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Migration : panique sur un navire européen à la dérive

Crédit photo: Zoltán Jánosi

4 mars 2020

Migration : panique sur un navire européen à la dérive

Les dirigeants européens craignent tellement de voir la droite radicale et populiste souffler sur les braises du mécontentement populaire que le moindre mouvement migratoire sème la panique gouvernementale.

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En dix-sept ans de domination, le régime du dirigeant turc Recep Tayyip Erdogan a connu des semaines plus glorieuses. Dans son propre pays, son pouvoir autoritaire décline, tandis que sur le plan international, sa tactique visant à monter ses alliés de l’OTAN et les Russes les uns contre les autres, au bénéfice de la Turquie, semble se retourner contre lui.

Dans la tourmente, le président turc peut encore et toujours se targuer d’avoir un moyen de pression. En la personne des réfugiés. Afin d’apaiser les critiques internes et d’augmenter la pression sur l’UE, Erdogan annoncé la réouverture de la frontière avec la Grèce et la Bulgarie, soit avec l’Europe. Selon des estimations, 10.000 réfugiés/migrants se sont déjà rendus à la frontière grecque, et environ 1.000 ont d’ores et déjà réussi à la franchir.

Qu’il n’y ait aucun malentendu. Les tragédies individuelles de ces personnes qui fuient bien souvent une Syrie en guerre peuvent être grandes, et la pression exercée sur les îles et les villages d’accueil ne peut s’intensifier à l’infini. Ce problème mérite une solution qui contente les deux parties.

Dans ce contexte de détresse, il convient de nuancer ces chiffres qui n’ont, à ce stade, pas de quoi déclencher la panique dans les travées gouvernementales des vingt-sept États membres. Et pourtant, la panique est le mot qui décrit au mieux l’attitude précipitée de l’Europe.

Les dirigeants européens craignent tellement de voir la droite radicale et populiste souffler sur les braises du mécontentement populaire que le moindre mouvement migratoire sème la panique gouvernementale. Pour le plus grand bonheur du président Erdogan, qui n’a qu’à ouvrir les vannes migratoires pour jouir d’un levier politique.

Pendant ce temps-là, l’UE faisait mine de ne rien voir.

Le constat, douloureux, n’en est pas moins réel. Cinq ans après la fameuse crise des migrants, l’Union européenne n’a toujours pas de politique migratoire digne de ce nom, malgré les promesses et les beaux discours. Un contrat d’accueil a été conclu avec la Turquie, lequel s’avère éthiquement douteux mais efficace dans la gestion des flux entrants.

En Libye, l’Italie a conclu un marché tout aussi douteux avec des partenaires aux mains plus sales, afin que les réfugiés soient enfermés dans des camps de détention aux conditions inhumaines. Pendant ce temps-là, l’UE faisait mine de ne rien voir.

Ces accords illustrent à merveille l’absence de politique de l’UE en matière de migration. Contenir les migrants, les repousser le plus loin possible des frontières, voilà tout ce qui importe. Les accords d’accueil auraient pu permettre de gagner du temps pour mettre sur pied une politique cohérente et solidaire. Ce temps n’a pas été mis à profit.

Bien entendu, personne n’a dit que c’était facile. Mais ce n’est pas infaisable pour autant. Une telle politique, fondée sur la répartition, pourrait par exemple allier une politique d’asile correcte et stricte à une politique de migration économique réaliste incluant un certain nombre de migrants répartis aux quatre coins de l’UE.

Reste à savoir si quelqu’un a encore le courage de concevoir une politique de ce type. L’alternative n’est autre que la panique à chaque fois que le Moyen-Orient s’enflamme et que le président turc, par jeu tactique, ferme les yeux.

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