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Le cyclisme, sport de tous les dangers

Michael Gaida, Pixabay

19 août 2020

Le cyclisme, sport de tous les dangers

Temps de lecture: 2 minutes

Au sortir d’un virage de la descente du Mur de Sormano, notre prodige Remco Evenepoel a violemment heurté le muret d’un pont et est tombé – après un salto d’anthologie – dans un ravin. Par deux fois en quelques semaines, les amateurs de cyclisme ont bien cru assister à la mort en direct de l’un de leurs héros. Mais par deux fois, le sort en a ­– de justesse – décidé autrement.

Samedi après-midi, tandis que le sprinter Fabio Jakobsen sortait du coma dans lequel il avait été plongé après sa lourde chute au Tour de Pologne, nous apprenions avec soulagement de la bouche des organisateurs du Tour de Lombardie que « Remco est conscient ! »

Pendant ce temps, les échappées poursuivaient sans relâche leur effort, s’engageant dans un étroit couloir de montagne bordé d’un mur de pierre et d’une double glissière de sécurité. Chacun sait que la peur n’a jamais fait gagner une course. Regarder devant, pas derrière, telle est la devise de la petite-reine. Un coureur ne se retourne qu’une fois la ligne franchie, ne rumine ses pensées que dans la solitude de sa chambre d’hôtel.

Le week-end dernier, la colère s’est tout de même emparée du peloton. Pourquoi sont-ils, année après année, confrontés à autant de dangers ? La parole a été donnée aux fédérations, qui n’ont pas forcément brillé par leur vitesse de réaction. Alors que les coureurs chevauchent des montures ultramodernes en carbone depuis des années, les gros bonnets de l’UCI en sont encore à poncer la rouille de leurs vieilles bécanes en acier.

Le cyclisme est un sport dangereux. Les facteurs de risque auxquels s’exposent les coureurs sur la voie publique sont légion : oies (et autres palmipèdes) traversant la route. Sillons dans l’asphalte. Verglas. Sable et gravier. Emballages de sandwich virevoltants. Bidons et chiens errants. Policiers-photographes. Arches gonflables à la dérive. Îlots de toutes formes et tailles. Marquages au sol glissants. Nids de poules. Véhicules en stationnement. Déchets plastiques. Poteaux et potelets. Branches d’arbre. Coulées de boue. Barrières saillantes. Spectateurs-suiveurs-hurleurs. Bris de fourche et de guidon. Crevaison.

Notons que le danger peut aussi venir des coureurs eux-mêmes : baisse de concentration. Fatigue. Excès de confiance. Excès de zèle. Négligence. Rivalité. Dopage. Freinage tardif. Risques inconsidérés en descente. Mauvaise appréciation des virages. Non-respect des règles. De la sécurité. Tendance au chacun-pour-soi. Mauvaise alimentation. Hypoglycémie. Accès de colère. De rage. (Re)connaissance insuffisante du parcours.

Les grands décideurs des fédérations et autres unions ont donc du pain sur la planche : sécurisation des bords de route. Analyse minutieuse du parcours avec attention particulière aux ornières, passages dangereux et descentes critiques. Actions immédiates en cas de dangers et d’incidents. Concertation avec les coureurs et les équipes. Mise en application systématique du principe de précaution. Oser changer les choses.

Après les chutes de ces dernières semaines, les regards sont déjà braqués sur le Tour de France. L’annulation de la « course la plus importante de la saison » est – aux yeux de tous – tout simplement in-con-ce-vable. Le Tour doit avoir lieu, quoi qu’il en coûte. Déjà qu’en ces temps chahutés, le peloton ne dispose que d’une petite centaine de jours pour fédérer ses énergies et servir ses ambitions… Il n’y a donc pas de temps à perdre en cogitation.

Selon le protocole en vigueur dans le secteur horeca, chaque client doit faire preuve de transparence sur son état de santé. Je propose d’établir une check-list similaire avant chaque étape du Tour. Avez-vous confiance en l’organisation ? Vous sentez-vous en sécurité ? Avez-vous peur de la mort ? Combien de temps oserez-vous encore être coureur cycliste ?

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