A quand une équipe de Diables flamands ?

1 juin 2018 | Auteur : | Traducteur : Ludovic Pierard | Temps de lecture : 3 minutes

Des États non reconnus, comme Chypre du Nord et l’Abkhazie, organisent leur propre coupe du monde de football. Pour Bart Maddens, politologue à l’Université catholique de Louvain (KUL), la Flandre mériterait d’y participer.

Cette information en étonnera plus d’un : le match d’ouverture de la coupe du monde de football se joue aujourd’hui même à Londres. Je ne parle évidemment pas de celle organisée par la fédération internationale de football, la FIFA, mais d’un événement bien plus intéressant : la coupe du monde de la fédération internationale alternative, la Conifa (pour Confederation of Independent Football Associations ou Confédération des associations de football indépendantes). Sur son site internet, cette dernière se définit comme une « organisation mondiale d’associations à but non lucratif qui soutient les équipes de football représentant des nations, des nations de fait, des régions, des minorités et des territoires isolés. »

La Conifa a été fondée en 2013. Sa dernière coupe du monde s’est jouée il y a deux ans en Abkhazie, qui a d’ailleurs gagné le tournoi. Elle organise également un championnat d’Europe, qui s’est déroulé l’an passé dans la République turque de Chypre du Nord et a été remporté par la Padanie.

Il est facile de railler cet événement dont l’importance reste marginale par rapport à la vraie coupe du monde, même si l’organisation se veut très professionnelle. La qualité du football proposé ne semble pas vraiment être de haut niveau. Pas que je sois un fin connaisseur, loin de là, mais un score de 0-8, comme celui du match opposant l’Ossétie du Sud à Chypre du Nord l’an dernier, n’est jamais un bon signe.

Quidditch

Dans l’ensemble, le mondial de la Conifa fait un peu penser à la compétition de Quidditch dans Harry Potter et la Coupe de feu. Dans les deux cas, il s’agit d’un événement qui se joue dans une réalité parallèle, inconnue du commun des mortels. La probabilité que vous entendiez parler de ce tournoi alternatif dans les médias (à l’exception de cet article) est faible.

C’est justement pour cette raison que l’existence de la Conifa est si importante. Elle montre qu’il existe une autre réalité, absente du tournoi de la FIFA. Les manifestations sportives officielles donnent l’impression que le monde entier est divisé en petites cases bien propres. Que le cortège des pays qui défilent dans ces événements représente la population mondiale dans son ensemble.

Il n’en est évidemment rien. Il existe manifestement sur terre un nombre étonnamment élevé de territoires qui évoluent en dehors de l’ordre hégémonique mondial. Ces régions fonctionnent de facto comme un État indépendant, mais elles ne sont pas ou peu reconnues en tant que tel. Certaines, comme la République turque de Chypre du Nord ou le Kurdistan irakien, ne nous sont pas étrangères. D’autres mènent une vie plus obscure, comme l’Abkhazie, l’Ossétie du Sud, le Haut-Karabakh ou le Somaliland. Exclus de la compétition de la FIFA, ces États « de fait » peuvent malgré tout participer à des joutes footballistiques internationales grâce à la Conifa.

Par ailleurs, il n’est pas rare que de nombreux citoyens d’une région ne se sentent pas chez eux dans leur pays officiel et rêvent de fonder leur propre État. Eux aussi sont écartés des manifestations sportives internationales, mais hébergés par la Conifa. Comme la Padanie, le Québec ou l’Îlam tamoul.

L’exception catalane

La Catalogne aurait bien entendu sa place dans ce club. Pourtant, étrangement, elle ne participe pas aux compétitions de la Conifa. En réalité, l’association catalane de football (à l’instar de celle du Pays basque) dispose d’un statut spécial au sein de la FIFA. Une fois par an, son équipe nationale peut jouer un match officiel contre un membre de la fédération internationale. Les mauvaises langues prétendent que cet arrangement ambigu vise surtout à amadouer l’association catalane de football, tout en la maintenant sous le joug de l’Espagne.

Et la Flandre dans tout ça ? Pour l’heure, elle est absente de la scène du football international. Pourtant, son ministre des Sports, le N-VA Philippe Muyters, semble voir un certain intérêt à une éventuelle participation à la compétition de la Conifa. En 2016, son cabinet déclarait dans Het Laatste Nieuws que : « Si une demande était adressée par l’Union belge ou le Mouvement flamand, nous nous y associerions. Car il y a suffisamment de bons joueurs flamands qui n’ont pas la moindre chance d’être un jour sélectionnés avec les Diables rouges, mais qui pourraient jouer dans une équipe flamande. »

Depuis lors, c’est silence radio. Dommage. Plaider pour une scission des Diables rouges semble peu réaliste dans les circonstances actuelles. Alors, pourquoi ne pas participer aux compétitions de la Conifa ? On peut attendre du gouvernement flamand qu’il soutienne cette initiative sympathique. D’autant plus alors qu’il est dominé par un parti séparatiste.

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Date de publication : 31/05/2018