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Plus personne ne prend encore le ministre-président bruxellois au sérieux

Crédit: « Isopix / Didier Bauweraerts »

18·01·21

Plus personne ne prend encore le ministre-président bruxellois au sérieux

Luckas Vander Taelen est chroniqueur et historien. Il a également été actif en politique sous la bannière de Groen.

Temps de lecture : 3 minutes
Maxime Kinique
Traducteur⸱trice Maxime Kinique

La répartition de la manne financière en provenance de l’Europe en dit long à propos des véritables rapports de force en Belgique et, surtout, du poids de la région bruxelloise. Elle illustre bien, également, la manière dont nos dirigeants appréhendent l’argent.
Commençons par la gestion budgétaire : n’y a-t-il pas de quoi s’étonner que l’on n’ait pas dû déterminer au préalable les projets qui recevraient des subsides ? Donnez-nous d’abord l’argent, disent nos politiciens, et nous verrons ensuite comment nous l’utiliserons. En réalité, c’est exactement l’inverse qu’il faudrait faire, et la répartition de l’enveloppe entre les régions devrait être subordonnée à la qualité des projets. Mais voilà, nous sommes en Belgique…

Thomas Dermine, l’étoile montante du PS

La répartition de l’argent a été orchestrée par les ministres-présidents flamand et wallon, sous l’oeil vigilant du secrétaire d’État Thomas Dermine, l’étoile montante du PS. Cela a donné lieu à une scène qui restera gravée dans les mémoires, avec un cacique de la N-VA et un haut représentant du PS capables de trouver très rapidement un terrain d’entente à propos de la répartition du pactole. Comme un avant-goût d’une Belgique confédérale basée sur deux régions fortes.

Et la région de Bruxelles-Capitale, dans tout cela ? Aux abonnés absents ! Elle a reçu un peu moins de 400 millions d’euros, ce qui a immédiatement provoqué des tensions au sein de son exécutif. Ecolo était le plus remonté, les Verts ne comprenant pas comment la région bruxelloise avait pu à ce point se laisser faire. Des heures de réunions ont été nécessaires afin de recoller les morceaux.

Jeudi dernier, on a appris que la rénovation de la Bourse coûterait beaucoup plus cher que prévu. Aussitôt, des voix se sont élevées afin de suggérer d’utiliser l’argent de l’Europe pour combler ce déficit. Cela en dit long sur le degré d’improvisation avec lequel les affaires bruxelloises sont gérées. On peut vraiment craindre que la manne financière dégagée dans le cadre de la crise sanitaire serve à boucher les trous dans le budget !

Les dirigeants bruxellois seraient peut-être mieux inspirés d’utiliser l’argent de l’Europe pour soutenir Alain Maron (Ecolo), le ministre régional de la Santé. Car celui-ci en a manifestement besoin. Le bourgmestre d’Etterbeek Vincent De Wolf (MR) est en effet remonté contre le ministre, auquel il reproche de ne pas faire remonter vers les communes les données relatives aux Bruxellois de retour de zones rouges. Depuis le début de la crise sanitaire, Maron multiplie les cafouillages et les valses-hésitations, et sa position paraît de plus en plus fragilisée.

Pas un visionnaire

Si la région bruxelloise n’a pas eu voix au chapitre lors de la répartition des gros sous européens, elle ne peut s’en prendre qu’à elle-même, et plus particulièrement à son ministre-président Rudi Vervoort (PS), qui est de moins en moins présent à mesure qu’il se rapproche de l’âge de la retraite. Des mauvaises langues n’ont pas hésité à affirmer que Bruxelles paie aujourd’hui le prix de son idée de taxe kilométrique, qui a suscité la colère des deux autres régions de notre pays.

Plus personne ne prend encore Vervoort au sérieux

Les choses sont en réalité plus simples que cela : aujourd’hui, plus personne ne prend encore Vervoort au sérieux. Avec un ministre-président qui ne tape jamais du poing sur la table, une telle évolution était inéluctable. Dans ce débat financier, rien ne l’empêchait de monter au créneau pour défendre les intérêts bruxellois, mais Vervoort apparaît de plus en plus comme un personnage de second rang qui obéit comme un enfant sage aux diktats de l’état-major du PS. Le samedi 9 janvier, son président de parti déclarait ainsi lors d’une interview qu’il n’y aurait pas de taxe kilométrique et si Vervoort a quelque peu bronché sous les regards d’Ecolo et de Groen, personne ne croit réellement qu’il ne danse pas comme Paul Magnette siffle.

À aucun moment, Vervoort ne s’est profilé comme le ministre-président visionnaire dont Bruxelles a plus que besoin si elle entend devenir un jour une région forte. Il a été totalement invisible lors des heurts qui ont opposé la police à des jeunes à Anderlecht, à Molenbeek et dans les Marolles et pas plus tard que mercredi dernier, alors que de violentes émeutes éclataient dans le quartier Nord après une manifestation en soutien à Ibrahima, ce jeune décédé dans un bureau de police, Vervoort n’a pas eu le courage de se rendre lui-même sur place, ce qui aurait certainement redoré son blason.

Rudi Vervoort a tout autant brillé par son absence lorsque des communes bruxelloises se sont affrontées juridiquement sur la question de la mobilité dans le bois de la Cambre. L’occasion était belle, pourtant, de montrer à quel point la division d’une région en dix-neuf baronnies était un concept obsolète. Aujourd’hui, Vervoort donne l’impression que tout, pour lui, peut rester en l’état, comme s’il était nostalgique de l’époque où il était bourgmestre d’Evere. Cette faiblesse du « numero uno » bruxellois est l’une des raisons pour lesquelles le nombre d’entrepreneurs de la capitale qui font encore confiance à son gouvernement a chuté au niveau historiquement bas de 11 %.

La région de Bruxelles-Capitale se porterait mieux avec un ministre-président fort. Celui-ci affûte déjà ses armes en coulisses : il s’agit de Philippe Close (PS), le bourgmestre de la Ville de Bruxelles. Il est temps que le gouvernement bruxellois remercie Vervoort pour services rendus et envoie Close au front.

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