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Face à la discrimination, « Big Brother est efficace »

(cc) Pixabay

16 juin 2020

Face à la discrimination, « Big Brother est efficace »

Temps de lecture: 3 minutes

Les tests pratiques, quelle que soit leur appellation, sont des instruments destinés à combattre la discrimination sur les marchés de l’emploi et du logement. Pour les développer, le gouvernement flamand se tourne vers les scientifiques. Ainsi, une première table ronde avec des chercheurs de quatre universités flamandes avait été prévue pour ce mercredi au cabinet du ministre de l’Égalité des chances Bart Somers (Open VLD). Mais finalement, elle n’aura pas lieu et la question sera d’abord abordée ce vendredi au sein du gouvernement flamand, qui se prononcera sur la date de la réunion et sur l’identité des participants.

Sources de tensions au sein même du gouvernement flamand, les tests pratiques constituent un sujet tellement sensible en Flandre que le terme utilisé suscite déjà la polémique. Le gouvernement s’est d’ores et déjà accordé sur un système de contrôle que le monde académique sera amené à développer.

Les tests sont objectifs

Stijn Baert, chercheur en économie du travail à l’Université de Gand, fait partie des scientifiques qui planchent sur la question des discriminations. Ses recherches ont démontré que les personnes portant un nom étranger ont 30 pour cent de chances de moins d’être invitées à un entretien d’embauche. « Pour mettre au jour les cas de discrimination, je ne vois pas d’alternative valable aux tests pratiques, déclare M. Baert. Ils permettent de récolter des informations qu’aucune base de données ne peut fournir. »

Diederik Vermeir, juriste à l’Université d’Anvers, effectue des recherches sur le marché de la location. Il emboîte le pas de son confrère : « L’avantage des tests pratiques réside dans la reproduction de situations de la vie quotidienne et dans l’objectivité de leur mesure. De plus, les tests de ce genre fonctionnent également à décharge. »

Marché du logement : des tests efficaces

En ce qui concerne le marché du logement, des recherches menées par la VUB ont permis d’établir que les cinq années de tests pratiques effectués à Gand ont eu une influence sur les propriétaires. En 2015, un quart des agents immobiliers pratiquait des discriminations sur la base de l’origine des candidats. En 2019, la proportion s’était réduite à 14 pour cent. Même effet chez les propriétaires privés : le taux de propriétaires pratiquant la discrimination est tombé de 47 à 21 pour cent.

« Big Brother, ça fonctionne, affirme S. Baert. C’est comme les radars sur la route : en annonçant les contrôles, on provoque une diminution de la vitesse. » D. Vermeir souligne un autre effet positif : « Lorsque des personnes d’origine étrangère sont invitées à une visite, un contact s’établit et les préjugés tendent à s’estomper. »

Marché de l’emploi : les tests doivent encore faire leurs preuves

Sur le marché de l’emploi, la spécialité de Stijn Baert, rien de similaire ne s’est encore produit. L’expert plaide pour une approche par secteur professionnel. « Nous pouvons vérifier, dans chaque secteur, dans quelle mesure se posent les problèmes de discrimination à l’embauche. Nous pourrions ensuite demander aux secteurs concernés par la discrimination de résoudre ce problème et, si aucun progrès n’est réalisé, les menacer – par exemple – d’un retrait de subventions. Par contre, cibler les employeurs individuellement n’aurait que peu de sens, car trop de circonstances particulières peuvent entrer en ligne de compte dans la procédure d’embauche. »

S. Baert croit en la méthode des lettres de candidature fictives, accompagnées de CV identiques mais à des noms différents. Et que penser des mystery calls, qui consistent à se faire passer pour un employeur auprès d’une agence d’intérim et à demander de ne pas envoyer de candidats d’origine étrangère ? Stijn Baert reconnaît qu’éthiquement, ces méthodes posent question : « Ces appels peuvent être vus comme une incitation ou une tromperie, même s’ils permettent de constater purement et simplement l’existence de traitements discriminatoires. Pour le marché de l’emploi, je ne pense pas que cette méthode soit la meilleure. »

Diederik Vermeir ajoute qu’il serait beaucoup plus difficile de demander au secteur immobilier d’entreprendre des actions sur le marché de la location. « Il faudrait impliquer les agents immobiliers, mais aussi des dizaines de milliers de propriétaires privés sans organisation qui les chapeaute. »

Les tests, un sujet non négociable ?

Et si les tests pratiques demeuraient non négociables pour le gouvernement flamand ? Réponse de Stijn Baert : « Alors, nous resterions coincés avec nos campagnes de sensibilisation. En d’autres termes, nous nous résignerions au statu quo. »

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