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« La société flamande a tout à gagner d’une plus grande mixité »

(cc) Pixabay

12 novembre 2020

« La société flamande a tout à gagner d’une plus grande mixité »

Temps de lecture: 4 minutes

C’est une première : la Flandre vient de se doter d’un plan d’action en matière d’intégration et d’égalité des chances. Que préconise-t-il ? Agir davantage et faire la différence. Par exemple, en encourageant la mixité dans les écoles ou le parrainage des primo-arrivants. « Nous avons besoin de projets concrets, pas de théories abstraites », confie Bart Somers (Open Vld), ministre flamand de l’Intégration et de l’Égalité des chances. 

Comment garantir l’égalité des chances au sein d’une Flandre multiculturelle ? Cette interrogation a été le point de départ du plan de politique horizontal « Intégration et Égalité des chances » que le gouvernement flamand vient d’approuver. Il marque une rupture nette avec les pratiques du passé, selon Bart Somers. « Nous ne voulons pas d’un catalogue d’initiatives transversales pour l’ensemble des départements, nous voulons mettre l’accent sur quelques projets qui font la différence. Notre objectif ? Encourager les Flamands à vivre les uns avec les autres et nous plus les uns à côté des autres. »

La lutte contre la ségrégation est une priorité. Qu’allez-vous faire concrètement ?

Favoriser les contacts entre les individus et lever les barrières. Un exemple pour l’enseignement : avec le projet School in Zicht (L’École en vue), le ministre de l’Enseignement Ben Weyts (NVA) et moi-même voulons favoriser la mixité au sein des écoles. Non pas par la contrainte, mais en encourageant les parents plus favorisés à inscrire leurs enfants dans des écoles présentant une concentration d’élèves allochtones et en envoyant des enfants issus de l’immigration dans des écoles à population majoritairement flamande. L’échange se fait donc dans les deux sens. À travers cette démarche, nous améliorons aussi le cadre scolaire et le niveau de formation. À Malines, 329 enfants ont déjà pu bénéficier de cette mesure au cours des cinq dernières années. Si nous l’élargissons à travers toute la Flandre, nous pourrons promouvoir la diversité à l’école, dans le bon sens du terme.

Des critiques pointent un nivellement par le bas de l’enseignement…

Je ne suis pas d’accord. La société a tout à gagner d’une plus grande mixité. La jeune génération est amenée à évoluer dans une Flandre multiculturelle. Il faut donc aussi encourager la diversité dans les mouvements de jeunesse. Pour le bien de tous, des membres, comme des équipes d’encadrement.

Cette participation sociale est l’un de vos fers de lance. Les primo-arrivants ne doivent pas uniquement apprendre le flamand et chercher du travail, ils doivent aussi se constituer un cercle d’amis. La vie associative doit mettre l’accent sur la diversité.

Chaque primo-arrivant est encadré par un parrain ou une marraine avec lequel ou laquelle il va passer plusieurs heures par semaine durant un certain nombre de mois. Il apprendra ainsi non seulement notre langue, mais aussi nos valeurs et coutumes. Il étoffera son réseau de connaissances et augmentera ses chances d’accéder à un emploi et un logement. Cet encadrement existe déjà pour les primo-arrivants, mais nous voulons l’étendre à d’autres groupes cibles, comme les personnes dans la précarité, atteintes d’un handicap ou appartenant à la communauté LGBT. Nous pourrons ainsi renforcer les liens au sein de notre société.

En matière d’intégration et d’égalité des chances, vous dépendez du bon vouloir et de l’argent d’autres collègues du gouvernement flamand. C’est frustrant ?

Oui, mais ce principe est valable pour tout plan de politique horizontal. Plus la cohésion est forte au sein de l’équipe gouvernementale, plus les choses se mettront en place facilement. Je peux aussi renforcer les projets d’autres ministres avec un budget propre : il est tout de même question de 40 millions d’euros sur l’ensemble de la législature. Le fait de travailler sur des projets concrets aide aussi. Notamment pour l’enseignement où les écoles d’été organisées en Flandre ont été un exemple inspirant pour des milliers d’enfants. Nous allons réitérer cette expérience en travaillant main dans la main avec les pouvoirs locaux.

L’aide des pouvoirs locaux est effectivement un autre volet important de ce plan d’action… 

Les pouvoirs locaux font effectivement la différence en matière de politique d’intégration globale. Le fédéral gère les arrivées sur le sol belge, la Flandre veille à l’intégration des primo-arrivants, mais les pouvoirs locaux jouent un rôle déterminant dans la participation réelle au projet de société. Nous avons besoin de projets concrets, pas de théories abstraites sur lesquelles le monde politique se plaît à disserter sans fin. Les ministres commettent parfois l’erreur de tout théoriser. Mon travail s’appuie sur mon expérience en tant que bourgmestre.

Vous voulez dire que par le passé on a trop parlé, mais pas suffisamment agi ?

Les dispositions prises n’ont pas toujours été couronnées de succès, mais elles n’étaient pas toutes inutiles ou dénuées de sens pour autant. Nous avons posé des jalons, mais pour construire une société plus inclusive, nous devons passer à la vitesse supérieure et vite. Je ne parle pas seulement des primo-arrivants, je pense aussi à la communauté LGBT ou aux personnes vivant dans la précarité.

Pour conclure, qu’en est-il de la liberté d’expression ? C’est une question délicate. Par le passé, vous ne vous êtes pas opposé à l’utilisation de caricatures de Mahomet dans le cours d’intégration.

Une société doit être respectueuse. Nous devons éviter les manifestations d’agressivité trumpiste à laquelle les individus sont de plus en plus confrontés. Mais les primo-arrivants doivent quant à eux reconnaître les valeurs fondamentales de notre société, en ce compris le droit à la liberté d’expression. Une société multiculturelle ne peut prémunir ses citoyens de toute forme de blessures, mais elle peut leur apprendre à mieux s’armer pour gérer ce type de situation.

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