Smartphones à l’école : responsabiliser plutôt qu’interdire

2 août 2018 | Auteur : | Traducteur : Guillaume Deneufbourg | Temps de lecture : 2 minutes

L’idée viendrait-elle de Brigitte Macron (65 ans), qui a elle-même enseigné naguère le français et le latin à des élèves encore curieux et avides de connaissances – dont faisait partie le jeune Emmanuel – à une époque où le numérique n’était pas encore entré dans nos vies ? Peut-être. Toujours est-il que le président français (40 ans) vient de tenir l’une de ses promesses de campagne : l’interdiction générale du smartphone dans les écoles et les collèges, pour tous les élèves de moins de 15 ans. Une petite révolution.

Tout enseignant sait pertinemment que l’usage débridé du téléphone portable en classe est une effroyable source de distraction. Beaucoup admettent aussi, à l’inverse, que ces dispositifs électroniques connectés ne sont pas dénués de valeur ajoutée. Tous sont en tout cas conscients que rien ne pourra venir freiner l’inexorable marche en avant du numérique, même dans les écoles qui vivent encore à l’époque calcaire.

En 2018, cette interdiction générale à la française prend donc des allures de combat d’un autre âge ; un combat que d’aucuns mènent en dépit du bon sens, puisqu’ils sont battus d’avance. L’ère du numérique dans laquelle baignent nos adolescents, plutôt que de nous obstiner à la maintenir en dehors des murs des écoles, nous ferions mieux de l’accueillir à bras ouverts et de faciliter son intégration. Non pas pour agrémenter les cours d’artifices pédagogiques. Non pas parce que le quotidien d’un enfant doit être le fondement de son parcours d’apprentissage. Non pas parce que le smartphone est essentiel au bien-être des futures générations. Mais simplement parce qu’une salle de classe ne doit pas être un îlot perdu au milieu d’un océan numérique, un lieu d’apprentissage archaïque qui vit en dehors du temps. L’enseignement a le devoir de préparer nos jeunes à l’avenir. Se cramponner désespérément au passé n’aidera pas à atteindre cet objectif.

Tous les parents connaissent la scène : une fête d’anniversaire où des adolescents plongés dans leur portable sont assis autour d’une table sans échanger un mot. Chacun dans son coin, mais d’une certaine façon, tous unis. À travers leur smartphone, le monde entier s’offre à eux. Un monde de possibilités, surtout, dont auraient rêvé les enseignants du siècle dernier.

Certes, ces mêmes dispositifs électroniques invitent aussi leurs jeunes utilisateurs à partager avec le monde leur univers à eux, que ce soit via Facebook, Instagram ou je ne sais quelle autre plateforme. Un défi en soi pour tout enseignant qui tente de transmettre un savoir. À ce moment, la technologie peut effectivement être néfaste à la concentration. Et gare aux enseignants qui oseront s’agacer de cette situation : ils risqueront en sus d’être filmés en catimini. Le problème est bien réel et doit être pris au sérieux. Mais vouloir imposer sans ménagement une interdiction totale du smartphone en classe apparaît comme un signe de faiblesse.

Conditionner l’usage du smartphone à certaines circonstances, clairement définies,  encourager une utilisation réfléchie et responsable des téléphones portables : tel est aussi le rôle de nos écoles. Aucune des deux branches de l’enseignement en Communauté flamande n’est demandeuse d’une telle interdiction. Hilde Crevits, ministre flamande de l’Enseignement (CD&V), a indiqué très justement qu’il revient à chaque réseau, à chaque école et, au besoin, à chaque enseignant de déterminer la façon dont les smartphones sont utilisés en classe, dans une optique fondée sur la confiance mutuelle, en quelque sorte.

L’enseignement flamand fait face à de nombreux défis, mais celui-ci n’en fait pas partie. Et même si c’était le cas, il ne serait certainement pas le plus pressant. Alors que notre enseignement s’enfonce irrémédiablement dans les profondeurs des classements internationaux, les smartphones, qu’ils soient à l’intérieur ou l’extérieur des classes, ne sont en rien les responsables de cette déchéance.

 

 

 

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Traducteur : Guillaume Deneufbourg
Auteur :
Date de publication : 01/08/2018