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«J’ai fait mon devoir de médecin»

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24·03·16

«J’ai fait mon devoir de médecin»

Temps de lecture : 3 minutes
Traducteur⸱trice Hugues Feron

Lorqu’il a entendu une grosse détonation à Zaventem, Rik Achten est allé voir ce qui se passait de plus près. Il est ensuite resté sur place, au péril de sa vie. Même quand la deuxième bombe a explosé, à quelques dizaines de mètres de lui. Il en allait de son devoir de médecin.

Rik Achten marque un temps d’arrêt avant de recommencer à parler. Le chef du service de radiologie de l’Hôpital universitaire de Gand est encore profondément choqué par ce qu’il a vécu. «Mon fils est venu me chercher à midi à Zaventem et m’a ramené à la maison» raconte-t-il. «J’ai jeté dans la baignoire mes vêtements tachés de sang. Je suis resté longtemps sous la douche. Et je suis alors parti travailler. Je ne pouvais pas rester seul».

Il était environ 8h. Rik Achten est en route pour une visite d’entreprise en Allemagne. Assis dans le hall d’entrée de Zaventem, il prend un café et un croissant en lisant le journal. Un article au sujet du Brexit, une catastrophe économique. Il entend alors une forte détonation. Il ne sait pas tout de suite qu’il s’agit d’une explosion. Mais bien qu’il se passe quelque chose d’anormal. Il entend des cris.

«Tout le monde s’enfuyait», raconte-t-il. «J’ai immédiatement compris qu’il s’était passé quelque chose et je me suis dit que je pouvais peut-être aider. Je ne savais pas que c’était une bombe. Dix ou quinze secondes plus tard, la deuxième a explosé. Tout près. Des morceaux du plafond jonchaient le sol. Par chance, un poteau se trouvait entre la bombe et l’endroit où je me trouvais. Je n’ai dès lors pas été touché par des clous ou tous les autres débris qui volaient autour de moi».

L’ABC des soins d’urgence

Le souffle d’air est énorme. Rik Achten peine à se tenir debout. Il ne voit qu’à quelques mètres. De la fumée tourbillonne dans l’air. Son premier réflexe est de courir. Comme tout le monde autour de lui. Il entend alors des râles, des gémissements et des cris hystériques. «Je me suis dit alors: je suis médecin. Je ne peux pas m’enfuir. Je dois voir si je peux aider quelqu’un».

Il a peur, bien évidemment. «Y avait-il encore une bombe? Je n’en savais rien» Mais il ne peut pas faire autrement que de rester. Sa décision est prise en une fraction de seconde. Finalement, il restera là plus d’une heure, notamment lors des premières minutes, qui paraissent une éternité, en attendant l’arrivée sur place des services d’urgence.

Il voit un jeune homme gravement touché. Il crie de douleur. Ses vêtements sont déchiquetés, son corps est couvert de blessures. Le médecin gantois lui improvise un coussin. L’homme lui demande de sortir une petite bouteille d’eau de son sac. Mais il ne boira pas. Le Dr Achten voit ensuite un vieil homme encore plus gravement atteint, les jambes fracturées à plusieurs endroits. Une femme gît juste à côté, dans une mare de sang, un trou béant dans le dos.

Frustration

Le Dr Achten se remémore alors l’ABC des soins qu’il a retenu d’un stage aux urgences. A – Maintenir la respiration. B – Arrêter les saignements C – Conserver la circulation du coeur. Pas de temps pour les sentiments, excepté… la frustration. «Je voulais tant aider ces gens, mais je ne pouvais pas faire grand-chose. Il n’y avait pas de matériel. Je ne suis ni urgentiste ni traumatologue. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point il est frustrant de se sentir aussi démuni».

La fumée s’est lentement dissipée, faisant apparaître plus clairement les ravages de l’attentat. Des blessés se trouvaient partout à même le sol. Le plafond s’est effondré dans un cercle d’environ 30 mètres. Les services d’urgence ont commencé l’évacuation. Le Dr Achten a aidé à transporter à l’extérieur quatre blessés graves. Les premiers alors qu’il n’y avait pas encore de brancards. Il fallait faire très attention, à cause du verre, mais aussi à cause du sol glissant suite à l’écoulement des eaux d’extinction. Un homme avec de multiples fractures à la jambe est transporté en civière par huit agents humanitaires.

C’est seulement lorsque les services d’urgence sont présents en masse sur les lieux que Rik Achten décide de partir. Les ordinateurs sont encore allumés sur les comptoirs, constate-t-il au moment de sortir du terminal, l’air hébété et encore profondément sous le choc. Mais il n’y avait plus personne derrière. Le personnel de l’aéroport le transporte alors en voiturette vers un endroit sécurisé. Il prend place sur la banquette arrière, à côté de deux sièges pour enfant. Il prend son portable. Son amie lui a téléphoné pendant qu’il essayait d’aider les victimes. Il rappelle. Il lui signale que tout va bien. En tout cas pour lui.

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