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24 septembre 2018

Une école islamique en Flandre? Pourquoi pas!

Jan Segers
Auteur
Traducteur Maxime Kinique

De quoi avons-nous peur ? Si des adeptes du mouvement Milli Görüs veulent ouvrir une école islamique à Genk, qu’ils le fassent. Aucun politique, pas même Zuhal Demir, Jan Jambon ou Bart De Wever, ne pourra les en empêcher. Et c’est très bien ainsi.

La liberté d’enseignement est en effet inscrite dans la constitution de notre pays. Elle garantit depuis la nuit des temps le droit pour des écoles catholiques, juives et protestantes d’éduquer des enfants selon les principes de leur obédience. Tant que l’enseignement y est dispensé en néerlandais, que ces écoles respectent les objectifs finaux et qu’elles ne violent pas nos droits fondamentaux, elles peuvent donner aux cours qu’elles organisent le contenu qu’elles souhaitent. Des contrôles sont régulièrement effectués afin de vérifier si ces écoles satisfont à toutes ces conditions. C’est une mission qui incombe à l’inspection et tant que celle-ci ne constate pas d’infraction, chaque école est libre d’avoir sa propre philosophie et son propre mode de fonctionnement.   Allons-nous remettre en question ce noble principe au motif qu’une seule et unique école islamique pourrait bientôt ouvrir ses portes dans une seule et unique ville flamande ? Allons-nous modifier pour cela la Constitution ? Restons sérieux.

La perspective de l’ouverture d’une première école islamique sur le territoire flamand – Bruxelles en compte déjà quatre, qui ne posent pour l’instant guère de problèmes – nous confronte à nos propres peurs et préjugés. Serions-nous devenus à ce point angoissés et méfiants ? La N-VA se profile dans ce dossier comme une véritable forteresse de suspicion. Comme si la démocratie était menacée et que la sharia risquait de s’appliquer, demain, dans la province du Limbourg ! Jan Jambon et Zuhal Demir clament qu’ils vont mettre tout en œuvre afin d’empêcher l’ouverture de cette école mais ils n’en ont pas le pouvoir, en tout cas pas à titre préventif. Bart De Wever s’épuise à trouver des arguments en ce sens mais tant qu’il se profilera comme le défenseur inconditionnel de l’enseignement juif ultra-orthodoxe – alors qu’un esprit critique tel que le sien devrait avoir lui aussi son lot de réserves -, il manquera de crédibilité. Ce que pense De Wever en son for intérieur, c’est que contrairement aux Juifs, les musulmans détestent notre société et commettent des attentats. Quant à son parti, il insinue que si une telle école ouvrait ses portes, ce serait pour former les terroristes de demain.

Ah bon ? Ne soyons pas naïfs : les experts en sécurité nourrissent de très gros doutes à propos de Milli Görüs, l’inspiration islamique dont se revendique cette école. Les jeunes musulmans y obtiendraient pourtant de meilleurs résultats en mathématiques, en français et en histoire, en raison justement d’une plus grande proximité avec le contexte linguistique, culturel et religieux que les élèves connaissent à la maison. L’islam est le fil qui relie les cours, les repas, les moments de jeu et les prières. Mais que cachent cette façade de bon sens et cette apparente intégration à notre société occidentale moderne ? Il est vrai que l’on rencontre peu ou prou de fillettes de 8 ans voilées dans les écoles islamiques de Bruxelles, mais quand on s’intéresse à leurs enseignantes, on a l’impression qu’elles ont été téléportées de Téhéran, tant en ce qui concerne leur tenue vestimentaire que leur identité. Ce n’est pas le genre de vision qui procure un bon sentiment. Un esprit ouvert peut certes se cacher sous un voile mais faire rimer le concept d’école islamique avec la notion d’intégration demeure un pari difficile.

Mon message aux autorités sera dès lors le suivant : laissez cette école ouvrir ses portes à Genk ; accordez-lui le bénéfice du doute mais surveillez-la de près. Contrôlez-la et, si nécessaire, sanctionnez-la, voire fermez-la si cela se justifie en vertu de la loi. S’il apparaît qu’elle est au-dessus de tout soupçon et qu’on y dispense un enseignement de qualité, tant mieux ! Mais quoi qu’il en soit, on pourra toujours se demander si ce genre d’initiative rend les Flamands meilleurs et plus épanouis. Pour ma part, je n’en ressors pas grandi.

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