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WhatsApp, nouvel outil de propagande du Vlaams Belang

(cc) GDJ via Pixabay

15 octobre 2020

WhatsApp, nouvel outil de propagande du Vlaams Belang

Temps de lecture: 3 minutes

Après Facebook, c’est WhatsApp que privilégie désormais le Vlaams Belang afin de fidéliser son électorat pour 2024. Si le service de messagerie chiffré offre aux partis des avantages non négligeables, il n’est pas sans danger pour autant.

« Continuez à nous soutenir afin qu’ensemble, nous puissions vraiment changer ce pays ! À l’avenir, nous utiliserons ce canal WhatsApp pour vous tenir informés. » Ce message, bon nombre de partisans du Vlaams Belang l’ont reçu hier matin sur leur smartphone, par le biais du service de messagerie populaire WhatsApp. Les destinataires, des participants à la grande manifestation en voiture au Heysel le 27 septembre, s’étaient enregistrés à l’aide de leur numéro de téléphone.

Pour le parti d’extrême droite, ce message ouvre un nouveau front dans la lutte pour attirer les électeurs flamands. Le Vlaams Belang est présent depuis longtemps sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook. Le parti, qui a plus de mal à accéder aux médias que ses concurrents, y trouve un moyen direct de communiquer sans filtre avec ses électeurs.

WhatsApp, généralement utilisé pour des conversations privées, permet une communication encore plus directe. « Les messages envoyés avec WhatsApp atteignent directement le destinataire, comme avec les SMS, explique Reinout Van Zandycke, expert en communication politique. De plus, avec WhatsApp, le parti dépend moins des algorithmes des réseaux sociaux, qui déterminent les utilisateurs chez qui s’affichent les messages. Sur Facebook, les messages et publicités des partis se retrouvent au milieu d’un flux d’autres contenus divers. » La propagande sur WhatsApp vise explicitement à envoyer des messages directs à des contacts personnels. Groen, par exemple, a déjà utilisé WhatsApp pour faire sa publicité.

Fin de l’obligation de vote en Flandre

WhatsApp offre un autre grand avantage au Vlaams Belang. Facebook réglemente de plus en plus les communications politiques. « Les règles de Facebook compliquent la communication des partis situés aux extrêmes du spectre politique », ajoute M. Van Zandycke. Et le Vlaams Belang le reconnaît : « Nous ne faisons pas vraiment confiance à des sociétés comme Facebook », confie le porte-parole du parti Jonas Naeyaert, qui fait référence, entre autres, à l’interdiction récente de poster des photos du Père Fouettard. « Facebook durcit constamment ses règles. »

WhatsApp, service de messagerie chiffré et également propriété de Facebook, constitue un environnement fermé. « Ce média nous permet de garder le contact avec notre base. C’est, en quelque sorte, un chat à la portée de tous, enchaîne le porte-parole du parti. Nous remarquons que le système est plutôt bien accueilli. » Le parti se refuse cependant à communiquer le nombre de destinataires des messages sur WhatsApp.

Pour le parti, cette stratégie s’inscrit dans un plan de communication à long terme. Il entend fidéliser ses électeurs afin de pouvoir compter sur un maximum de partisans en vue de la campagne de 2024, ce qui revêt une importance particulière en Flandre, où le vote ne sera plus obligatoire aux élections communales et provinciales. En effet, ce sont les partis qui attirent le plus de votes de protestation, comme le Vlaams Belang, qui risquent de perdre le plus de voix.

Le Vlaams Belang évoque encore une autre raison de changer de mode de communication. Dans une version non définitive de l’accord de gouvernement, la coalition Vivaldi envisageait de plafonner les dépenses en publicité sur les réseaux sociaux, y compris en dehors des campagnes électorales. Cette proposition a beau ne pas se retrouver dans la version définitive du texte, le Vlaams Belang craint quand même ce genre de nouvelles règles. « Les partis traditionnels ont manifesté une intention de truquer les règles du jeu parce qu’ils ne parviennent pas à gagner, d’après M. Naeyaert. Nous devons par conséquent trouver des alternatives. »

Fake news

À la différence de Facebook, WhatsApp ne permet quasiment pas de contrôler le contenu ni la diffusion des messages politiques. Des expériences à l’étranger ont démontré que cet environnement fermé n’est pas sans danger. Lors d’élections en Inde et au Brésil, des fake news ont été diffusées à grande échelle à l’aide de WhatsApp. Depuis l’année passée, un message sur WhatsApp ne peut plus être envoyé qu’à cinq personnes ou groupes à la fois.

D’après une étude de l’Université de Columbia à New York, WhatsApp représente « une manière, pour les militants et les politiques, d’éviter le contrôle des instances régulatrices et des journalistes ». Une autre étude a pu démontrer que les services de messagerie comme WhatsApp peuvent jouer un rôle déstabilisateur au cours des élections américaines. Mais après les élections de 2016, c’est surtout vers Facebook que les regards se sont tournés.

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