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Le grand avantage de la coalition Vivaldi (pour les flamingants)
2 octobre 2020

Le grand avantage de la coalition Vivaldi (pour les flamingants)

Temps de lecture: 4 minutes

Nous avons un nouveau gouvernement fédéral. Mais faut-il s’en réjouir ?  Une chose est sûre : le carrousel de la formation, qui tourne depuis mai 2019, s’est enfin arrêté. C’est déjà ça. Mais y avons-nous gagné quelque chose ?  Rien n’est moins sûr. Comme l’a dit notre nouveau Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld), il va devoir nous convaincre. Ce qu’aura fait la coalition Vivaldi, c’est donner à l’électeur un choix très clair, en 2024, entre différents projets d’avenir pour la Belgique.

La Flandre en minorité

Bien sûr, pour la Vivaldi, les choses commencent mal. En effet, ce gouvernement ne s’appuie pas sur une majorité en Flandre. Dans le groupe linguistique néerlandophone à la Chambre. Sur Twitter, le CD&V a reformulé cela comme ceci : « une majorité partout en Flandre, sauf dans l’arrondissement électoral d’Anvers ». Mais cela ne change rien au comptage des votes à la Chambre des représentants, le seul qui compte.

Cette minorité, on n’a guère fini d’en parler. En tout cas, dans cette histoire, la N-VA ne s’en sort pas avec les honneurs. Dans la Suédoise, c’était le côté francophone qui était largement minoritaire, et la N-VA a ainsi aidé à faire durer encore le système belge. Elle a rendu plus plausible le recours à la même astuce dans le gouvernement suivant, mais avec une minorité flamande, cette fois. Je l’avais prédit : cette tactique risquait de nous revenir en pleine figure, comme un boomerang. Je déteste l’idée que les faits me donnent raison a posteriori.

La coalition minoritaire « suédoise » cadrait dans la stratégie de la N-VA consistant à enfumer le PS et les francophones. Elle était censée placer les francophones devant la réalité des faits et les mettre en minorité. Reste à voir si cette stratégie fonctionne et va fonctionner.

Ô Belgique, pays ingouvernable

Un gouvernement décidé à suivre résolument un cap, que ce soit à gauche ou à droite, ne peut donc exister qu’en mettant en minorité l’une des deux démocraties de notre pays. Voilà qui reporte bien loin dans le temps l’impossibilité, tant médiatisée – tant espérée par le mouvement flamand – de gouverner la Belgique.

Le truc, en Belgique, consiste simplement à laisser s’écouler suffisamment de temps entre les élections et la formation d’un gouvernement. Alors seulement, les partis peuvent espérer fouler aux pieds les choix démocratiques de l’électeur et s’en tirer sans casse. C’est extrêmement nocif pour notre démocratie, que l’on vide ainsi de sa substance.

Flamands quand ils sont élus, mais Belges quand ils gouvernent

On relèvera dans l’histoire l’existence d’un fil rouge. Qu’il s’agisse de Guy Verhofstadt (Open Vld), d’Yves Leterme (CD&V) ou de Bart De Wever (N-VA), ils étaient Flamands quand ils ont été élus, mais Belges, ou en tout cas non-flamands, on-garde-la-Belgique-au-frais, quand ils ont gouverné. Cette constatation pourrait donner lieu à de grandes envolées lyriques. Nous aurions bien des choses à en dire. Sauf qu’elles se heurteraient au fait qu’il y a une majorité au parlement. Mais pour ceux qui considèrent que nous sommes tous Belges, il n’y a aucun problème.

Les partis flamingants au pouvoir

Le mouvement flamand se heurte depuis toujours à la même question : est-il possible d’accélérer une scission ordonnée de la Belgique en participant au pouvoir à l’échelon belge ?  En d’autres termes : les nationalistes flamands ont-ils d’autres choix que de participer au pouvoir à l’échelon belge ? Non. Mais ils feront bien de ne pas se bercer d’illusions, car comme l’a très justement écrit Bart Maddens ici même, les nationalistes flamands récusent l’État belge, raison pour laquelle ils ne seront jamais totalement acceptés par le système.

