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Bram Bombeek, le porte-parole N-VA qui a préféré devenir fermier

(c) Pixabay

6 décembre 2019

Bram Bombeek, le porte-parole N-VA qui a préféré devenir fermier

Temps de lecture: 3 minutes

Après neuf années de bons et loyaux services dans les rangs de la N-VA, Bram Bombeek, 32 ans, porte-parole du groupe parlementaire, quitte la politique. Il échange les ors du Parlement contre les vaches blanc-bleu de la ferme de ses parents. « Il y a une chance sur deux pour que l’aventure échoue. Mais je n’ai pas de plan B. »

« Tu ne t’es jamais intéressé à la ferme. Tu n’y connais rien. Et ceux qui s’y connaissent sont sur le point d’arrêter. Ça ne rapporte pas un clou. Tu as un bon boulot. » Quand Bram Bombeek a annoncé à ses parents qu’il comptait remettre son mandat de porte-parole du groupe N-VA à la Chambre et travailler à la ferme avec eux, lui, la quatrième génération, ses parents l’ont traité de fou.

À l’époque, quand il a posé sa candidature à la N-VA, il étudiait encore le droit à l’Université de Gand, après avoir décroché un master en histoire. C’est d’abord Siegfried Bracke, en 2010, qui l’a recruté,  comme assistant puis comme porte-parole. Il s’est occupé du dossier des pensions. Pendant des années, il a secondé Joachim Pohlmann, le porte-parole du parti. Jusqu’à jeudi dernier, il était le porte-parole du groupe parlementaire N-VA à la Chambre. Désormais, il est fermier. Il va rejoindre l’élevage bovin de ses parents, à Welle, près de Denderleeuw. Une exploitation agricole de 30 hectares qu’il compte bien reprendre.

L’inspiration d’un paysan américain

Bram Bombeek se souvient : « haut comme trois pommes, je parcourais déjà l’étable dans tous les sens sur mon tracteur en plastique. A 6 ans, je grimpais dans un vrai tracteur tout seul. J’arrivais à peine à tenir le volant, et quand mon grand-père criait « Stop », je sautais du siège sur le frein. Mon grand-père marchait devant le tracteur ; je ne voyais absolument pas ce que je faisais. C’était quand même dangereux », soupire-t-il, rêveur. Et le petit Bram en est resté là de ses aventures dans la ferme de ses grands-parents, puis de ses parents. En grandissant, il a petit à petit perdu le contact avec le monde agricole. Il préférait les livres aux vaches, l’écriture au volant du tracteur. « Ces dernières années, je m’en désintéressais totalement, et je ne savais pas du tout comment ça se passait, pour les vaches. »

« L’an dernier, j’ai présenté ma thèse de doctorat en droit. L’étude en elle-même, ça faisait un moment que c’était fini. Et ça me démangeait d’apprendre à travailler de mes mains. Alors j’ai suivi une formation de charcutier. Un jour, en lisant un livre sur ce thème, je suis tombé sur la préface d’un certain Joel Salatin. Cet Américain, le paysan le plus célèbre du monde, prône une agriculture plus en phase avec le rythme de la nature. Qui cesse d’épuiser les sols. Qui produit non pas pour des Chinois qu’on ne verra jamais, mais pour son environnement social direct, des gens qu’on peut rencontrer vraiment et qui acceptent de payer un prix honnête. Plus j’avançais dans ma lecture, plus je m’en rendais compte : nous partagions la même idéologie. Mes parents m’avaient déjà expliqué que la ferme ne leur rapportait plus rien et qu’ils pensaient la vendre. »

Apathie et cynisme envers la politique

Sa décision, voilà quelques mois déjà que Bram Bombeek l’a prise. « Le chef de groupe N-VA, Peter De Roover, m’a invité à dîner, comptant bien me faire changer d’avis. Mais en fin de soirée, même lui ressentait comme une envie de vie agricole (sourires) ».

« Moi, je n’avais plus envie de passer mon temps, comme porte-parole, à bondir sans cesse de chimère en mirage. J’en avais un peu marre, à cause du malaise qui ronge le monde politique. L’agriculture et la politique ont ceci en commun qu’on y flotte, comme en mer, au gré des vents. Mais pour le fermier, au moins, la terre ferme est à portée du regard. La plupart des gens portent un regard apathique et cynique sur la politique. Comme électeur, qu’avons-nous encore à dire sur les orientations politiques ? Que vaut encore notre voix, quand on sait que demain, le pays sera peut-être aux mains d’une coalition arc-en-ciel sans majorité en Flandre ? »

Besoin de concret

« Et puis au boulot, toute la journée, je passais mon temps à jongler avec le téléphone, les courriels, WhatsApp, les réunions, pour me demander, le soir, ce que j’avais vraiment fait de ma journée. Alors que mon grand-père, le soir, dans son fauteuil, racontait toujours sa satisfaction en repensant aux bêtes qu’il avait nourries, aux champs qu’il avait labourés… Du concret, du tangible, du travail bien fait. C’est ça que je veux. »

« J’ai perdu le compte des gens qui m’ont déconseillé d’abandonner mon job. Oui, c’est de la folie pure de se lancer comme ça. L’agriculture est à un point de basculement. Moins d’un agriculteur sur dix a moins de cinquante ans, moins d’un agriculteur sur dix a un successeur. Comme fermier, on dépend totalement de ce que le marchand voudra bien payer pour votre production. C’est pour ça que je veux vendre en direct au client la viande de mes vaches et de mes volailles. Celles-ci, je veux les caser dans un enclos mobile, pour qu’elles puissent en permanence suivre les vaches.

« Bon, je ne peux pas exclure que ça capote totalement d’ici cinq ans. J’ai une chance sur deux. (rires), Mais je n’ai pas de plan B, et en réalité, je n’envisage en aucun cas l’échec. J’y crois à fond. »

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