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Le coronavirus, une occasion unique de repenser l’emploi 

(cc) Pixabay

12 mars 2020

Le coronavirus, une occasion unique de repenser l’emploi 

Peter Hinssen est un entrepreneur belge, auteur d’ouvrages sur les technologies et l’avenir des entreprises.

Temps de lecture: 3 minutes

Vendredi dernier, Sequoia Capital, société active dans le secteur du capital-risque, envoie un mémo à l’ensemble des start-ups dont elle détient une participation. Le titre de sa communication se passe de commentaire : « Le coronavirus sera le cygne noir de l’année 2020 ». Sans ambages, elle fait ainsi l’annonce d’une longue période de vaches maigres, de la chute imminente de l’activité, d’un choc qui laissera des traces profondes sur l’économie. Selon elle, les chaînes d’approvisionnement à l’échelle mondiale s’en trouveront fortement perturbées et il faudra du temps, beaucoup, avant que les entreprises ne retrouvent des agendas abondamment garnis de rendez-vous et de voyages d’affaires.

« Le coronavirus sera le cygne noir de l’année 2020 »

Le terme « Cygne noir » fait référence à l’ouvrage éponyme de l’essayiste libanais Nassim Nicholas Taleb, qui décrivait en 2007 la « puissance de l’imprévisible ». Un livre au grand retentissement, puisque l’année suivante, en 2008, le monde faisait la cruelle expérience de cette puissance de l’imprévisible en assistant à l’effondrement de ses marchés financiers et de son économie. Taleb sera prochainement en Belgique à l’occasion du festival and& de Louvain – en espérant qu’il ait bien lieu, car dans la tourmente et le malaise économique que nous traversons, tout ou presque est annulé, de Tomorrowland Winter au fabuleux South by Southwest d’Austin, au Texas.

Ces annulations sont la parfaite illustration de la « Folie des foules », décrite avec brio par le journaliste écossais Charles Mackay, qui dénonçait de façon originale et détaillée, dès 1841, les « hystéries collectives » de diverses natures. Un ouvrage où notre coronavirus aurait sans nul doute eu une place de choix.

Sequoia n’est pas n’importe qui. Depuis plus de 50 ans, la société fait partie des plus grands « capitaux-risqueurs » de la Silicon Valley. Elle est aussi très active en Chine. Le mémo était limpide : « préparez-vous au pire ». La recette recommandée aux start-ups ne l’était pas moins : délestez-vous du superflu et tentez de passer l’hiver sur vos liquidités.

Les start-ups seraient au-devant de temps difficiles. Mais qui dit crise dit aussi opportunité. Prenez le cas de Google, né au plus fort de la crise de la Silicon Valley, la célèbre bulle Internet du début des années 2000. Ou d’Airbnb, qui a connu sa fulgurante ascension pendant la crise financière de 2008.

« A chaque inconvénient, son avantage »

Je fais mienne cette phrase de Johan Cruyff, connu pour son sens de la formule : « à chaque inconvénient, son avantage ».

Ces dernières années, on a souvent vu passer l’acronyme VUCA dans les conférences de management : volatilité, incertitude (uncertainty en anglais), complexité et ambiguïté. Les ingrédients du cocktail d’incertitude des marchés du XXIe siècle. À ce titre, le Corona est donc bien un cas de préoccupation de premier ordre. Les prévisions budgétaires 2020 ? Bonnes à jeter. Pour rien, ces nuits blanches passées l’an dernier à faire ces calculs prévisionnels à deux décimales.

Des sociétés-phénix

Taleb utilise le terme d’« antifragilité » pour qualifier les systèmes qui se renforcent lorsqu’ils sont exposés à des facteurs de stress, c’est-à-dire ces entreprises qui sortiront grandies de la traversée du désert. Des sociétés-phénix, pour reprendre le terme que j’utilise dans mon ouvrage « Le phénix et la licorne », en référence aux structures capables de se réinventer sans cesse.

Sequoia invite donc ses start-ups à faire preuve de parcimonie dans la gestion de leurs liquidités. Mais que doit faire une entreprise traditionnelle ? Quels sont les avantages des différentes stratégies ? Certes, les précieux conseils de Sequoia peuvent s’appliquer aux structures conventionnelles. Mais n’en profiteraient-elles pas aller encore plus loin ?

Wake-up call

Je suis en effet intimement convaincu que cette folie des foules constitue une opportunité gigantesque pour l’emploi de demain, une occasion de passer à la vitesse supérieure. Étrangement, ce sont souvent des événements négatifs qui nous poussent à repenser la notion de travail. N’est-ce pas l’inexorable allongement des bouchons qui a conduit à l’émergence du télétravail ?

Profitons de ce wake-up call. Tandis que 60 millions de citoyens sont mis en quarantaine en Italie, mettons l’arrivée de ce cygne noir à profit pour repenser en profondeur notre façon de travailler : plus souvent à distance, avec plus de flexibilité, dans un rapport de confiance renforcé. Voyons le corona comme la meilleure manière de faire entrer les ressources humaines dans une nouvelle ère.

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