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De quoi l’affaire Noa Lang est-elle le nom ?
28·05·21

De quoi l’affaire Noa Lang est-elle le nom ?

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« Liever dood dan Sporting Jood » (Plutôt mourir que d’être un Juif d’Anderlecht, ndlr), le chant entonné par la star néerlandaise de Bruges Noa Lang, a remis la question de l’antisémitisme dans le football – et de sa banalisation générale – sur le devant de la scène. Souhaitant donner un autre éclairage à cette histoire, DaarDaar a contacté le porte-parole du Club de Bruges et le président de sa Fondation. Tous deux s’en sont néanmoins remis au communiqué officiel du club, qui réitère sa condamnation de tout acte antisémite et raciste tout en minimisant la portée des propos du joueur dont l’intention, peut-on lire, n’était pas de vexer qui que ce soit. Depuis, les principaux protagonistes de la semaine dernière ont été primés par la Pro League : Noa Lang a décroché le prix du plus grand espoir du championnat belge, tandis que son employeur, le Club brugeois, a recueilli les honneurs pour son engagement sociétal et…sa lutte contre le racisme. À défaut d’avoir un retour de la part du Club de Bruges, cet article permet de revenir sur ce dérapage sous ses différents aspects, tout en se projetant sur la manière dont un club de football peut aborder ces questions.

L’intentionnalité

Peut-on minimiser – comme le fait le Club de Bruges – les déclarations de Noa Lang en affirmant que son intention n’était pas de heurter qui que ce soit ? L’antisémitisme tue encore aujourd’hui, en Europe. C’est une affaire de paroles et d’actes. En 2020, 115 dossiers pour faits antisémites ont été enregistrés par UNIA en Belgique. Et selon l’Agence pour les Droits fondamentaux (FRA), 80% des incidents antisémites ne sont pas rapportés. Ce chiffre n’est donc que le sommet de l’iceberg. L’antisémitisme a également augmenté significativement en ligne depuis le début de la pandémie de Covid-19.

L’homme et l’artiste

À l’image du débat récurrent à propos de la séparation entre l’homme et l’artiste, peut-on dissocier l’homme du joueur ? Les discours de haine antisémites sont profondément ancrés dans notre société. Dans les cours d’école également, « sale juif » est l’une des insultes les plus répandues. Chaque acte antisémite, qu’il s’agisse d’une agression verbale ou d’une menace, de crime, de vandalisme, de déni de la Shoah, de haine en ligne, bref, de violence en tout genre, doit être rapporté, identifié et sanctionné.

Antisémitisme et indignation sélective

Une telle polémique ne risque-t-elle pas de nourrir le sentiment d’indignation sélective en fonction du groupe visé ? Le racisme et l’antisémitisme dans le football font-ils l’objet d’une condamnation identique ? Les chants antisémites sont une atteinte à notre démocratie, au même titre que les insultes racistes et homophobes. Cette polémique nous rappelle l’importance de lutter contre toutes les formes de racisme dans le sport, et surtout dans le football, l’un des sports les plus populaires au monde. Pensons notamment aux cris racistes venant des tribunes à l’encontre de joueurs tels que Mario Balotelli ou Ahmad Mendes Moreira, joueurs noirs qui avaient agi de leur propre initiative pour dénoncer un racisme persistant. Or si les insultes racistes visent souvent un joueur en particulier, les chants antisémites visent quant à eux un autre club, des supporters concurrents, et certains rivaux n’hésitent pas à s’identifier comme juifs alors qu’il n’y a aucun juif sur le terrain.

Leviers existants pour les clubs de football

Quels sont les leviers dont dispose un club de football pour lutter contre le racisme et l’antisémitisme de ses supporters ? Les clubs de football disposent de leviers multiples et peuvent s’inspirer des bonnes pratiques adoptées par plusieurs clubs européens en matière d’éducation des supporters, de prévention, mais aussi de sanctions et de peines alternatives. Ils peuvent s’inspirer du cas hongrois, où en plus de sanctions pour certains supporters, différentes initiatives ont été mises en place par les clubs, à l’image d’une exposition retraçant le parcours d’un coach de football hongrois, István Tóth, qui fut exécuté par les Nazis pour avoir aidé des Juifs et participé activement à la Résistance. Une cérémonie de commémoration a eu lieu avant un match entre Ferencváros et le Maccabi Tel Aviv, et des représentants des deux clubs et de la communauté juive ont enseigné l’histoire de la Shoah et des Juifs de Hongrie aux supporters. Aucun incident ne fut rapporté durant la rencontre. À l’ère du numérique, la question qui se pose pour les clubs est celle de la responsabilité en ligne. Si les stades sont vides à cause de la pandémie, comment faire pour surveiller les propos haineux proférés sur la toile par des supporters qui ne relèvent dès lors plus de la responsabilité du club ?

Financement de ces leviers

Existe-t-il des financements pour lutter contre l’antisémitisme dans le sport et quels en sont les résultats ? La Commission européenne finance notamment le projet « Changing the chants » porté par l’association FARE (Football Against Racism in Europe), la Maison Anne Frank et les clubs d’Ajax, Feyenoord Rotterdam, Utrecht, et Dortmund. Ce projet vise à sensibiliser et éduquer l’ensemble des supporters à l’antisémitisme, et s’adresse plus spécifiquement aux auteurs d’actes antisémites en leur imposant une peine alternative. Ils apprennent ainsi l’histoire des Juifs dans leur ville et rencontrent les membres des communautés juives locales qui sont également supporters du club. Ces derniers leur expliquent ce que ces chants signifient pour eux et leur font part de leur difficulté à se rendre au stade. L’initiative a porté ses fruits et les résultats sont à ce jour probants. La Commission européenne lance chaque année des appels à projets visant à soutenir des initiatives pour lutter contre l’antisémitisme. Les clubs belges sont invités à y postuler. Les budgets ont été significativement augmentés, vu que la lutte contre l’antisémitisme est l’une des priorités de l’Union européenne. Cette cause, dans le sport et dans le football en particulier, sera partie intégrante de la future Stratégie européenne de lutte contre l’antisémitisme, qui sera présentée par la Commission à l’automne 2021. Cette stratégie vient agrémenter et compléter les stratégies nationales de lutte contre l’antisémitisme développées au sein des États membres.

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