Magasins pillés, hôtels de ville historiques incendiés, batailles rangées avec les forces de l’ordre : les scènes de violence extrême auxquelles on a assisté en France et à Bruxelles en ont choqué plus d’un. Depuis longtemps, ces émeutes n’ont plus rien à voir avec l’exercice démocratique du droit à manifester. Leurs auteurs sont des criminels qui s’en prennent à l’État dont ils dépendent pourtant pour vivre. L’indignation est parfaitement légitime. Et il est tentant de s’en tenir à cette seule réaction émotionnelle.
Plus intéressante, toutefois, est la question de savoir pourquoi les manifestations dégénèrent à ce point en France et en Belgique francophone., deux régions où – ironie du sort – l’État-providence a été maintenu à flot pendant des années à coups de dépenses financées à crédit. Enseignement bon marché, allocations généreuses, départs précoces à la retraite… Rien n’était trop beau pour prolonger la fête et perpétuer les largesses de l’État protecteur.
Si bien que la population a fini par considérer tous ces avantages comme des acquis. Même face à des déficits budgétaires abyssaux, rares étaient les responsables politiques qui osaient remettre le système en question. Ceux qui s’y risquaient étaient aussitôt voués aux gémonies par les syndicats et l’opposition. À cet égard, la France et la Belgique francophone partagent non seulement une langue et une culture, mais aussi une fâcheuse tendance à faire la politique de l’autruche.
Malheureusement, à trop vouloir ménager les susceptibilités, on finit par aggraver le mal. Alors que le monde change à vitesse grand V, le retour à la réalité est d’autant plus brutal. Et mauvaise nouvelle pour nos émeutiers francophones : les économies budgétaires ne sont qu’un début. En Wallonie comme à Bruxelles, l’équilibre budgétaire reste encore un horizon lointain. Quant au gouvernement français, il n’a même pas véritablement entamé sa cure d’austérité, puisque les mesures d’économie qui suscitent aujourd’hui tant de remous laisseraient malgré tout subsister un déficit public de 5 % du produit intérieur brut.
Chez nos voisins français, l’âge de départ à la retraite reste fixé à 62 ans et 9 mois pour une grande partie de la population. Le projet visant à le relever progressivement à 64 ans a été gelé jusqu’après les élections de 2027, par crainte de mécontenter les électeurs.
Et comment ces mêmes électeurs remercient-ils leurs dirigeants ? Par des violences dans les rues. Et par une élection présidentielle qui s’annonce comme un duel entre Marine Le Pen, à l’extrême droite, et Jean-Luc Mélenchon, à l’extrême gauche. Tel est le prix de tant d’années passées la tête dans le sable.
Les pays qui n’ont pas pris les devants se sont rendus particulièrement vulnérables aux chocs imprévus.
Ce n’est pourtant pas faute d’avoir été prévenus. La diminution des recettes provenant de la population active conjuguée à l’augmentation des dépenses liées au vieillissement démographique, devait inévitablement conduire à une situation intenable. Les pays qui n’ont pas pris les devants se sont ainsi rendus particulièrement vulnérables aux chocs imprévus. Des chocs qui ont fini par arriver, avec les guerres en Ukraine et en Iran. Et la présidence de Trump. Du jour au lendemain, on se retrouve ainsi à devoir investir massivement dans la Défense, tandis que les prix des carburants s’envolent. Évidemment, ce sont les citoyens qui en subissent les conséquences.
Cela étant, les mécontents devraient peut-être regarder un peu plus loin que le bout de leur nez. Car au milieu de cette « tempête parfaite », ce sont les embarcations les plus fragiles, celles qui battent pavillon français et belge, qui risquent de chavirer les premières. Si les responsables politiques n’agissent pas maintenant, les sacrifices à consentir demain n’en seront que plus douloureux. Il est donc grand temps de trouver ces 10 milliards d’euros d’économies. Capituler à ce stade serait tout simplement irresponsable.
La Flandre s’automutile et montre que la mauvaise volonté se trouve du côté francophone