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Le metal en Flandre: une scène qui s’exporte à l’international
25·08·22

Le metal en Flandre: une scène qui s’exporte à l’international

Cet article a été publié au départ sur le site de Larsen. Notre responsable éditorial adjoint, Aubry Touriel, y consacre une série sur les différents styles de musique en Flandre.

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Photo by Luuk Wouters on Unsplash

Aubry Touriel
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Ils créent leur propre festival, ils fabriquent leur propre bière… De Roulers à Leopoldsburg, les groupes de metal, créatifs, percent au-delà de nos frontières. Mais qu’est-ce qui rend ce genre aussi populaire en Flandre?

Poperinge, Flandre-Occidentale, 26 mai 1985. « On n’oublie jamais sa première fois ! » scande Tom Araya, le chanteur et bassiste du groupe de trash metal Slayer, devant un parterre de festivaliers aux cheveux longs assoiffés de gros sons. Ce groupe culte fondé quatre ans auparavant se produit pour la première fois en Europe (pour 2.000 dollars !) lors de la troisième édition du festival Heavy Sound, en plein milieu des champs de West Vlaanderen.
L’année précédente, l’affiche était déjà alléchante pour les cuirassés metalleux : Metallica, de passage dans le cadre de sa première tournée européenne, et Motörhead. Rien que ça.

Alors que ce premier festival de metal en Belgique s’annonçait prometteur, les organisateurs ont brusquement débranché la prise à la suite de la troisième édition. La raison ? Des festivaliers ont profané des sépultures : metal et cimetières ne font parfois pas bon ménage.

West Vlaanderen, la plaque tournante du metal

23 ans après la fin d’Heavy Sound, un autre festival de metal voit le jour en province de Flandre-Occidentale. Cette fois-ci, plus à Poperinge, mais à Courtrai. Depuis sa création, Alcatraz, le petit frère du géant anversois Grasspop, gagne en popularité. L’année passée, il accueillait entre 10 et 15.000 personnes par jour.
Pour son édition de 2022, une bonne centaine de groupes se produiront sur quatre scènes, dont la “morgue”, le podium réservé exclusivement aux groupes belges. « La Flandre-Occidentale est une région importante pour le metal. Plusieurs groupes y ont vu le jour, notamment le groupe de postmetal/sludge Amenra, l’un des rares à vivre de sa musique », raconte Wim Wilri, journaliste spécialisé dans le metal.

Le groupe courtraisien formé en 1999 est actuellement en tournée européenne jusqu’en juillet avant de s’envoler pour les États-Unis. Signe de son succès : une “église” s’est formée autour des musiciens et des artistes proches du groupe en 2005 sous le nom de Church of Ra.

C’est ça le metal, on veut la totale: le T-shirt, le CD, une bière et un groupe avec beaucoup de volume.

Cette communauté multiplie les prédicateurs et les disciples : Tim De Gieter, le bassiste d’Amenra, a créé un nouveau groupe de sludge metal : Doodseskader (“l’escadron de la mort”). Mathieu Vandekerckhove, le guitariste principal d’Amenra s’est associé avec l’Américain Scott Kelly de Neurosis et le Brésilien Igor Cavalera (Sepultura) pour former Absent In Body. Levy Seynaeve, ex-bassiste d’Amenra, s’est aussi lancé dans le black metal avec Wiegedood… Et la liste est loin d’être exhaustive.

Venant toujours de la même région (Roulers), Spoil Engine, qui propose du death metal mélodique énergique, a déjà une tournée en Chine à son actif. Alternant chants mélodieux et hurlements, Iris Goessens va déménager aux États-Unis. Le groupe va dès lors organiser des concerts d’adieu mais cherche un·e nouveau·elle chanteur·euse.

Dans un genre plus pointu, Aborted, un groupe de brutal death metal originaire de Waregem, figure parmi les groupes underground les plus connus de la scène européenne du genre.

Grasspop, LA référence

Dessel, province d’Anvers, 9 août 1986. Des membres d’une maison de jeunes de Dessel lancent leur propre festival : le Grasspop. Au fur et à mesure des années, ce festival familial prend de l’ampleur et des groupes comme The Ramones ou The Cramps s’y produisent.
Malgré des artistes de premier plan tels que Joe Cocker et Simple Minds, la dixième édition est un flop. Les mêmes noms figuraient à l’affiche du Festival ostendais Axion Beach Rock, sans mentionner Oasis et Faith No More. Le public a dès lors préféré la Côte à la Campine anversoise cette année-là et les organisateurs ont frôlé la faillite.

