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25 février 2020

Alost : « La dérision est un droit fondamental en démocratie »

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Le carnaval d’Alost a redéballé ses caricatures de Juifs. En effet, nous avons pu revoir, dans le cortège qui a traversé la ville ce dimanche, des personnages juifs affublés de papillotes et de nez crochus. Ces caricatures, utilisées pour la première fois l’année passée, avaient suscité des mois de protestation de la part de la communauté juive. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Israël Katz, a même appelé les autorités locales à interdire le carnaval d’Alost.

 

« Des caricatures plus nuancées »

Malgré la polémique, les sociétés carnavalesques alostoises n’ont pas succombé à la pression, même si cette année, les caricatures étaient plus nuancées. Les personnages juifs n’étaient par exemple plus entourés, comme l’année passée, de sacs d’argent. Ils se tenaient dans des stands de tir avec des caricatures d’autres catégories de la population, car s’il est permis de rire d’une partie de la population, il est permis de rire de toutes les autres. Il convient de noter que les Alostois tentent ici de tourner en dérision certains stéréotypes généralement assimilés à la communauté juive, et pas d’autres. En effet, aucune allusion n’était faite à l’Holocauste, et les caricatures attribuées aux Juifs ne représentaient pas de caractéristiques négatives. Il est vrai que la promotion de stéréotypes peut, à la longue, mener à la haine de l’autre. Dans un passé sombre, les caricatures de Juifs étaient utilisées pour dépeindre le Juif comme « l’autre », comme le responsable de tout ce qui allait mal. Ce processus a provoqué l’assassinat, dans les plus horribles des conditions, d’environ six millions de Juifs. Autant dire qu’aucun jeune, aujourd’hui, ne devrait être diplômé de notre enseignement secondaire sans une connaissance de base des barbaries commises à l’époque.

« Ce n’est pas parce qu’un peuple a subi un génocide qu’on n’a plus jamais le droit de le tourner en dérision »

Certaines sociétés carnavalesques d’Alost l’ont d’ailleurs bien compris : à l’initiative d’Unia, le centre pour l’égalité des chances, plusieurs participants au cortège ont visité la caserne Dossin à Malines, d’où plus de 25 000 Juifs ont été déportés vers des camps de concentration pour y mourir comme des bêtes. Ceci étant dit, ce n’est pas parce qu’un peuple a subi un génocide qu’on n’a plus jamais le droit de le tourner en dérision. Le droit d’être tourné en dérision est un droit fondamental en démocratie.

« La réalité, c’est que « le Juif » n’existe pas »

Il va de soi que des divergences de goût peuvent apparaître à propos des caricatures exhibées par certains chars du carnaval alostois, mais le débat ne peut pas se fonder sur ces divergences. La base du débat, c’est que les caricatures, qu’elles soient de bon ou de mauvais goût, ne peuvent jamais représenter la réalité. Car la réalité, c’est que « le Juif » n’existe pas. Chaque Juif est différent. Certains Juifs, en Belgique, portent des papillotes, mais de nombreux autres n’en portent pas. Et quoi qu’il en soit, il y a bien plus important que leur chevelure : les Juifs sont des gens qui élèvent leurs enfants avec amour et attention, et ce sont des citoyens à part entière de la société belge.

Laissez rire les carnavaliers. Tant que nous comprenons qu’une caricature n’est pas la réalité, les risques sont limités.

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