Daar Daar logo

Construction de l’Eurostadium : un cas d’école du surréalisme à la belge

(c) MichaelGaida

31 janvier 2017

Construction de l’Eurostadium : un cas d’école du surréalisme à la belge

Temps de lecture: 3 minutes

Une pelleteuse et une partie du Parking C soigneusement délimitée : il n’en a pas fallu davantage au consortium Ghelamco, maître d’ouvrage du nouvel Eurostadium, pour mettre en avant la situation absurde du « chemin vicinal inexistant » qui bloque le projet. Mais pour les partis de gouvernement flamands, c’est un coup d’épée dans l’eau : « Le stade ne sera jamais prêt d’ici 2020 ». 

« Le fait que le promoteur creuse sans permis est un bras d’honneur de la politique bruxelloise à la Flandre. » 

« Vous le voyez, le chemin vicinal ? Moi pas », pointe, en riant (jaune), Philip Neyt, l’administrateur de Ghelamco. « Normal : il se trouve à 2,5 mètres de profondeur, recouvert par des tonnes de sable et de pavés. Pour le trouver, il va falloir creuser. »

Vendredi dernier, le maître d’ouvrage de l’Eurostadium a convié la presse sur le Parking C de Grimbergen, où doit être érigé le stade de l’Euro 2020, en prenant soin de faire venir une pelleteuse et de délimiter le « prétendu » chemin vicinal avec du ruban et des piquets.

Jeudi soir, la commune de Grimbergen a en effet décidé de voter contre la suppression de cette voirie. Résultat : si la députation suit cet avis, il n’y aura pas de permis de bâtir, et donc pas de stade. Tout cela en raison d’un chemin que personne ne voit. « C’est une situation kafkaïenne », se lamente Philip Neyt. « Elle est tellement surréaliste que René Magritte n’aurait même pas pu en faire un tableau. S’ils reconnaissent la voirie, ils devront prendre leurs responsabilités. Car les personnes qui se gareront ici seront sur la voie publique et donc en tort. »

Même son de cloche à Grimbergen : « Je trouve également cette histoire absurde », affirme la bourgmestre, Marleen Mertens (CD&V). « Je sais bien que le chemin vicinal est inexploité depuis plus de cinquante ans. Mais d’autres membres du conseil communal (notamment Groen et N-VA, NDLR) l’ont utilisé comme moyen de pression pour ralentir le projet du futur stade », explique-t-elle. « Nous verrons comment la situation évoluera. » Ghelamco souhaite se réunir avec les élus lundi.

Actions en justice

Cette voirie inexistante n’est qu’une des nombreuses procédures qui menacent l’Eurostadium. La demande de bâtir doit encore passer par le département flamand de l’aménagement du territoire. Et selon la N-VA, il ne laissera peut-être pas passer le projet. « Pour l’aménagement du territoire, ce stade n’est pas au-dessus des règles », affirme ainsi Axel Ronse, député N-VA au Parlement flamand. « Le fait que le promoteur creuse sans permis est un bras d’honneur de la politique bruxelloise à la Flandre. »

La N-VA est le plus farouche opposant au projet. Principal motif mis en avant : la saturation du ring de Bruxelles. Mais le CD&V, partenaire de la coalition, commence aussi à se ranger derrière cet avis : « Peu à peu, il devient évident que ce projet ne se fera pas. » Selon des sources du CD&V, en raison de toutes les actions possibles, le chantier ne pourrait pas être lancé avant l’été 2019.

Une blague belge

La N-VA pousse donc le gouvernement bruxellois à réfléchir d’urgence à des solutions alternatives. « Pour les fans qui espèrent que l’Euro passera par notre pays, le temps presse », fait valoir Axel Ronse. Le ministre bruxellois Guy Vanhengel (Open VLD), quant à lui, reste optimiste : « Ghelamco dispose d’un dossier en béton. Malgré toutes les procédures, j’espère encore un dénouement heureux. » Il qualifie l’agitation autour du chemin vicinal de « blague belge classique ». « Les Néerlandais me demandent déjà comment une si petite commune peut faire obstacle à un projet d’une telle envergure. »

Auprès de Ghelamco, on concède entretemps que la situation devient « tendue ». « Il est désormais impossible d’être prêts en avril ou mai 2017. Mais les travaux devraient tout de même débuter cette année. Si c’est le cas, nous serons dans les temps (la date butoir est en 2019, NDLR) », explique Philip Neyt.

La Fédération belge de football n’a pas souhaité réagir, mais Dimitri Huygen, le directeur de projet de l’Euro 2020 à Bruxelles, a fait le commentaire suivant : « À nouveau, toute cette histoire est contreproductive. Mais je suis persuadé que le stade verra le jour à temps. »

© DaarDaar ASBL 2017 - Mentions légales - Vie Privée