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22 mars 2019

Chers parents, voici pourquoi les enseignants flamands font grève

De très nombreux enseignants flamands étaient en grève ce mercredi 20 mars. L’action était notamment menée pour protester contre la pression du travail, la pénurie d’instituteurs et le manque d’investissements dans l’enseignement.

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Cher parent,

Mercredi, il y avait de fortes chances que votre enfant trouve porte close s’il se rendait à l’école. Les enseignants flamands avaient appelé à une interruption massive du travail. Une situation très inhabituelle, puisqu’ils sont généralement peu enclins à brandir l’arme de la grève. Ils n’aiment pas abandonner leurs élèves et sont formés à résoudre les conflits de manière constructive, c’est-à-dire par la concertation et la patience. S’ils ont arrêté de travailler, c’est que la situation est grave.

Les revendications des enseignants de vos enfants ne portent absolument pas sur des augmentations de salaire ou l’octroi d’avantages matériels du type voiture de société, assurance groupe, ordinateur ou téléphone portables. Non : les maîtresses d’école, instituteurs et autres professeurs tirent la sonnette d’alarme en raison de l’écrasante charge de travail à laquelle ils font face.

Selon une étude scientifique récente, les enseignants travaillent jusqu’à 50 heures par semaine durant l’année scolaire et en moyenne 41 heures sur l’ensemble de l’année, vacances comprises. En plus des cours, de la préparation et de l’amélioration des interrogations et des devoirs, ils doivent en effet assurer toutes sortes d’autres missions : surveillance, remplacement de collègues malades, concertations au sein du département, contacts avec les parents, groupes de travail, conseils de classe ordinaires et disciplinaires, délibérations, remédiation pour les élèves ayant des difficultés, mise en place de mesures adaptées pour les troubles de l’apprentissage, etc. Sans compter l’explosion du nombre d’obligations administratives ces dernières années. En cas d’inspection ou d’éventuelle contestation, tout doit pouvoir être justifié dans les moindres détails. Les piles de papier et les dossiers numériques s’alourdissent ainsi d’année en année.

Mais le nombre d’heures n’est pas le seul facteur qui pèse sur la profession. C’est surtout la pression des cours qui est devenue trop importante. Les classes sont de plus en plus diverses et, en raison du décret M, le nombre d’élèves ayant des besoins spécifiques a fortement augmenté, mais les ressources affectées sont insuffisantes. Ce qui complique énormément l’enseignement. Par ailleurs, le nombre d’élèves par classe est souvent démesuré. C’est surtout le cas en primaire et à la maternelle, mais avec le décret M, le phénomène s’étend désormais au secondaire.

Imaginez ce que ce doit être de donner cours à un groupe de vingt ados dont une dizaine manquent de motivation, trois présentent de graves lacunes linguistiques, deux souffrent de troubles du comportement, un de trouble de l’attention, un autre de dyslexie, un autre encore d’autisme, sans mentionner les quatre qui trouvent le cours beaucoup trop lent. Certains parents deviennent déjà dingues avec trois enfants à la maison, alors mettez-vous à leur place : passer la journée entière devant un groupe de plus de vingt bambins pas forcément sages.

Nombre d’enseignants ne supportent plus cette surcharge de travail. Les absences pour maladie se multiplient et de tous les secteurs, l’enseignement est celui où le risque de faire un burn-out est le plus élevé.

Comme si cela ne suffisait pas, on vient d’expliquer aux enseignants qu’ils devront travailler cinq à sept années de plus. Et la prépension ainsi que le crédit-temps fin de carrière ont été supprimés. Vous pouvez d’ores et déjà vous demander s’il est bénéfique pour votre fils ou votre fille de suivre des cours donnés par un papy ou une mamie. Quoi qu’il en soit, la situation sera insupportable pour la plupart des plus de 60 ans. Passé un certain âge, on n’a tout simplement plus l’énergie de faire classe (à plein temps) et de combiner cela avec toutes les autres tâches. Car on ne peut pas donner cours « à moitié ». L’enseignement demande un investissement total, de chaque instant, faute de quoi les élèves ne se gênent pas pour s’engouffrer dans la brèche. Ces mesures concernant les retraites portent un sacré coup à l’attractivité du métier.

La charge de travail trop élevée et le manque d’attractivité du métier menacent dès lors de conduire à une grave pénurie de personnel. Une foule de collègues ne peuvent déjà plus être remplacés et pour certaines disciplines, les candidats qualifiés manquent. Une situation qui ne fera que s’aggraver dans les années à venir. Mais ce n’est pas la seule source d’inquiétude. De plus en plus souvent, la formation d’enseignant est un second choix pour les jeunes, ce qui n’augure rien de bon pour la motivation des futurs professeurs.

Les enseignants croulent sous le travail, mais c’est aussi votre fille ou votre fils qui en fait les frais. Car la dureté des conditions de travail se répercutant sur la qualité des cours, c’est les chances de réussite des élèves qui diminuent. Des études internationales montrent hélas que la qualité de l’enseignement flamand périclite.

Nos élèves, qui sont le capital humain de la prochaine génération, méritent mieux que cela. Ne pas investir en eux, c’est lourdement grever l’avenir. C’est pourquoi, cher parent, nous tirons aujourd’hui la sonnette d’alarme. Par le passé, Peter Adriaenssens a appelé les parents à descendre dans la rue pour exiger de plus petites classes et plus de ressources pour l’enseignement. De notre côté, nous espérons pouvoir compter sur votre compréhension pour notre action de mercredi.

Marc Vandepitte, enseignant de l’enseignement secondaire
Kerstin De Visscher, directrice dans l’enseignement secondaire

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