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20 septembre 2017

Migrants soudanais: la Belgique de Theo Francken pactise avec le diable

Bart Eeckhout
Auteur
Fabrice Claes
Traducteur Fabrice Claes

Une délégation soudanaise est venue prêter main forte à notre police. Elle l’aide à identifier des réfugiés ou des migrants afin de permettre un rapatriement rapide des sans-papiers soudanais vers leur pays, et ce à la plus grande satisfaction du secrétaire d’État Theo Francken (N-VA).

Le silence qui entoure cette alliance pour le moins remarquable est éloquent. Bien sûr, il n’y a rien d’exceptionnel à voir des autorités étrangères aider à l’identification de migrants. Mais de là à collaborer avec le régime soudanais, il y a un pas qu’il ne fallait pas franchir.

Le président soudanais Omar el-Béchir doit être le seul chef d’État au monde à être inculpé par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité. C’est en effet lui qui a supervisé les massacres génocidaires au Darfour.

Et ce sont aujourd’hui les hommes de ce président qui viennent contrôler ici leurs compatriotes. Rarement le terme de « pacte avec le diable » n’a aussi bien porté son nom.

Longtemps, le sieur Béchir a été un paria au niveau international. Mais les choses ont changé depuis que le Soudan a décidé de soutenir activement l’Arabie saoudite dans sa guerre au Yémen. Désormais, ceux qui font le plus d’esclandre au sujet du fondamentalisme religieux considèrent que les amis de l’Arabie saoudite sont nos amis. De nombreux gouvernements européens voient en effet d’un bon œil que Béchir joue le rôle de l’éclusier sur le flot de migrants africains.

Cette alliance avec le Soudan révèle une fois de plus le sombre désespoir qui frappe la politique migratoire européenne. La Belgique n’est pas le premier pays à pactiser avec le diable. L’Allemagne et l’Italie nous ont précédés. Tout semble désormais permis, tant que nous repoussons des migrants. On jette l’anathème sur le président turc Erdogan, mais on conclut un deal immonde avec lui. On traite comme des truands les membres du régime libyen, mais on leur sous-traite le contrôle de nos frontières.

Et maintenant, nous collaborons joyeusement avec Omar el-Béchir, coresponsable de la mort d’environ 300 000 personnes. Il existe donc un risque réel de voir les services secrets de ce criminel déambuler dans les rues de Bruxelles.

La politique migratoire est rarement simple. Les Soudanais qui se trouvent dans notre pays sont généralement en transit vers la Grande-Bretagne. Souvent, ils ne sont pas intéressés par un asile politique chez nous. Mais est-ce une raison pour les livrer à un régime dont la brutalité constitue la marque de fabrique ?

Que croyons-nous qu’il arrivera aux Soudanais qui seront renvoyés dans leur pays par les « contrôleurs » de Béchir ? Est-il encore permis de poser la question sans être considéré comme un partisan naïf de l’abolition des frontières ?

La question ne se pose pas qu’à monsieur Francken. Notre gouvernement et notre parlement, qui représentent la population de ce pays, sont-ils prêts à payer le prix d’une alliance avec le pire des criminels de guerre dans le seul but de garder les portes bien fermées ? Ou bien vont-ils reconnaître que la politique européenne, aussi forte et réaliste soit-elle, se situe en deçà des limites de la décence ?

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