intégralité de mon fil d’actualité Facebook s’affiche désormais en néerlandais. De temps à autre, un message « évaluez cette traduction » me rappelle que tel ou tel ami ne parle – ah oui, c’est vrai ! – pas un mot de flamand.

Dans quelques semaines, cela fera précisément 20 ans que Lernout & Hauspie mettait la clé sous le paillasson. Aujourd’hui, la technologie de reconnaissance vocale qui leur était si chère connait un nouvel essor, et tout se développe plus vite que jamais. En confinement, nous n’avons pas arrêté de parler à nos écrans. Microsoft Teams a amélioré sa fonctionnalité de sous-titrage instantané. Pratique et efficace. La plateforme Zoom offre quant à elle un service similaire qu’elle va prochainement intégrer à Horizon Workrooms, l’espace de réunion virtuel de Facebook.

Les sous-titres ne sont qu’un début. Zoom a également annoncé le lancement imminent de l’interprétation simultanée automatique dans plus de 30 langues. Une suite logique puisque, plus tôt cette année, la société a racheté le logiciel de traduction allemand Kites.

Combiner la « compréhension » des conversations en ligne et leur traduction instantanée dans n’importe quelle langue sera donc très bientôt disponible, rejoignant l’invention de Douglas Adams, brillant auteur de science-fiction, qui avait proposé le concept du petit poisson Babel qui s’immisçait dans votre oreille pour tout vous traduire.

Retour à la réalité. L’année scolaire est déjà entamée depuis quelques semaines et bon nombre de Flamands doivent aider leurs enfants à faire leurs préparations de français. À leur décharge, saisir la différence entre le complément d’objet direct et indirect n’est pas si évident. De nombreux professeurs de français vont encore s’arracher les cheveux lorsqu’ils constateront le niveau affligeant de leurs élèves.

J’ai grandi en regardant la RTBF, ma mère lisait des livres français et nous avions un abonnement au Vif/L’Express. La réalité de mes enfants est complètement différente. Depuis leur plus jeune âge, ils baignent dans un monde numérique dominé par l’anglais. On retrouve des milliers de chaînes sur notre décodeur Telenet, mais lorsque l’une d’elles a le malheur d’être dans la langue de Molière, ils ont tôt fait de zapper.

Telle est hélas la triste réalité. Le français est une langue magnifique, mais une langue en perte de vitesse. Pourquoi donc vouloir frustrer nos enfants pendant 8 longues années en les obligeant à apprendre une langue has-been?

J’entends déjà les critiques fuser. Beaucoup de mes meilleurs amis sont des romanistes. Quelques-uns enseignent même le français : des professeurs particulièrement motivés. Mais lorsque l’on voit que, cette année, seulement 34 % des élèves wallons ont choisi le néerlandais, contre 64 % l’anglais, on est en droit se demander pourquoi le français est obligatoire en Flandre.

Nous sommes un pays merveilleux où cohabitent deux langues dominantes, mais surtout deux cultures. L’attrait de la jeunesse flamande pour la langue française est en chute libre. Nous ne devons pas abandonner notre pays, mais au lieu de démotiver les jeunes en leur faisant ingurgiter des règles de grammaire et de conjugaison complexes, pourquoi ne pas plutôt essayer d’éveiller leur intérêt à la culture romane ?

Si nous voulons restaurer le lien entre la Flandre et la Wallonie, il est préférable d’essayer de donner envie plutôt que de dégoûter les apprenants à coups de COD et de COI. En Wallonie, tous ont désormais compris qu’ils iraient plus loin avec l’anglais. Il est sans doute temps que nous leur emboîtions le pas.

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