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Pas de jardin, pas d’Internet : confinement difficile pour les enfants vulnérables

Photo by Brad Neathery on Unsplash

19 mai 2020

Pas de jardin, pas d’Internet : confinement difficile pour les enfants vulnérables

Temps de lecture: 3 minutes

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Récits poignants de familles nombreuses, entassées depuis des semaines dans un petit appartement, croulant sous les problèmes financiers, exposées aux violences intrafamiliales : l’étude menée par l’association d’aide à la jeunesse « Uit De Marge » auprès de centaines d’enfants et d’adolescents issus de familles vulnérables est édifiante. « Je fais le ménage la nuit, car c’est le seul moment où il fait plus ou moins calme à la maison. »

Elle fait ses devoirs sur le téléphone de sa mère, qu’elle partage avec ses trois frères et sœurs

« J’ai discuté avec la fille d’une maman célibataire. N’ayant pas d’ordinateur, elle fait ses devoirs sur le téléphone de sa mère, qu’elle partage avec ses trois frères et sœurs. Une source évidente de stress et de conflits pour toute la famille. » Tel est le témoignage de l’un des animateurs socioculturels qui ont interrogé dernièrement, dans 35 villes et communes de Flandre, des enfants et des adolescents issus de milieux défavorisés. Parmi les thématiques abordées : le logement, l’enseignement, la famille, le bien-être.

« Le Conseil national de sécurité manque d’expertise sur les véritables besoins de la jeunesse vivant en milieux défavorisés. Il est plus que temps de remédier à la situation », dénonce Ikrame Kastit, coordinatrice de l’association « Uit De Marge ». Active dans l’aide et le soutien à la jeunesse socialement défavorisée, l’ASBL a récemment mené une étude afin de mettre en lumière les difficultés rencontrées par ce groupe cible dans le cadre de la crise sanitaire.

Le stress généré par l’apprentissage en ligne

Souvent, les jeunes vivent avec leurs frères et sœurs dans des logements exigus, ce qui complique grandement les choses. Combiné à l’isolement, le manque de calme, de « vie privée » et d’exercice physique conduit à des tensions dans de très nombreux ménages, avec parfois de la violence intrafamiliale.

« Au téléphone, des pans entiers de la conversation m’échappent à cause du vacarme qui règne dans la maison », témoigne un animateur. Un autre raconte que l’un des adolescents qu’il accompagne fait ses devoirs sur le bord du lit en raison du manque de place à la maison. Le stress généré par l’apprentissage en ligne est aussi un thème récurrent dans le rapport.

81 % des personnes interrogées voient l’école à la maison comme un problème. Près de 66 % n’ont pas d’ordinateur chez eux, 76 % font état d’un espace de vie insuffisant et 61 % n’ont personne à la maison pour les aider à faire leurs devoirs. « Les familles de la classe moyenne pourront s’en étonner, mais la majeure partie des enfants que nous accompagnons ne dispose même pas à la maison des fournitures scolaires de base comme du papier collant, des ciseaux, de la colle ou une règle », explique Ikrame. « Dans ce contexte, travailler pour l’école est mission impossible. »

les parents ne disposent pas des compétences de base pour pouvoir installer les programmes.

Ceux qui ont eu la chance de recevoir gratuitement un ordinateur de la part des autorités ne sont pas épargnés pour autant. Soit les hotspots Internet ne fonctionnent pas, soit les parents ne disposent pas des compétences de base pour pouvoir installer les programmes. Face à cette situation, même les plus doués décrochent. »

La situation financière, déjà très tendue, de nombreuses familles ne s’est clairement pas améliorée. Les magasins « discount » ont fermé leur porte, les produits blancs sont constamment en rupture de stock et les boutiques en ligne sont inaccessibles en raison des frais d’expédition trop élevés. Sans compter que beaucoup de jeunes adultes ont perdu leur emploi à cause de la crise. « Pour aider leurs parents, certains ados ont accepté des emplois « corona » au lieu de travailler pour l’école », témoigne l’un des animateurs dans le rapport. « Une partie d’entre eux travaillent illégalement. »

L’étude met également en lumière les relations tendues avec les services de police. 30 % des jeunes interrogés se sentent « ciblés » par la police, 60 % craignent d’avoir une amende. « Les règles ne sont pas claires, semblent inéquitables. L’un de nos jeunes a récemment écopé d’une amende de 250 € parce qu’il était assis sur un banc. Ce qu’ils perçoivent comme une injustice ne fait qu’accroître la frustration. »

Partie émergée de l’iceberg

Si nous ne devions retenir qu’une chose de ce rapport, ce serait que partout, les jeunes sont le dos au mur. À la maison, ils font face à des tensions et des conflits, ils sont éloignés de leurs amis et n’ont aucune perspective scolaire. En rue ou dans l’espace public, ils ne sont pas les bienvenus.

Ikrame Kastit insiste : « il faudra aller beaucoup plus loin que quelques mesures ad hoc pour inverser la tendance. Nous devons nous assurer que tout le monde soit à la page sur le plan numérique. Arrêtons aussi d’attendre des parents qu’ils soient des enseignants ! De façon générale, veillons à ce que les familles soient logées dignement et qu’elles reçoivent l’aide dont elles ont besoin. »

La coordinatrice ajoute : « le risque est grand que cette étude ne soit que la partie visible de l’iceberg. Nos animateurs ne parviennent à contacter qu’une infime partie des jeunes qu’ils sont censés accompagner. Depuis le confinement, beaucoup de nos jeunes ont tout simplement disparu de la circulation. Ils n’ont donc même pas eu l’occasion de s’exprimer. Nous craignons qu’ils soient en très grande difficulté. »

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