Joe Cocker, The Cramps… Quel est le rapport avec le metal direz-vous ? À la même époque, Bob Schoenmaekers, fondateur du Midsummer Metal Meeting à Vosselaar en province anversoise, était coincé. Il pouvait attirer de grands noms du metal comme Machine Head, Obituary, Napalm Death, mais il était limité par la capacité de sa salle, Biebob, et celle du hall de la ville.
« Bob s’est alors dit “pourquoi ne ferait-on pas un festival de metal ? Vous avez le podium, on a les groupes” », relate Wim Wilri. C’est ainsi qu’est né le Grasspop Metal Meeting en 1996.

Et si on écoutait un peu de musique flamande ?

D’un festival d’un jour avec 10.000 personnes, avec Iron Maiden comme tête d’affiche, le Grasspop est passé à 4 jours ! Avec 50.000 visiteurs quotidiens répartis sur quatre scènes. Après une pause Covid de deux ans, le festival va célébrer cette année sa 25e édition, avec… Iron Maiden toujours à l’affiche.

Même les groupes lancent leur festival

L’été, les amateur·e·s de cymbales brutales et de chants gutturaux peuvent se défouler dans les mosh pits des festivals. Le reste de l’année, rendez-vous dans les salles de concert ou cafés aux quatre coins de la Flandre.

Du Vooruit au Charlatan à Gand en passant par Het Depot à Louvain, les salles pour écouter du metal sont légion. À Anvers, le Trix est par ailleurs “the place to be” pour s’en mettre plein les oreilles. Pour découvrir des groupes plus underground, rendez-vous dans le nord de la ville à Het Bos.

Il arrive même que des groupes lancent leur propre mini-festival. C’est le cas du Crossfest au Trix le 1er mai organisé par le groupe anversois de gothic metal Off The Cross, qui a déjà joué en Russie ou en Angleterre.

Un habitué du genre est Fleddy Melculy. Ce groupe parodique venu du Brabant vient d’organiser son troisième festival d’un soir à l’AB, Fleddypalooza. Après son premier single T-Shirt by Metallica, le groupe qui ne se prend pas au sérieux s’est vu immédiatement proposer un contrat de disque par Sony.

Du côté limbourgeois, les jeunes moustachus d’Evil Invaders aux cheveux longs, aux jeans skinny avec des ceintures à picots, nous font remonter le temps dans les années 1980 avec leur trash metal old school et leurs clips rétros.

La tribu du metal veut la totale

Avec le Grasspop et Alcatraz et de nombreux groupes connus à l’international, la scène metal frémit en Flandre. Wim Wilri analyse les raisons de ce succès: « Il y a beaucoup de jeunes qui vont voir Metallica ou Iron Maiden. Après ils ont un rêve : devenir comme eux et ils créent leur groupe. C’est ça le secret du metal en Flandre. Contrairement à la new wave ou le punk pour lequels il n’y a pas de grands festivals. »

Une activité débordante qui ne peut que faire pâlir les metalleux en Wallonie où, à quelques exceptions près (comme la mythique salle verviétoise Spirit of 66 ou le Durbuy Rock Festival), les possibilités d’assister à des concerts de metal sont assez limitées.

Ce genre occupe une place tellement importante qu’un magazine “made in Flanders” y est consacré : Rock Tribune. Le mensuel évoque les dernières nouvelles des groupes internationaux, mais aussi belges.

Les radios francophones sont-elles allergiques aux chansons flamandes? (suite)

Un autre moyen de suivre la scène metal est d’écouter Radio Willy. Alors que sa programmation s’apparente un peu à celle de Classic 21, l’émission Staalhard, présentée le jeudi de 16 à 18 heures par Andries Beckers, ancien guitariste du groupe anversois Diablo Blvd, met en avant les groupes flamands.

Radio, cafés, festival, magazines… les fans de metal n’ont qu’à se servir à la source, témoigne Wim Wilri : « Cette scène est encore très vivante. Le sentiment d’appartenance à la tribu du metal est fort, même si les groupes ont tous un style différent. De père en fils ou en fille, de parrains en filleuls, la passion du metal se transmet de génération en génération. »

En Flandre comme dans le reste de la Belgique, un concert s’accompagne souvent d’une pintje. Et à l’occasion de la sortie d’un nouvel album de Your Highness, le groupe de metal anversois a lancé sa propre bière IPA, Hoogheid. Channel Zero, groupe de heavy metal emblématique qui a marqué les années 90, a aussi sa propre bière, la Turbeau Noir. Wim Wilri conclut : « C’est ça le metal, on veut la totale : le T-shirt, le CD, une bière et un groupe avec beaucoup de volume. »

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