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Black Friday : la gratuité a toujours un prix
26·11·21

Black Friday : la gratuité a toujours un prix

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Les services de livraison de colis se préparent pour la période la plus intense de l’année. À l’occasion du Black Friday, de la Saint-Nicolas et des fêtes de fin d’année, des millions de beaux petits paquets seront livrés chez des particuliers. En coulisse, cependant, la réalité est nettement moins reluisante. Le secteur, qui connaît un nivellement par le bas, est au plus mal. Le business-model qui y prévaut repose sur le faux travail indépendant et la sous-traitance, un acteur ayant recours aux services d’un autre, et ainsi de suite. Chaque niveau étouffe le suivant et, en bout de course, la surexploitation règne en maître.

Ce constat ne se limite pas au secteur des colis. La construction connaît le même triste sort, et les chantiers d’envergure sont particulièrement touchés. Le drame de l’été dernier à Anvers, où une école en construction s’est effondrée sur cinq ouvriers étrangers qui y ont laissé la vie, illustre ces propos. Une sous-traitance à plusieurs niveaux empêche tout contrôle et n’offre pas de vue sur la situation réelle.

Les livreurs ayant un salaire correct et des conditions de travail décentes ne tiennent manifestement plus le coup. Car le consommateur a désormais dans le crâne que la livraison de colis est pratiquement gratuite, et que tout peut arriver sous 24 heures. Nous savons pourtant pertinemment que rien n’est gratuit. Il y a toujours quelqu’un qui paie le prix. En l’occurrence, c’est le livreur qui en pâtit : bas salaires, journées à rallonge, surcharge de travail et flexibilité exigée, le tout quasi sans protection. Si le système peut ainsi perdurer, c’est parce que l’on trouve toujours des personnes vulnérables qui, pour survivre, n’ont d’autre choix que d’accepter d’être exploitées.

Les dirigeants de ces plateformes de livraison se cachent derrière l’argument fallacieux selon lequel le consommateur voudrait tout gratuitement et tout de suite. En réalité, la plupart des clients s’accommodent parfaitement d’un délai de deux ou trois jours supplémentaires. Et aucun d’entre eux, que je sache, n’a encore manifesté dans les rues pour exiger la gratuité des services de livraison.

Une éventuelle autorégulation relève de la chimère

En tout état de cause, le changement ne viendra pas du secteur lui-même. Une éventuelle autorégulation relève de la chimère. C’est en passant par la case judiciaire, à travers une condamnation du recours systématique aux faux indépendants et aux sous-traitants, que l’on fera bouger les choses. Et pas autrement.

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