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Engie/Electrabel : Bruxelles propose, Paris dispose

Crédit: Markus Distelrath via Pixabay

02·12·20

Engie/Electrabel : Bruxelles propose, Paris dispose

Temps de lecture : 3 minutes
Isabel Albers
Auteur⸱e
Fabrice Claes
Traducteur⸱trice Fabrice Claes

Notre gouvernement vert s’enorgueillit de vouloir sortir du nucléaire. Engie/Electrabel s’en réjouit, le budget fédéral beaucoup moins.

Un train peut en cacher un autre. Vendredi passé, tous les projecteurs étaient fixés sur les nouvelles mesures anti-Covid du gouvernement. Mais un autre dossier, probablement le plus délicat qu’aura à gérer ce même gouvernement, commence à faire parler de lui : la sortie du nucléaire.

Si le dossier le plus pressant du gouvernement est celui de la crise sanitaire, celui de la sortie du nucléaire sera celui dont les conséquences se feront le plus sentir sur le long terme. La transformation du parc énergétique belge, telle que prévue par la ministre de l’Énergie Tinne Van der Straeten (Groen), est la plus importante de ces cinquante dernières années.

Van der Straeten a accueilli cette annonce d’Engie/Electrabel avec jubilation.

Maintenant qu’on envisage de lancer quatre projets de centrales au gaz, Engie/Electrabel commence à faire le forcing. En effet, le géant français a signalé, il y a deux semaines déjà, qu’il désactivera ses centrales nucléaires quoi qu’il advienne, que le gouvernement décide ou non de fermer définitivement les centrales nucléaires en 2025. Van der Straeten a accueilli cette annonce d’Engie/Electrabel avec jubilation. Elle en a même oublié un bout de phrase de l’accord de gouvernement : « à condition que l’approvisionnement en énergie soit garanti. »

Ce petit bout de phrase se trouve pourtant au cœur du dossier. Certes, bannir l’énergie nucléaire peut être une option politique, mais ceci ne peut jamais se faire sans avoir la certitude absolue, d’une part, qu’une alternative existe, et d’autre part, que cette alternative soit finançable.

Voici ce qu’a affirmé Tinne Van der Straeten dans l’émission Terzake ce 17 novembre : « Nous savons vers où nous allons (la fin du nucléaire), mais la voie qui y mène reste encore à définir ». C’est dangereux. Pour garantir l’approvisionnement, les énergies solaire et éolienne ne suffisent pas. Il faut les accompagner de centrales au gaz flexibles comme solution de rechange ou pour pallier le manque de soleil et de vent pendant les pics d’utilisation. Ces centrales, il faudra les construire en un temps record. Les investisseurs, eux, entendent bien récupérer leur mise. Et si les centrales tournent peu, elles seront difficiles à rentabiliser. Par conséquent, il faudra copieusement les subventionner.

Après avoir subventionné l’énergie verte, nous allons devoir subventionner les centrales au gaz.

Et aujourd’hui, il apparaît qu’Engie/Electrabel – qui, grâce à sa domination dans le nucléaire, produit 70 % de la capacité belge – est en train de préparer quatre grands projets de centrales au gaz. Le géant français se presse aux premières loges lorsque s’ouvre la manne aux subsides, qui peuvent se chiffrer à des centaines de millions d’euros. Les candidats investisseurs dans ces centrales au gaz, Engie en tête, semblent vouloir tellement de garanties de l’État qu’ils ne veulent plus courir aucun risque. Après avoir subventionné l’énergie verte, nous allons devoir subventionner les centrales au gaz.

Si Bruxelles ne prend pas garde, nous allons passer d’une domination parisienne dans le domaine du nucléaire à une autre domination parisienne, dans le domaine des centrales au gaz. Bruxelles propose, Paris dispose.

« Coûte que coûte »

Van der Straeten s’est mise toute seule le dos au mur par sa communication trop volontariste et en fermant la porte de secours du « à condition que l’approvisionnement en énergie soit garanti. »
Du reste, la stratégie est également contestable d’un point de vue climatologique. Les centrales nucléaires belges produisent trois quarts de l’énergie pauvre en émissions de CO2 dans notre pays. Vu le verdissement de l’économie, notamment par l’électrification du parc automobile, la demande en électricité ne fera que grimper. Une centrale nucléaire produit de l’électricité propre, n’émet pas de gaz à effet de serre et ne pollue pas l’air.

Par cette approche du « coûte que coûte », nous nous mettons nous-mêmes encore plus dans l’embarras que nous l’étions en matière de respect de normes d’émissions de CO2. « Coûte que coûte » est, dans ce cas, à prendre au sens littéral : ça nous coûtera cher.

L’accord de gouvernement de la coalition Vivaldi stipule que l’augmentation des prix de la production de l’énergie ne pourra pas se répercuter sur la facture du consommateur. Cette volonté n’est que cosmétique, car si la facture d’électricité ne bouge pas, le citoyen paiera une autre facture, plus indirecte, dans le but de remplir les caisses de l’État qui devra trouver de quoi distribuer ses subventions.

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