Le taux d’intérêt nul, un cadeau empoisonné

29 août 2016 | Auteur : , et | Traducteur : Guillaume Deneufbourg | Temps de lecture : 2 minutes

Le taux d’intérêt nul deviendra-t-il la nouvelle norme ? Il y a des chances. Mais il nous conduira au devant de nouveaux problèmes, car l’absence de rendement aura, tôt ou tard, des répercussions néfastes sur presque tous les acteurs du marché.

Les plus pessimistes estiment que les taux d’intérêt resteront à leur niveau actuel pendant encore deux décennies. Les plus objectifs tablent quant à eux sur cinq ou six ans. Mais plus on avance, plus cet horizon semble s’éloigner. Et le spectre de voir cette tendance s’inscrire sur une période beaucoup plus longue est plus que jamais réalité.

Les banques centrales maîtrisent-elles encore les taux d’intérêt ? De moins en moins. Dernière indication en date : l’allocution de Janet Yellen lors de la grand-messe annuelle des banquiers à Jackson Hole. La présidente de la Banque centrale américaine (FED) s’est montrée ouverte à une augmentation prudente des taux directeurs en septembre. La chose est donc envisageable, ou pas. Exception faite d’un léger soubresaut, les marchés ont fait mine de ne pas entendre. La Banque centrale européenne n’a aucune intention d’augmenter ses taux, faute d’inflation.

La faiblesse des taux d’intérêt a un impact considérable sur les institutions financières. La compagnie d’assurances Ethias a ainsi été sommée de remanier ses comptes First, qui généraient encore un rendement de 3 %. La Banque Nationale ne voit pas la situation d’un bon œil et exige des mesures. Un énième incident après la suppression du taux garanti sur les comptes  Crest20 d’AXA et des livrets d’épargne sans taux de la banque KBC pour les entreprises.

Le taux d’intérêt nul fait partie des instruments de combat contre la crise, dans la mesure où il apporte une bouffée d’oxygène aux débiteurs en faisant baisser le coût de l’endettement. Cela a naturellement un impact direct sur les entreprises, les familles et les pouvoirs publics, dont l’endettement devient un peu plus supportable. En principe, l’argent libéré devrait être réinjecté dans l’économie et relancer la mécanique de la croissance. Mais il y a un hic. En Europe, il n’est nulle part question d’un retour suffisant de la croissance, et encore moins d’un retour de l’inflation.

Tel est le revers du taux d’intérêt nul : il nécessite une inflation faible ou inexistante. Et à ce titre, il fait donc figure  de cadeau empoisonné. L’inflation n’est en réalité rien d’autre qu’un impôt déguisé sur le capital, qui finit par avaler les avoirs, grands et petits. Mais pour ceux qui ont des dettes en cours, l’inflation reste une bénédiction : les créances diminuent automatiquement sous l’effet de l’inflation. À l’inverse, en cas d’inflation faible, le remboursement des créances existantes n’en est que plus difficile.

Dans le chef des pouvoirs publics, la faiblesse de l’inflation, associée à une croissance modeste, est un problème de taille, car elle conduit à une diminution des recettes. Si l’inflation ne décolle pas, le remboursement de la dette nécessitera un effort plus important. Résultat : l’État devra soit procéder à de nouvelles coupes, soit trouver de nouvelles sources de revenus pour atteindre l’équilibre budgétaire. Un exercice périlleux, auquel devra se prêter le gouvernement Michel.

 

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(cc) Stevepb

De Tijd

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Traducteur : Guillaume Deneufbourg
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Date de publication : 27/08/2016
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