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Gestion du Covid: la confiance envers les politiques est rompue
08·12·21

Gestion du Covid: la confiance envers les politiques est rompue

L’émission politique hebdomadaire de la VRT, « De zevende dag », est revenue sur la manière dont les divers gouvernements du pays gèrent la crise sanitaire, laissant transparaître un mécontentement général qui a pu s’immiscer dans les foyers des téléspectateurs. « Les gens en ont marre », résume le journaliste politique Ivan De Vadder.

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

(c) Andre Hunter 

Ivan De Vadder
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Dimanche dernier, il n’était guère nécessaire de se rendre à Bruxelles pour percevoir le mouvement de contestation à l’égard de la politique gouvernementale. Il suffisait de s’installer confortablement dans son canapé, apéritif en main, et de regarder l’émission « De zevende dag » sur la VRT. Chaque invité y est allé de sa critique cinglante de la gestion de crise, soulignant principalement le manque de cohésion et de collaboration entre les divers exécutifs, et ce ne sont pas les suggestions en vue d’une meilleure approche qui ont manqué. Force est de constater que de nombreux citoyens en ont par-dessus la tête, comme en témoigne le hashtag .beu (« beu » signifiant « marre » en néerlandais, ndlr), ajoutant ainsi la lettre « u » au logo officiel de la communication gouvernementale qui se termine par .be. Le ras-le-bol est là.

Deux directrices d’école ont d’abord tiré à boulet rouge sur la politique d’enseignement. La fermeture des écoles arrive trop tard, selon elles ; la semaine de vacances prolongées aurait dû s’appliquer aux congés de Toussaint, et Ben Weyts, ministre flamand de l’Enseignement, brille par son absence. Jan Jambon en a également pris pour son grade, lui qui a affirmé, non sans dédain, que la dernière semaine de cours de l’année n’apportait de toute façon pas grand-chose sur le plan pédagogique. Avant-hier, le ministre-président flamand a d’ailleurs présenté ses excuses sur le plateau du journal télévisé de la VTM.

Dans la foulée, le secteur de la culture a eu voix au chapitre avec l’intervention de Stany Crets, qui ne comprenait pas pourquoi le nombre de spectateurs devait soudainement être limité à 200 dans les salles de spectacle. L’acteur a exhorté Groen à quitter la coalition Vivaldi, dans l’espoir de renverser la vapeur. Or en cas de chute du gouvernement, toutes les mesures resteraient en vigueur, tout comme le mécanisme du Comité de concertation, à la différence près que nous aurions un gouvernement De Croo en affaires courantes. Le fonctionnement des gouvernements des entités fédérées – qui gèrent la culture – ne serait quant à lui nullement altéré.

Force est de constater que de nombreux citoyens en ont par-dessus la tête, comme en témoigne le hashtag .beu (« beu » signifiant « marre » en néerlandais, ndlr), ajoutant ainsi la lettre « u » au logo officiel de la communication gouvernementale qui se termine par .be. Le ras-le-bol est là.

Un « baromètre Covid »

C’était ensuite au tour du secteur des soins de santé de taper sur les doigts des responsables politiques. En période de pandémie, il est impossible de « résoudre un problème au moment même où il se pose », comme la classe politique a coutume de faire. Si l’on attend que le secteur des soins de santé tire la sonnette d’alarme, c’est qu’il est déjà trop tard, a souligné le chef des soins intensifs de l’UZ Gent. En effet, la propagation exponentielle du virus ne permet pas de rattraper le temps perdu.

Dans son ouvrage « En nu is het oorlog » (« Et maintenant, c’est la guerre », ndlr), Philippe De Backer, qui a dirigé la taskforce durant la première vague après avoir été ministre dans une autre vie, a plaidé pour qu’il y ait plus d’hommes et de femmes politiques avec une formation scientifique, car de tels profils seraient plus à même de comprendre ce genre de concepts.

Une émission qui a viré au procès

Maarten Van Steenkiste, psychologue, a ensuite été appelée à la barre. Elle a prôné la création d’un « Baromètre Covid », idée partagée par de nombreux invités durant l’émission. Fondé sur un système de couleurs ou de chiffres déterminant les mesures qui s’imposent, cet instrument permet d’anticiper la situation et de se fixer des objectifs préétablis, tout en facilitant la communication visuelle. La prédictibilité mettrait un terme à la cacophonie politique ambiante.

Il y a un an, ce baromètre se trouvait déjà sur la table des négociations et a même été élaboré, bien qu’il n’ait jamais été utilisé par nos dirigeants. Il n’en demeure pas moins que l’idée mérite d’être creusée. Mieux vaut tard que jamais.

L’émission « De zevende dag » a donc pris des airs de procès de la gestion de crise, et même les politiques se sont mouillés. « Pourquoi avoir des experts si nous ne les écoutons pas ? Pourquoi organiser un Comité de concertation si nous ne prenons aucune décision ? », s’est interrogé Conner Rousseau, président de Vooruit. Son homologue du CD&V, Joachim Coens, a pour sa part estimé que les réunions du Comité de concertion n’étaient pas suffisamment préparées, se joignant ainsi à la critique de Paul Magnette.

Confiance rompue

Lorsque les politiques font de l’autocritique, ou que Frank Vandenbroucke, ministre de la Santé publique, parle de résultat « décevant » lors de la présentation du compromis, doit-on s’étonner que 7 vaccinés sur 10 affirment ne plus croire en l’expertise de la classe politique ? Ces chiffres proviennent du Baromètre de la motivation de l’université de Gand. Et ils ne concernent que les citoyens qui étaient convaincus par la politique menée, les personnes vaccinées. Qu’en est-il de la confiance des autres ? Et de celle des manifestants qui ont défilé ce week-end ?

Après le dernier Comité de concertation, certains secteurs ont parlé de confiance rompue avec les politiques. Voilà, je le crains, la seule analyse qui soit exacte.

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