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La coalition burlesque (et tous ces noms qui nuisent à notre compréhension)

(cc) DavidZydd via Pixabay

17 janvier 2020

La coalition burlesque (et tous ces noms qui nuisent à notre compréhension)

Temps de lecture: 2 minutes

Complètement loufoques, les noms dont sont affublées les coalitions potentielles sont presque aussi agaçants que les négociations à n’en plus finir. Hier, le journal économique De Tijd en a forgé un nouveau : la coalition « Diable rouge ». Pour en comprendre le sens, il faut déchiffrer une sorte de rébus. Voici le raisonnement : écarter l’Open Vld devrait permettre au PS, « rouge », d’accepter de s’associer au « diable » qu’est Bart De Wever. L’analyse est presque aussi claire, pour ainsi dire, que celle de la coalition Vivaldi, lancée par les médias francophones plus tôt ce mois-ci. La logique : Vivaldi est le compositeur des Quatre Saisons, une série de concertos pour violon. Chaque saison a sa couleur. Le bleu des libéraux représente l’hiver, le vert des écologistes le printemps, le rouge des socialistes l’été et l’orange du CD&V l’automne. Vous trouviez la politique déjà suffisamment compliquée ? Voilà de quoi corser les choses encore un peu plus — gratuitement, sans aucune raison.

Pourquoi ne pas tout simplement dire « N-VA, sp.a et Open Vld » plutôt que « coalition bourguignonne » — une expression inventée par De Wever lui-même, à l’époque ? Ou écrire « verts, libéraux et démocrates-chrétiens » au lieu de « la jamaïcaine » ? On n’y perd que quelques caractères dans un journal. En revanche, les (é)lecteurs y gagnent énormément en clarté. Notre journal n’échappe évidemment pas à ce phénomène. Lorsque les responsables politiques ou les médias créent de telles expressions, elles intègrent automatiquement les débats et les discours publics. Quoi qu’il en soit, Het Laatste Nieuws s’engage dorénavant à systématiquement expliciter les noms des coalitions, aussi bizarres et imagés soient-ils.

Pour ceux qui sont versés dans la politique, cet agacement peut s’apparenter à du pinaillage. Après tout, ces formules ne sont rien d’autre que des gadgets créatifs… Je continue toutefois de penser que les responsables politiques et les journalistes devraient se garder d’inventer ce genre de termes. Car le jeu peut s’avérer plus risqué qu’ils ne semblent le penser. À une époque où tant d’électeurs se détournent de la politique et où les autres luttent au quotidien pour rester au fait de l’actualité, personne n’a besoin de cette surenchère de complexité. Si l’on souhaite éviter les votes protestataires, mieux vaut tout faire pour qu’un maximum de citoyens continuent de comprendre les enjeux qui les concernent, a fortiori dans un pays qui compte six parlements, six gouvernements, et où la formation d’une coalition peut prendre plus d’un an — un peu de clarté et de précision, ce n’est pas du luxe.

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