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«Les hommes craignent les femmes de pouvoir»

(c) NBC/NBCU

11 novembre 2016

«Les hommes craignent les femmes de pouvoir»

Temps de lecture: 2 minutes

Il n’y aura donc pas de “Madam President” en tailleur aux commandes de l’Amérique. C’est, dit-on, une occasion historique, mais surtout manquée, de briser le plus haut plafond de verre de l’histoire. Une occasion qui ne se représentera pas de sitôt. « Et tout ça par peur », déplorent les femmes. Elles savent de quoi elles parlent.

Pour tout vous dire, le texte que vous avez sous les yeux était en gestation depuis plusieurs jours. Mais dans sa première version, il partait de l’hypothèse, plausible, qu’Hillary Clinton deviendrait la première femme présidente des États-Unis. Dix femmes influentes y auraient alors témoigné de ce que signifie être une femme dans un monde d’hommes. Ce fameux plafond de verre, Hillary allait le briser d’un bon coup de poing, et des millions de femmes auraient dansé dans les bris.

La femme alibi

Aujourd’hui, ces millions de femmes sont choquées. Non seulement parce que Trump a retiré presque sans prévenir le siège présidentiel de sous le premier postérieur féminin, mais aussi parce qu’avec Hillary Clinton, la Maison-Blanche perd une candidate particulièrement compétente. « Elle aurait entamé la présidence avec une expérience énorme », réagit Eva Brems, professeure en droits de l’homme à l’université de Gand. « Mais vous pouvez être la meilleure du monde, la fonction suprême, dont le plafond de verre est tellement haut, reste pratiquement inaccessible. C’est décourageant. »

Miet Smet n’a pas tardé non plus à exprimer sa déception : « Hillary Clinton n’était pas une femme alibi : elle n’était pas là parce qu’elle est une femme, mais parce qu’elle est compétente. » Sa défaite est un coup dur pour tous les électeurs qui espéraient une politique menée par une femme, pour la femme. Clinton promettait d’améliorer l’accueil des enfants, elle défendait l’idée de garantir aux femmes la liberté d’avorter et luttait pour l’égalité salariale. « Avec Trump, toutes ces avancées vont être détricotées », soupire Alison Woodward, politicologue à l’Institute for European Studies (VUB). « C’était la première fois qu’une nation occidentale riche pouvait élire directement une femme. C’est un parcours bien différent de celui d’une Thatcher, d’une Merkel, d’une Theresa May. Mais la moitié des Américains craignent cette première génération de femmes ambitieuses qui veulent prendre une partie du pouvoir. Une Clinton femme qui se place devant son mari, qui brise la répartition traditionnelle des rôles, une femme commandant en chef ? C’est une idée qui dérange beaucoup de monde. »

Une minorité en voie de disparition

À commencer par Trump. « Sa campagne lui a permis de convaincre un groupe d’hommes en colère d’aller voter », constate Woodward. « Ils ont réagi comme s’ils étaient une minorité en voie de disparition. » Menacés dans leurs privilèges par la mondialisation, par le féminisme, par les mouvements de défense des droits des homosexuels, complète Karen Celis, politologue à la VUB. « Nous devons accepter que la moitié des Américains aient opté pour une politique sexiste, raciste et homophobe. À long terme, la législation sur l’avortement et les droits des homosexuels risquent d’en faire les frais. Cela me préoccupe davantage que la défaite d’une seule femme. Clinton aurait-elle dû exploiter davantage ses atouts féminins ? Il n’est pas possible de lutter contre une campagne comme celle-là. »

« Personne ne peut tenir le coup », poursuit Miet Smet. « Pour moi, Clinton a fait ce qu’elle a pu. Une femme doit pouvoir encaisser bien des coups. C’est pourquoi je crains pour les opportunités futures : qui verra-t-on se profiler dans quatre ou huit ans, avec la même expérience et la même compétence ? »

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