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Le Mondial 2026, miroir de l’Amérique trumpienne
12·06·26

Le Mondial 2026, miroir de l’Amérique trumpienne

Temps de lecture : 3 minutes Crédit photo :

(c) Photo de Johannes Hübner sur Unsplash

Bart Eeckhout
Auteur
Maxime Kinique
Traducteur Maxime Kinique

La coupe du monde de football a débuté hier soir, mais ce n’est que maintenant que les protestations éclatent réellement, après que le gouvernement américain a décidé de refuser l’accès au territoire national à un arbitre somalien. Cette contestation tardive en dit long sur la propension au désengagement moral que doivent posséder les amateurs de ballon rond, une catégorie à laquelle je considère appartenir moi aussi.

Avant cet incident, ce ne sont pourtant pas les raisons qui manquaient de redoubler de scepticisme à l’égard de la coupe du monde 2026. Celle-ci est en effet coorganisée par les États-Unis, un pays agresseur dans le cadre d’une guerre en cours. À titre de comparaison, les Russes, eux, ont été exclus d’avance de l’épreuve.

On peut craindre, par ailleurs, que la police américaine de l’immigration détourne cet événement de masse pour se lancer dans une traque des migrants. De surcroît, le caractère pervers de la politique d’accès au territoire et de vente de billets aura pour effet que cette nouvelle édition de la grand-messe du ballon rond n’aura plus grand-chose à voir avec le sport populaire et pratiqué dans le monde entier qu’est et reste le football.

Tous ces constats ont déjà été relayés et commentés dans la presse, mais sans susciter de controverse. Les passionnés de ballon rond que nous sommes savent qu’à l’échelle internationale, notre sport favori est gangrené par la corruption, la traite semi-légale des êtres humains et la propagande politique – raison pour laquelle nous avons besoin d’une bonne dose de désengagement moral pour entretenir notre passion -. Mais lorsqu’un arbitre se fait refouler à sa descente d’avion, nous disons stop ! Trop is te veel!

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Dire que les États-Unis ne sortent pas grandis de cette affaire relève de l’euphémisme. L’arbitre somalien en question, Omar Artan, est considéré comme le meilleur directeur de jeu du continent africain. Son seul défaut est d’être issu d’un pays que Donald Trump n’aime pas et qu’il a érigé en symbole des dangers de l’immigration illégale. Pour le président américain, cela suffit pour le renvoyer dans son pays. Dans leur réaction, les pontes de la FIFA se sont contentés de s’incliner poliment devant la décision du locataire de la Maison blanche et d’essayer de ménager sa susceptibilité.

Cet incident est intéressant dans la mesure où il illustre la manière des plus inamicales, pour ne pas dire quasi hostile, avec laquelle les USA se profilent comme nation hôte de cette coupe du monde 2026. Car outre Omar Artan, un membre du staff de l’équipe nationale iranienne a lui aussi été déclaré persona non grata sur le sol américain. Entretemps, la délégation de l’ennemi iranien est la cible de harcèlement et les représentants et supporters de tous les autres pays prennent conscience que le moindre écart de conduite peut entraîner leur expulsion.

Tout ceci ressemble à du « sportwashing inversé », comme l’a sévèrement formulé l’analyste Gilles Mbiye-Beya. Alors que d’autres pays utiliseraient un tel tournoi comme vitrine de leur ouverture et de leur réussite, les USA, eux, s’en servent pour exhiber au monde entier leur politique migratoire répressive.

Indépendamment des considérations éthiques, cette stratégie a pour effet de donner à cette coupe du monde une dimension politique extrêmement forte. Tout comme le Qatar il y a quatre ans, le coorganisateur américain de l’épreuve se montre sous un nouveau jour. Ce nouveau visage n’est toutefois pas beau à voir. Sous la férule de Trump, les USA sont devenus un pays qui se retranche derrière des droits de douane élevés et construit des murs, avec un État de droit qui s’effrite et des libertés à géométrie variable, selon que vous êtes riche ou pauvre.

Ce visage qu’affiche désormais l’Amérique n’est pas un fait nouveau, mais voir le gouvernement Trump s’en targuer avec fierté et sans complexes reste une douloureuse prise de conscience pour les vieux amis des États-Unis que nous sommes, nous Européens, qui avons nos propres défis à relever.

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