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Si Groen était une équipe de football, elle serait championne du monde des matchs d’entraînement
04·05·22

Si Groen était une équipe de football, elle serait championne du monde des matchs d’entraînement

Bart Eeckhout est le rédacteur en chef du quotidien De Morgen.

Temps de lecture : 3 minutes
Bart Eeckhout
Auteur
Guilhem Lejeune
Traducteur Guilhem Lejeune

La candidature bicéphale de Jeremie Vaneeckhout et Nadia Naji à la présidence du parti Groen semble tout droit sortie d’un laboratoire. À eux deux, ils couvrent presque tout le spectre qui fait l’identité des verts. Ce qui ne garantit pas la réussite en soi. En effet, les personnes qui succéderont à Meyrem Almaci savent qu’une bataille difficile les attend dans un parti qui cherche sa voie en tant que partenaire au sein d’un gouvernement impopulaire.

Sans compter que la nouvelle direction de Groen devra relever le défi, aussi immense qu’historique, d’enfin parvenir à élargir son électorat, et ce, malgré des vents contraires. Si Groen était une équipe de football, elle serait championne du monde des matchs d’entraînement. Car si le parti est généralement bien placé dans les sondages, ce qui ne manque pas de susciter de fortes attentes, le résultat des urnes est, quant à lui, souvent décevant.

C’est ce qui s’est à nouveau passé lors des dernières élections, en 2019. Le parti n’est même pas parvenu à se hisser en tête du camp des progressistes : il en est ressorti avec une gueule de bois dont il ne s’est toujours pas remis. Il est d’ailleurs curieux de constater que ce phénomène n’est pas propre à la Flandre. En Allemagne, par exemple, les Grünen étaient en passe de devenir le premier parti du pays jusqu’à peu de temps avant les élections législatives. Pour finalement, malgré un nombre de voix record, ne terminer « que » troisièmes, loin derrière les partis classiques au pouvoir. En France non plus, les Verts n’ont pas joué un rôle significatif lors de l’élection présidentielle.

Groen recherche un.e président.e qui rendra son parti aussi populaire que l’écologie

Les partis écologistes sont confrontés à un problème récurrent : certains électeurs estiment qu’ils sont dans le vrai, mais ne veulent pas leur donner raison. Ainsi, nombre de citoyens se sentent très préoccupés par les questions du climat et de l’environnement, mais ils n’accordent pas leur voix aux verts pour autant.

Tantôt parce que les solutions proposées par les écologistes ne leur inspirent pas confiance (leur opposition au nucléaire en est un bon exemple), tantôt parce que les électeurs se sentent impuissants face aux problèmes d’ordre mondial tels que le réchauffement climatique : ils estiment que leur vote ne fera pas une grande différence. Résultat : le jour de l’élection, les verts ne recueillent finalement que les voix d’un noyau d’inconditionnels, au profil souvent urbain et très diplômé, qui peuvent se permettre de mener un mode de vie plus écologique — mais il s’agit d’une petite minorité.

« Comment entendent-ils concilier l’empathie à l’égard de ceux qui souffrent avec un modèle de gestion plus intelligent et plus respectueux de la planète ? »

Quels que soient les nouveaux dirigeants de Groen, ils devront s’efforcer de briser cette malédiction. Les craintes qui se profilent concernant une crise qui pourrait s’inscrire dans la durée sont une occasion à saisir. Mais il leur faudra alors faire preuve de plus d’intelligence et, surtout, d’empathie, pour propager leur message : ils ne pourront plus se contenter de rappeler qu’ils répètent depuis toujours qu’il faut se détourner des énergies fossiles (à ce sujet, ce que nombre de citoyens vivent aujourd’hui, c’est surtout la baisse de leur pouvoir d’achat).

À gauche, les partis socialistes répondent à la crise actuelle en cherchant à faire baisser le prix des produits, même rares ou nocifs pour la planète. Toujours à gauche, quelle est l’alternative proposée par les écologistes ? Comment entendent-ils concilier l’empathie à l’égard de ceux qui souffrent avec un modèle de gestion plus intelligent et plus respectueux de la planète ? Quoi qu’il en soit, il ne suffira pas de gagner la sympathie de ceux qui sont déjà acquis à leur cause : voilà le véritable défi que doivent relever Jeremie Vaneeckhout, Nadia Naji et les autres.

Et si l’idéal flamand était un cartel entre N-VA et Groen?

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