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Tshisekedi en Belgique, entre cynisme, pragmatisme et diplomatie

(cc) Pixabay

18 septembre 2019

Tshisekedi en Belgique, entre cynisme, pragmatisme et diplomatie

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Félix Tshisekedi a commencé lundi soir sa visite officielle de trois jours en Belgique, au cours de laquelle le président congolais rencontrera notamment le Premier ministre, Charles Michel, et le roi Philippe. Voilà douze ans qu’un président de notre ancienne colonie n’avait pas foulé le sol belge – et à l’époque, la visite de Joseph Kabila avait, pour différentes raisons, plutôt déçu. Le programme s’annonce chargé : la reprise de la coopération militaire figure notamment au menu des discussions.

Cynisme absolu pour les uns, pur pragmatisme pour les autres, cette visite n’est en fait que diplomatie. Le fils de l’éternel opposant Étienne Tshisekedi a perdu les élections congolaises. Il a ensuite conclu un marché avec Kabila, qui avait compris que son candidat n’avait pas la moindre chance de l’emporter. Recevoir un tricheur en grande pompe ne fait jamais bonne impression. Quant au favori, Martin Fayulu, il ne peut que nourrir de l’amertume quant à la manière dont la communauté internationale l’a laissé tomber.

Après quelques protestations dans un premier temps, le ministère des Affaires étrangères a également changé de ton après que la prestation de serment de Tshisekedi s’est déroulée sans accroc. Les liens historiques avec le pays sont incontestables. Et les enjeux économiques importants. La décision de Kabila de réorienter les exportations de diamants vers Dubaï a été un coup dur pour Anvers. Mais c’est surtout sur le plan diplomatique qu’il y a des points à marquer. La Belgique reste un petit pays, mais joue parfois en division supérieure grâce à la Congo Connection. Enfin, Brussels Airlines, qui a la très rentable liaison vers Kinshasa à l’esprit, bénéficierait également d’un réchauffement des relations.

La Belgique n’a d’autre choix que d’agir en sachant que d’autres pays combleront les vides. Tshisekedi a, lui aussi, énormément à gagner de cette situation. En interne, il doit batailler pour asseoir sa légitimité. Les voyages à l’étranger peuvent grandement l’y aider. Il s’emploie à se forger une réputation non seulement dans les pays africains voisins, mais aussi aux États-Unis et, désormais, en Belgique. Sa visite au roi Philippe sera scrutée avec attention au Congo. En tant que président, il est parvenu à assurer une transition sans effusion de sang — ce dont tout le monde doutait après l’ère sombre de Kabila.

La Belgique doit toutefois éviter la précipitation. Pour l’heure, il n’est toujours pas question — à juste titre — que le roi Philippe se rende au Congo l’année prochaine pour célébrer le 60e anniversaire de l’indépendance du pays. Il s’agira en revanche de s’assurer que le nouveau président parvienne à tenir ses promesses électorales, quitte à exercer des pressions positives s’il le faut. La population, qui aspire ardemment au changement, n’a en effet rien à gagner d’un affrontement diplomatique. Car après tout, c’est le sort des Congolais qui doit prévaloir.

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