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Affaire Kaat Bollen : une sexologue peut-elle être trop sexy ?
13·01·21

Affaire Kaat Bollen : une sexologue peut-elle être trop sexy ?

Kaat Bollen, sexologue populaire en Flandre vient d’être condamnée par la commission des psychologue suite à la publication, sur instagram, de photos jugées trop sexy. L’affaire a fait grand bruit.

Temps de lecture : 4 minutes Crédit photo :

Photo by Dainis Graveris on Unsplash

La sanction de la Commission des psychologues à l’égard de Kaat Bollen est injuste et laisse un goût amer. En marge, le soutien massif dont jouit la psychologue-sexologue prend de l’ampleur. « Il va de soi que Kaat Bollen peut porter ce que bon lui semble, mais il est faux de dire que toutes les tenues – du pantalon au soutien-gorge pointu – se valent », estime notre journaliste Nadine Van Der Linden.

Dans le vaste champ de la psychologie, cette fleur indispensable s’appelle Kaat Bollen

Un pré sans fleur n’en est pas un. Dans le vaste champ de la psychologie, cette fleur indispensable s’appelle Kaat Bollen, sexologue âgée de 35 ans. Alors qu’elle finissait ses études de psychologie à la KU Leuven, son mémoire de master avait déjà suscité quelques froncements de sourcils. Le sujet ? Les poils pubiens (schaamhaar en néerlandais, soit littéralement les poils de la honte, ndt). Ce genre de réactions est regrettable, car il faut bien avouer que le monde serait terne sans de tels personnages hauts en couleurs, à qui l’on se confie d’ailleurs bien plus volontiers qu’à une éminence grise en costard-cravate et aux grosses lunettes rondes. N’en déplaise aux commissions et autres organismes de tous poils.

Des photos jugées trop sexy publiées sur les réseaux sociaux.

La Commission des psychologues a rappelé Kaat Bollen à l’ordre. Un simple coup de règle sur les doigts, dirons-nous, mais il n’empêche que la décision sent l’amertume et la jalousie à plein nez. En cause : des photos jugées trop sexy publiées sur les réseaux sociaux. La sexologue du nord du pays se trouve à présent devant un dilemme. Un dilemme largement connu, d’où le soutien massif qu’elle engendre : les femmes doivent-elles se plier – ou pas – aux attentes vestimentaires de la société ? Une question à laquelle nous, femmes, sommes régulièrement confrontées. Jusqu’où pouvons-nous ouvrir notre blouse ? Gare à la vulgarité ! On peut laisser un bouton ouvert, oui, mais pas deux, au risque d’aguicher le passant.

Parfois, une épingle de sûreté entre deux boutons vient mettre un terme aux hésitations, nous permettant ainsi d’atteindre le sacro-saint juste milieu qui semble s’imposer à la gent féminine. D’un côté, on veut montrer un visage de nana sympa, avec qui l’on peut franchement se marrer, mais de l’autre, pas question de passer pour une fille facile. Il s’agit de fuir l’image de la godiche frigide mais aussi celle de la Lolita dévergondée, de séduire sans pour autant être vue comme une… Vous l’avez ? Bref, passons.

Les femmes doivent-elles se plier – ou pas – aux attentes vestimentaires de la société ?

S’il est donc logique que l’affaire Bollen fasse couler beaucoup d’encre, il est aussi bon, dans l’émotion, de garder la tête froide. Premièrement, l’argument selon lequel « ce que l’on fait en privé n’a rien à faire dans la vie professionnelle » ne tient pas la route, en l’occurrence : un spectacle burlesque « présenté par la psychologue Kaat Bollen » en corset, dont les photos circulent sur internet, ne relève pas tout à fait de la vie privée. Se pose ensuite la question de savoir s’il est possible de tracer une frontière nette entre la vie privée et le travail : un porte-parole de GAIA peut-il être un fervent chasseur durant son temps libre ? Le sujet mérite débat. Plus frappant encore, le déferlement de femmes plus ou moins habillées sur Instagram, brandissant le hashtag #istandwithkaat.

Voici, dans les grandes lignes, la teneur du message : « Après tout, que nous soyons en tailleur ou en sous-vêtements, quelle importance ? La tenue ne dit rien de ma personnalité. » Eh bien si, justement. On ne peut nier qu’une tenue donne un signal fort. Une femme en jupe sexy doit être mise sur le même pied qu’une autre habillée en Madame Doubtfire, certes, mais elles ne sont ni identiques, ni interchangeables. Elles envoient des signaux différents quant à leur mode de vie ou ce qu’elles jugent important à un moment. La tenue a bel et bien son importance. Entre nous, mesdames, nous ne pouvons tout de même pas nous attendre à ce que notre bien-aimé nous regarde avec les mêmes yeux, selon que l’on parade devant lui en mini short moulant ou en combinaison de ski dans la chambre à coucher. Vous n’allez pas me dire le contraire. Il faut se résoudre à certains faits d’ordre purement biologique – et ils existent encore en 2021, malgré toutes les alertes lancées.

Mais au sein de la profession, des confrères et des consœurs grincent des dents

Le signal donné par Kaat Bollen renvoie à des mœurs plus libres que la moyenne. Au genre de femme intrépide qui prend des granulés multicolores sur sa glace et qui ose croquer dans un piment qui arrache. Nombreux sont ceux qui voient cela d’un bon œil. Mais au sein de la profession, des confrères et des consœurs grincent des dents. Sans doute préfèrent-ils associer le psy à une figure neutre, une sorte de galette de riz, de manière à concentrer toute l’attention sur le patient. Ne cherchons pas plus loin. Quant à moi, je ne suis pas certaine que l’affaire qui nous occupe symbolise un énorme problème sociétal. La plupart des gens du métier ou proches de celui-ci auront un regard plus avisé que moi sur la question.

La Flandre a son tout premier film porno… pour femmes

La vie est déjà assez triste comme cela, alors vive la beauté féminine. Et en fin de compte, Kaat Bollen a mon soutien : non pas que je sois partisane du droit de porter un bustier ou des jarretelles en toutes circonstances et à tout moment, mais parce que j’estime qu’elle a réalisé un coup de génie qui a le mérite de remettre son titre en question. Elle accepte ainsi les règles du jeu : un caractère bien trempé reçoit parfois un retour de flamme avant de tirer ses propres conclusions. Libre à vous de rêver d’un monde où chacun.e applaudit vos moindres faits et gestes des deux mains. Continuez à vous bercer d’illusions. Ou alors, vous pouvez tout bonnement faire abstraction de celles et ceux dont les exigences ne correspondent manifestement pas à votre personne, et assumer de vous positionner face à ce groupe précis. Sans épingle de sûreté entre deux boutons. Et en avant, bon sang.

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