Les séparatistes ne feront jamais vraiment partie du club

Pour Bart Maddens : « les séparatistes ne feront jamais vraiment partie du club. Si même on les admet dans les cénacles du pouvoir à l’échelon belge, ce ne sera que dans l’espoir de les mater plus rapidement. Cette stratégie a d’ailleurs très bien fonctionné, tant pour la Volksunie que pour la N-VA. »  L’histoire récente lui a donné raison.

Vivaldi, un début ou une fin

Ce gouvernement Vivaldi pourrait être le début de la fin, ou la fin du début. À moins que ce ne soit un dernier gouvernement de restauration de la Belgique, une dernière occasion de gouverner comme si de rien n’était. Soutenir contre l’évidence que les partis traditionnels, avec l’appoint d’Ecolo/Groen, contrôlent le pays. Une tentative vouée à l’échec.

La montée en puissance de la N-VA fut de courte durée

Peut-être la coalition Vivaldi est-elle le début d’une nouvelle Belgique. Un nouvel équilibre qui endiguera la progression des partis séparatistes. La fin d’une époque. La montée en puissance de la N-VA fut de courte durée, un feu de paille. Et l’équilibre traditionnel est en voie de se rétablir. Le fait qu’un récent sondage, non publié, ne crédite la N-VA « que » de 15% en confortera plus d’un sur ce point.

Follow the money

La paralysie du pays est un fait, ce que démontre l’impossibilité de pratiquer des réformes en profondeur. Et le gouvernement Vivaldi n’en fera pas non plus. Et le budget, surtout, en subira les conséquences. La dette va encore augmenter. Or l’endettement n’est pas gratuit ; la dette n’est pas un phénomène négligeable. Et la Belgique est bien trop lourdement endettée : si lourdement qu’il ne reste guère de marge budgétaire pour financer un vrai plan de relance.

La Flandre a annoncé des mesures de relance à hauteur de 4,3 milliards. Un tel engagement, le Fédéral ne peut pas se le permettre. Les investissements qu’il propose ne sont pas de vrais investissements ; il s’agit souvent d’un surcroît des dépenses, sous forme notamment d’une augmentation des allocations.

Le lapin du chapeau

Aujourd’hui et demain, c’est la joie qui va régner dans la bulle de la Rue de la Loi. Il y a un gouvernement. Les observateurs s’étonneront de l’attribution des postes ministériels, Untel a été nommé, ah, celui-ci non. Et pour attirer l’attention du public : un lapin sorti d’un chapeau. Effervescence à tout va dans la bulle.

Des accords vagues qui doivent être concrétisés

Et c’est là que ça va commencer. La claque qu’a prise l’économie, le Brexit qui arrive. Le grabuge avec le gouvernement flamand. Des accords vagues qu’il faut concrétiser. Et l’opposition qui rue dans les brancards.

L’opposition du Vlaams Belang débordera du Parlement, et s’attaquera aussi à l’hôtel de ville des bourgmestres CD&V et Open Vld. Avec le PTB, le Belang mènera une opposition extraparlementaire très active. L’année 2024 est encore loin, c’est vrai, mais pas tant que ça, finalement.

L’avantage de la coalition Vivaldi

Pour les élections de 2024, Vivaldi aura un grand avantage : l’électeur se verra présenter un choix clair entre plusieurs projets d’avenir pour ce pays. Chacun pourra choisir : le projet de la coalition Vivaldi ? L’unitarisme du PTB/PVDA ? Le confédéralisme façon N-VA ? Ou l’indépendance de la Flandre à la manière du Vlaams Belang ?

Après tout, il se peut que ce choix n’ait finalement aucun sens. Il suffira que les partis perdants laissent s’écouler suffisamment de temps entre les élections et la formation d’un gouvernement.

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