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De Wever, ce grand ami de Cameron

(cc) Number 10

25 novembre 2015

De Wever, ce grand ami de Cameron

Temps de lecture: 4 minutes

[Analyse] Afin de mieux comprendre les idées politiques de Bart De Wever, Ivan Ollevier a suivi le président de la N-VA en visite chez son ami politique, le Premier ministre britannique David Cameron.

Ivan Ollevier, journaliste de la VRT, est entre autres un spécialiste du Royaume-Uni.

Bart de Wever au Premier ministre britannique : « Toutes mes félicitations pour votre victoire aux élections de mai ! » Réponse de Cameron : « Merci. Je n’avais jamais passé une nuit électorale aussi palpitante. » À l’évidence, la victoire des conservateurs n’était vraiment pas pour déplaire au président de la N-VA. Les deux hommes étaient assis, côte à côte, dans une petite pièce du 10 Downing Street, la résidence officielle du Premier ministre britannique. Et M. Cameron d’ajouter : « Nos deux partis sont d’excellents alliés au sein du groupe des Conservateurs au Parlement européen. » Mercredi dernier, Bart De Wever a embarqué à bord de l’Eurostar afin de rencontrer David Cameron. Leur précédente rencontre de ce genre datait de 2011.

Bart De Wever et sa délégation (composée entre autres du parlementaire européen Sander Loones et du ministre des Finances Johan Van Overtveldt) ont été accueillis avec beaucoup d’égards à Downing Street. Non pas par une traditionnelle poignée de mains devant le bâtiment, car la photo devant la célèbre porte d’entrée est réservée aux chefs d’États et de gouvernements, mais par des salutations cordiales à l’intérieur, au premier étage de l’immeuble.

Le nationaliste et l’unioniste

De Wever n’a jamais caché l’admiration qu’il porte aux conservateurs britanniques. Il partage avec eux un intérêt certain pour l’œuvre d’Edmund Burke, le penseur irlandais du 18esiècle considéré comme l’un des pères du conservatisme moderne.

Rien d’étonnant dès lors à voir la N-VA rejoindre le groupe de Cameron et des siens au Parlement européen : le CRE, à savoir les Conservateurs et réformistes européens. Certes, tout le monde, à la tête du parti, n’était pas favorable à cette décision, mais Bart De Wever a préféré le CRE à l’ALE, l’Alliance libre européenne, qui comprend quelques partis européens de gauche. Sur le plan socio-économique, la N-VA se déclare à droite, tout comme le Parti conservateur de M. Cameron.

Ceci dit, comment Bart De Wever parvient-il à concilier ses positions idéologiques avec l’unionisme affiché par le Premier ministre britannique ? L’année passée, en septembre, j’avais rencontré deux mandataires N-VA dans la capitale de l’Écosse, Edimbourg. Il s’agissait du parlementaire flamand Piet De Bruyn et du parlementaire européen Mark Demesmaeker. Alors que, ce jour-là, se tenait le referendum sur l’indépendance de l’Écosse, les deux nationalistes flamands plaidaient devant nos caméras et nos micros en faveur du oui.

Si l’indépendance écossaise ne l’a pas emporté ce jour-là, les élections organisées plus d’une demi-année après le referendum ont été remportées par les indépendantistes du Parti national écossais. Bart De Wever avait donc deux raisons de se réjouir, car dans le reste du Royaume, contre toute attente, les conservateurs ont écrasé les travaillistes. M. De Wever avait alors qualifié ce résultat d’idéal sur le site de Newsmonkey : « Je me réjouis du résultat de ces élections ».

Et l’Europe ?

La visite de Bart De Wever à Downing Street n’était bien sûr pas qu’une visite de courtoisie. À quelques centaines de mètres de la résidence officielle du Premier ministre était organisée une conférence du CRE, à laquelle le président de la N-VA était attendu. M. Cameron a par ailleurs rencontré d’autres alliés européens qui devaient faire leur apparition au congrès.

De Wever avait de bonnes raisons d’être présent. Deux semaines plus tôt, M. Cameron avait soumis au président du Conseil européen Donald Tusk sa liste des souhaits en vue d’une réforme de l’UE. Il voulait entamer les négociations à ce sujet dans les plus brefs délais, afin de pouvoir présenter au plus tôt les résultats engrangés à l’occasion de cette réforme aux Britanniques. En effet, avant fin 2017, le Royaume-Uni devra organiser un referendum sur son appartenance à l’Union européenne, et M. Cameron préférerait que ses concitoyens s’expriment sur une union réformée et flexible, et non sur ce qu’il considère aujourd’hui comme un « appareil lourd et bureaucratique ».

Pour David Cameron, son pays doit rester membre de l’Union européenne, mais cette Union doit apprendre un minimum de bonnes manières.

« Tout le monde s’y retrouve »

Cameron ne veut pas que son pays devienne un État membre de second rang à cause de sa non-appartenance à la zone euro. Il veut que les parlements nationaux aient plus de pouvoir, il veut renforcer la compétitivité et il veut pouvoir adapter (c’est-à-dire : durcir) sa politique en matière d’immigration. Telles sont les raisons qui poussent le Premier ministre britannique à demander le soutien de ses alliés européens, et Bart De Wever est tout à fait favorable à ce discours. Il a d’ailleurs fait savoir que pour lui, la vision de Cameron n’est pas bonne que pour le Royaume-Uni, mais aussi pour toute l’Union européenne, et donc aussi pour la Flandre.

Les propositions en matière d’immigration et de sécurité sociale résonnent comme de la musique aux oreilles de Bart De Wever. M. Cameron aimerait réduire les allocations versées aux immigrés, y compris ceux provenant d’Europe de l’Est, et M. De Wever estime que les nouveaux-venus ne devraient pas jouir des mêmes droits sociaux que ceux qui cotisent depuis des années pour la sécurité sociale. Mais d’autres propositions séduisent M. De Wever, comme celle d’un renforcement du marché intérieur. « Ces propositions sont le fruit d’une profonde réflexion menée par Cameron, qui a fait en sorte que tout le monde s’y retrouve. »

Alliances

Cameron aura besoin du soutien du groupe conservateur du Parlement européen. En effet, aussi bien le président de la Commission, M. Juncker, que celui du Parlement, M. Schulz, ont réagi de manière assez peu favorable aux propositions de M. Cameron. Bart De Wever, en revanche, leur a réservé un accueil chaleureux. Si David Cameron ne parvient pas à arracher une modification du traité, ne serait-ce qu’un petit amendement, il aura bien du mal à convaincre l’électeur britannique du bien-fondé de l’appartenance de son pays à l’Union européenne. Aujourd’hui déjà, au sein même du son propre parti, M. Cameron entend des dents grincer à cause du manque d’ambition de ses propositions. Il devrait aussi s’inquiéter du fait que ses meilleurs amis politiques en Europe soient membres d’un parti nationaliste étranger.

Du reste, Bart De Wever a invité David Cameron à assister, en septembre prochain, aux Fêtes de la Libération d’Anvers. Cameron n’a encore rien promis.

Ivan Ollevier pour De Redactie

Traduit du néerlandais par Fabrice Claes

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