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Une école fondamentale islamique à Malines ?

30 mai 2015

Une école fondamentale islamique à Malines ?

Temps de lecture: 3 minutes
À Malines, des musulmans travaillent au développement d’un projet d’enseignement unique en Flandre.

Une ASBL malinoise a commencé à récolter des fonds pour acquérir le terrain où sera fondée une école fondamentale libre de confession islamique, la première de Flandre. Tous les enfants y seront les bienvenus, même les non-musulmans.

Des 85 000 habitants que compte la ville de Malines, 12 000 sont musulmans. Depuis la première vague d’immigration il y a cinquante ans, les musulmans scolarisés fréquentent les écoles de l’enseignement catholique ou de l’enseignement officiel de la communauté flamande. “Hélas, nous constatons que de nombreux jeunes ne terminent pas leurs études et n’obtiennent pas leur diplôme d’enseignement secondaire supérieur. Ils peinent alors à trouver un emploi et certains souffrent d’une crise d’identité”, déplore Saïd Bouazza, président de l’ASBL IOM (Islamitisch Onderwijs Mechelen, Enseignement Islamique Malines).

Cette situation a incité en 2011 des parents musulmans de première et de deuxième générations à réfléchir à leur propre projet d’école. À cette fin, ils ont fondé une ASBL il y a deux ans et espèrent à présent obtenir une reconnaissance et des subventions des autorités flamandes pour la première école fondamentale libre de confession islamique de Flandre. “Nous pensons avoir suffisamment d’expertise pour apporter des solutions et motiver les enfants à poursuivre leur scolarité. Nous entendons notamment combler leur retard linguistique et d’apprentissage en impliquant plus fortement les parents à la politique d’enseignement et en accordant une plus grande attention à leur identité en tant que musulman”, poursuit Saïd Bouazza.

Une collecte de fonds a été initiée au sein de la communauté en vue d’acquérir, dans le quartier des bureaux de Telenet, le terrain d’une ancienne société de systèmes de chauffage. “Nous devons réunir 600 000 € d’ici la fin de l’année, sans compter les frais d’acte de vente. En avril, nous avons signé chez le notaire une promesse d’achat pour le site de la rue Caputsteen. Ceux qui le souhaitent peuvent nous verser 240 € pour l’acquisition symbolique d’un mètre carré de la parcelle.”

Soutien de la mosquée

Pour le week-end des 19, 20 et 21 juin qui marquera le début du ramadan, l’ASBL organisera en collaboration avec les trois mosquées de la ville un événement de charité pour récolter des fonds. “Nous soutenons le projet, car nous ressentons également le besoin qui en est à l’origine. Tout le monde sera d’ailleurs le bienvenu dans cette école et tout le monde pourra y être soi-même, indépendamment des croyances et des convictions. C’est à nos yeux primordial”, explique Jamel IBrahimi, porte-parole de la mosquée Al Buraq.

Dès que la somme aura été recueillie, IOM contactera un architecte. Les travaux de démolition du bâtiment actuel pourront alors débuter, avant la construction des nouvelles infrastructures. Le recrutement des enseignants commencera au cours d’une troisième phase qui marquera également le coup d’envoi des inscriptions dans la future VIB, l’école fondamentale libre islamique de Malines.

74% d’avis favorables

Avant d’y arriver, il faudra encore attendre deux ans, le temps de parcourir le long chemin administratif d’usage”, rappelle Marc Hendrickx (N-VA), échevin de l’Enseignement. Ce dernier s’est entretenu voici quelques semaines avec les instigateurs de l’initiative. “Je voyais les choses autrement, mais il y a dans notre pays la liberté d’enseignement et la ville ne peut pas s’opposer à ce projet d’école”, a-t-il indiqué.

Les résultats d’une enquête indiquent que 74 % des participants se montrent favorables à la fondation d’une école fondamentale de confession islamique. Les parents de plus de 550 enfants se déclarent disposés à y inscrire leur fils ou leur fille.

Lectures du Coran

Pour la mission de l’école, l’ASBL privilégie trois axes fondamentaux : proposer un enseignement qualitatif, accorder de l’attention à l’identité islamique et encourager la citoyenneté active. Les enfants d’origine non-musulmane peuvent bénéficier d’une formule adaptée.

Pour les élèves musulmans, l’avènement d’une prise de conscience islamique forte ne se limite pas au cours de religion islamique, comme dans les autres écoles. Au début des cours, l’école souhaite par exemple faire réciter une sourate du Coran, célébrer la Fête du sacrifice et l’Aïd El-Fitr [NDLR : la rupture du jeûne du Ramadan] et encourager les bonnes valeurs, comme l’honnêteté et la charité. Les élèves y apprendront également à faire preuve de compréhension et de tolérance vis-à-vis de leurs prochains dont les valeurs et les normes diffèrent. “L’école El Habib de Maastricht, proclamée école d’excellence il y a quelques années, est pour nous un modèle”, ajoute Saïd Bouazza.

J’adresse tous mes vœux de réussite aux initiateurs du projet”, a réagi le conseiller communal Hamid Riffi (CD&V), lui-même actif dans une école catholique. “Je suis convaincu de leurs bonnes intentions. J’espère sincèrement que les non-musulmans qui vivent dans ce quartier oseront franchir le pas et inscrire leurs enfants dans cette école, afin qu’elle ne devienne pas une école ghetto réservée aux enfants d’immigrés.”

Un article de la Gazet Van Antwerpen du 27 mai 2015, page 3
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