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26 mars 2018

Michel I dans le même pétrin que le gouvernement Di Rupo

Auteur
Traducteur Maxime Kinique

« Show me the money » : on se souvient que lors de la campagne électorale de 2014, le président de la N-VA Bart De Wever y était allé de cette petite phrase à l’encontre de son homologue du PS, Paul Magnette. À ce dernier, qui affirmait que le gouvernement Di Rupo avait bel et bien pris la décision difficile de réaliser des coupes budgétaires, De Wever avait rétorqué à l’époque que ces prétendus efforts ne se reflétaient nullement dans les chiffres.

L’explication de cette guerre des chiffres réside dans la manière dont les gouvernements belges confectionnent depuis plusieurs années leur budget. Ils commencent par évaluer à quoi ressemblera le budget en pilotage automatique, étant entendu qu’une hausse des dépenses en matière de pension et de maladie pour les personnes âgées débouche automatiquement sur une augmentation des dépenses totales. Ensuite, ils rognent une partie de ce budget. On parle alors d’économies mais en réalité, ce que font nos gouvernements revient à dépenser à un rythme plus lent davantage d’argent encore.

À un peu plus d’un an des élections, il apparaît que le gouvernement fédéral actuel composé du MR, de la N-VA, du CD&V et de l’Open VLD a lui aussi du mal à « montrer l’argent ». L’attelage Michel a bel et bien réalisé des économies, comme le révèlent les calculs du Tijd, mais l’argent économisé a été utilisé afin de diminuer les impôts, en premier lieu pour les travailleurs. Ces baisses d’impôts ont certes assaini notre économie, car le bien-être d’un pays ne disposant pas de matières premières importantes dépend du taux d’emploi de sa population, mais elles n’ont pas contribué à remédier au problème de la vulnérabilité de nos finances publiques.

On ne peut dépenser un euro qu’une seule fois, cela va sans dire. Un gouvernement ne peut pas à la fois mettre en œuvre des baisses d’impôts et combler son déficit budgétaire. Mais avec un peu plus d’ambition, il pourrait essayer de dépenser deux euros en se disant que le deuxième euro dépensé servira à assainir le budget.  

À cet égard, le gouvernement fédéral dirigé par le Premier ministre Charles Michel reste en deçà de ses ambitions. Il y a des raisons politiques à cela. Dans la partie francophone du pays, le MR doit composer avec une opposition de gauche pour laquelle trois électeurs sur quatre ont voté lors des dernières élections fédérales. À cela s’ajoute le positionnement du CD&V, qui s’est réinventé comme un parti de gauche dans ce qui aurait dû être une coalition de centre-droit.

Reste à savoir quand le retour à l’équilibre budgétaire deviendra enfin réalité. Lorsque la croissance économique était faible, ce n’était pas possible car « on ne peut pas tailler lorsqu’il gèle », pour reprendre l’expression du vice-premier ministre CD&V Kris Peeters. Mais à présent qu’il a cessé de geler et que l’économie belge est entrée dans une phase de croissance qu’il sera probablement difficile d’améliorer durant les prochaines années, même un gouvernement de centre-droit estime que l’heure de sabrer dans les dépenses n’a manifestement pas encore sonné.

En matière budgétaire, l’actuel gouvernement ne fonctionne dès lors pas autrement que les coalitions précédentes : le retour à l’équilibre budgétaire, ce sera pour dans quelques années et chaque année, l’échéance est reportée. Jusqu’à ce que les taux d’intérêt repartent à la hausse et que nous devions payer l’équivalent d’un budget annuel complet pour la justice ou la défense en charge d’intérêts supplémentaire. Un talon d’Achille auquel le gouvernement ambitionnait de remédier, à juste titre. L’attelage Michel a certes effectué des pas dans la bonne direction, mais sans malheureusement concrétiser son ambition.

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