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Comment les réseaux sociaux font obstacle au « body positivisme »
04·01·22

Comment les réseaux sociaux font obstacle au « body positivisme »

La sexologue Lotte Vanwezemael s’insurge contre les nombreux commentaires sur son corps dont elle a fait l’objet après avoir participé à l’émission « Danse avec les stars » diffusée sur la chaîne flamande Play4. Le body shaming cause également beaucoup de souffrance en dehors du monde médiatique. D’où viennent les diktats de beauté, et comment y faire face ?

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(cc) Unsplash

Virginie Dupont
Traductrice Virginie Dupont

« Vos commentaires peuvent détruire la vie de quelqu’un. » Dans une vidéo postée récemment sur son compte Instagram, Lotte Vanwezemael a critiqué les personnes qui, après la première diffusion de « Danse avec les stars », lui ont envoyé des commentaires grossiers sur son poids. En tant que personnalité publique, la sexologue a déjà été confrontée à ce genre de critiques par le passé, mais elle a tenu cette fois à réagir pour protéger ses followers qui manquent de confiance en eux. « Certaines personnes ne sont pas bien dans leur peau, et vous les enfoncez en tenant de tels propos. Pourquoi ? »

Selon le sociologue Rudi Laermans, ces remarques blessantes à l’égard de l’apparence de Lotte Vanwezemael s’expliquent en grande partie par son statut de célébrité. C’est précisément parce que ce sont les médias qui fixent dans une large mesure la norme que les écarts sont jugés plus sévèrement. « Les femmes en particulier n’échappent pas à l’œil critique du spectateur, même si la gent masculine est aussi jugée sur son apparence physique. »

En outre, il considère que l’apparence physique occupe une place de plus en plus importante dans notre société. Jusqu’à la fin des années 60, on couvrait en grande partie son corps pour des raisons religieuses. La levée des tabous culturels au cours des décennies suivantes a entraîné une exposition accrue, de sorte que la beauté a été déterminée davantage par les caractéristiques physiques que par la décence.

La « culture du selfie »

Selon la spécialiste en impact des médias Laura Vandenbosch (KU Leuven), l’essor des réseaux sociaux a augmenté ces dernières années l’alignement global sur les normes de beauté en vigueur. La « culture du selfie », en vertu de laquelle les utilisateurs partagent en permanence des images d’eux-mêmes et comparent leur apparence à celle des autres, a donné lieu à une définition toujours plus stricte de la beauté. « Par le passé, l’accent était principalement mis sur l’apparence du corps, mais aujourd’hui, les traits du visage sont également concernés. » Rudi Laermans note que les générations qui ont grandi avec les réseaux sociaux sont plus préoccupées par la beauté et plus promptes à juger les autres en fonction de ce critère.

Ces considérations semblent battues en brèche par la popularité récente du body positivisme. Dans le sillage de ce mouvement, qui prône l’acceptation du corps tel qu’il est, différents médias ont pris l’initiative de tourner le dos aux diktats de beauté occidentaux, dans lesquels « mince » et « blanc » sont les principaux synonymes de « beau ». Depuis lors, les mannequins grande taille s’affichent occasionnellement en couverture des magazines et le thème est davantage abordé dans les séries ou au cinéma, bien que ces corps soient encore sous-représentés.

Rudi Laermans affirme également que la base de soutien au body positivisme est moins importante que ce que les médias laissent parfois entendre. « Je crains que cette idée soit surtout défendue par la bourgeoisie culturelle, et je doute qu’elle ait atteint toutes les couches de la société. »

Kilos Covid

Si la culture populaire peut conduire à une plus grande acceptation des différents types de corps, elle ne peut pas empêcher des membres de famille éloignés de s’étonner, pendant les fêtes de fin d’année, de la prise de poids de leurs proches. Selon Rudi Laermans, cette focalisation sur les kilos (en trop) découle en partie du prétendu lien indissociable entre beauté et santé. Bien que les

personnes en sous-poids ou en surpoids soient en excellente forme physique, une grande partie de la société considère encore que seul un corps mince est sain.

Cette vision sociétale de la beauté est lourde de conséquences. Une étude réalisée en 2017 par l’Association professionnelle internationale des chirurgiens plasticiens a ainsi mesuré la popularité de la chirurgie plastique dans 24 pays. Les résultats montrent que la Belgique occupe la troisième place avec 200.000 interventions. Dans la moitié des cas, il s’agissait de techniques non chirurgicales visant par exemple à combattre les signes de vieillesse. Ces patients n’ont bien sûr pas tous fait appel à un chirurgien plastique pour se conformer à l’idéal de beauté dominant, mais les chiffres interpellent néanmoins. « Les adolescentes en particulier souffrent énormément de la norme de beauté, et les réseaux sociaux ne font que rendre la problématique plus pressante », précise Rudi Laermans.

Un défi majeur

La question qui se pose alors est de savoir ce que la société peut faire pour que le body positivisme sorte de la bulle des personnes hautement qualifiées ou des « élites culturelles ». An Vandeputte, coordinatrice du centre de connaissances flamand sur les problèmes d’alimentation et de poids, estime qu’il est important que chacun apprenne à apprécier son corps dès le plus jeune âge. « L’accent mis sur le poids et la condition physique peut faire place à l’attention portée sur ce que notre corps peut faire pour nous, par exemple nous emmener dans des endroits que nous aimons. »

Rudi Laermans ajoute que les campagnes de sensibilisation peuvent également se révéler utiles, même s’il souligne la difficulté de créer efficacement davantage de tolérance à l’avenir. « Contrer l’impact des réseaux sociaux sera un défi majeur. »

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