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L’incohérence politique des libéraux flamands

(cc) Geralt via Pixabay

19 décembre 2019

L’incohérence politique des libéraux flamands

Temps de lecture: 3 minutes
Jan Segers
Auteur
Traducteur Sebastien Cano

Les libéraux flamands font preuve d’une inconséquence crasse. Non contents de s’être jetés avant l’heure aux pieds de l’informateur Paul Magnette et de sa coalition arc-en-ciel embryonnaire, ils prouvent désormais qu’au Parlement flamand aussi, ils n’ont plus les idées claires, ni sur le plan tactique ni sur le fond. Comment expliquer, sinon, que Willem-Frederik Schiltz, chef de file de l’Open Vld, se soit opposé à la proposition, émanant de tous les autres partis, de raboter les dotations et les frais de fonctionnement des partis politiques ? Le Gouvernement flamand doit vraiment être perdu pour chercher, dans la même semaine, à faire des économies de bouts de chandelles sur la prévention du suicide. Le coupable : le ministre Wouter Beke et sa mentalité de petit épicier — pardon à tous les épiciers. Mardi, il a bien dû reconnaître qu’il y avait encore plus irréaliste que lui au sein de l’Open Vld. Si les libéraux se demandent, dépités, comment ils ont pu passer sous la barre des 10 % dans le Grand Baromètre flamand, ils ont leur réponse…

Willem-Frederik Schiltz n’est pourtant pas dénué d’intelligence. Mais feu son père, le flamingant Hugo Schiltz, lui aurait soufflé le sage conseil suivant — dans un français érudit, qui plus est : « Le mieux est l’ennemi du bien. » À s’efforcer d’obtenir le maximum possible, on perd de vue ce qu’il est réaliste de faire. Ceux qui ne se satisfont que du meilleur ne font jamais le bien. C’est précisément ce qu’a fait Schiltz fils : rejeter une économie qui semblait aller de soi parce qu’il ne trouvait pas — dit-il avec le recul — qu’elle allait assez loin. Face aux railleries des réseaux sociaux, l’Open Vld a rétropédalé mardi. Oui, il approuve cette économie. Mieux encore : les libéraux en rajoutent une couche. Schiltz exige désormais que les membres du Parlement flamand consentent à une retenue de 5 % sur leurs indemnités. À titre de pénitence. Des libéraux qui se comportent comme des flagellants : difficile de faire plus grotesque…

Le monde politique doit se serrer la ceinture : c’est une évidence. La particratie touche chaque année 72 millions d’argent public, soit plus qu’il est raisonnablement possible de dépenser. Ce qui permet à un colosse tel que la N-VA de gaspiller un million dans une campagne aussi puérile que celle des « helfies », ces personnes qui se prennent en main pour résoudre les problèmes, et de faire l’acquisition, aux frais du contribuable, d’un immeuble de huit étages dont quatre sont mis en location. Immo N-VA. C’est absurde. Mais les cris d’orfraie de l’Open Vld, par la voix de Schiltz, s’apparentent moins à du civisme qu’à de la jalousie. Il faut couper dans les dotations des partis.

Réduire de moitié le nombre de députés, en Wallonie et en Flandre : il restera d’autant moins de fainéants et d’esclaves des partis inutiles. Tailler dans le Parlement bruxellois, y compris chez les Flamands. Ramener le nombre de députés de la Chambre de 150 à 100. Supprimer le Sénat. Cette surabondance de parlementaires ne sert pas notre démocratie. Et non, ce n’est pas parce qu’ils sont moins nombreux qu’ils doivent être mieux payés — ils le sont déjà grassement. Mais de là à accepter une diminution de leurs indemnités : pourquoi ? À moins que vous aussi, vous n’estimiez que votre salaire n’est pas justifié ? Dans ce cas, le libéralisme de Schiltz tend vers le populisme et la surcompensation. Les responsables politiques peuvent — non, doivent — être bien rémunérés s’ils font œuvre utile et honorable. Que ceux qui leur envient leur salaire et pensent pouvoir mieux faire descendent dans l’arène. À condition de faire ce pour quoi ils ont été élus — ce qui est, hélas, de moins en moins le cas.

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